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lundi, mars 2, 2026

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Avant que le Feu ne Parle

Il est des saisons dans l’histoire où l’air devient lourd sans que l’on voie encore la fumée.
Les anciens savaient reconnaître ces signes : les paroles se durcissent, les regards se ferment, les murmures deviennent slogans. Et la foule, peu à peu, s’habitue à l’inacceptable.
Aujourd’hui, une campagne insidieuse d’incitation à la haine progresse sous nos yeux. Elle ne marche pas en uniforme. Elle ne brandit pas d’armes. Elle avance par le verbe. Par l’image. Par la répétition. Elle se cache derrière des micros, se dissimule sous des prétextes de mise en garde, se pare du masque de la lucidité.
Mais l’histoire enseigne que les catastrophes commencent rarement par le fracas des armes. Elles commencent par l’accoutumance au poison.
En 1992, au Katanga, l’épuration ne surgit pas comme un éclair dans un ciel serein. Elle fut précédée de discours, de désignations, d’une rhétorique qui transforma des compatriotes en étrangers intérieurs. Les mots préparèrent les routes de l’exil.

Dans l’Europe des années 1930, Joseph Goebbels démontra que la propagande, répétée avec méthode, pouvait façonner les consciences d’un peuple entier. Aux côtés de Hermann Göring et de Heinrich Himmler, il érigea le mensonge en doctrine, la désignation d’un ennemi en politique d’État. Avant les camps, il y eut les discours. Avant les persécutions, il y eut la banalisation.
L’histoire africaine elle-même porte la cicatrice d’une radio devenue arme, lorsque les ondes, au lieu d’unir, appelèrent à la traque.
Avons-nous donc si vite oublié ?
Aujourd’hui, dans notre République riche de plus de 450 ethnies, certains se permettent de promettre le feu et l’enfer à une communauté bien définie. Son tort ? Partager l’origine du Chef de l’État.
Depuis quand la naissance constitue-t-elle une faute ?
Depuis quand l’identité devient-elle verdict ?
Ceux qui prononcent ces paroles savent ce qu’ils font. Nul ne peut ignorer la puissance des mots dans une société fragilisée. Nul ne peut feindre l’innocence lorsqu’il désigne une cible. Chaque phrase devient une braise. Chaque vidéo virale devient une étincelle.
Et lorsque la maison brûle, il est toujours trop tard pour accuser le vent.
Le journalisme n’est pas un théâtre d’exaltation. Ce n’est pas un concours de décibels. C’est une magistrature morale. Il exige rigueur, responsabilité, mesure. Celui qui tient le micro tient une parcelle du destin collectif.
Si nous laissons la parole devenir torche, la République deviendra bûcher.
Il est encore temps.
Temps de rappeler que la diversité congolaise est une richesse et non une fracture.
Temps de rappeler que la nation n’est pas une addition d’ethnies, mais une communauté de destin.
Temps d’éteindre les braises avant qu’elles ne réclament leur tribut.
Car l’histoire est implacable :
elle ne pardonne pas aux peuples qui ignorent les signes avant-coureurs.

ZADAIN KASONGO T.

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