Il ne s’agit plus d’émotion.
Il s’agit de droit.
Il s’agit de République.
Depuis plusieurs jours, circulent sur les réseaux sociaux congolais des déclarations publiques appelant explicitement à la stigmatisation d’une communauté ethnique déterminée, au motif qu’elle partage l’origine du Président de la République. Ces propos ne relèvent ni de l’opinion ni du débat démocratique. Ils constituent une incitation à la haine.
Or, l’incitation à la haine n’est pas une simple dérive morale. Elle est une infraction.
La Constitution de la République Démocratique du Congo consacre l’égalité de tous les citoyens sans distinction d’origine, d’ethnie ou de province. Elle interdit toute discrimination et garantit la cohésion nationale. Appeler publiquement à la marginalisation ou à la violence contre une communauté constitue une violation directe de ces principes fondamentaux.
L’histoire récente du pays devrait suffire à dissuader toute tentation dangereuse. Les événements de 1992 au Katanga démontrent que les discours identitaires peuvent rapidement dégénérer en violences collectives et en déplacements forcés. L’expérience internationale, notamment sous la propagande orchestrée par Joseph Goebbels dans l’Allemagne nazie, rappelle que la banalisation du discours haineux précède souvent les politiques d’exclusion.
Le rôle des médias, reconnu comme pilier de la démocratie, implique des obligations : vérification des faits, neutralité, responsabilité sociale. La liberté d’expression, garantie par la Constitution, n’est pas absolue. Elle connaît des limites lorsqu’elle porte atteinte à l’ordre public, à la dignité humaine ou à la sécurité collective.
Menacer « d’enfer » ou de « feu » les ressortissants d’une ethnie constitue un discours de stigmatisation susceptible d’engendrer des violences. Ce type de déclaration peut juridiquement être qualifié d’incitation à la discrimination ou à la haine, selon les dispositions pénales en vigueur.
Il appartient :
• Aux autorités judiciaires d’examiner ces faits avec rigueur.
• Aux instances de régulation des médias de rappeler les normes professionnelles.
• Aux organisations de défense des droits humains d’agir en prévention et non uniquement en réaction.
• À la société civile de refuser la banalisation.
La République Démocratique du Congo est une nation plurielle. Sa stabilité repose sur l’égalité de traitement de ses citoyens et sur le rejet de toute hiérarchisation ethnique.
La responsabilité politique impose de dénoncer clairement ces dérives.
La responsabilité juridique impose d’y répondre conformément à la loi.
Car la tolérance du discours de haine affaiblit l’État de droit.
Et un État de droit affaibli ouvre la voie aux crises que l’on prétend ensuite déplorer.
Il ne s’agit pas de protéger une ethnie.
Il s’agit de protéger la République.
ZADAIN KASONGO T.


