Un nain politique n’est pas une injure, mais une métaphore. Il ne s’agit pas d’une taille mesurée en centimètres, mais d’une envergure mesurée en idées. Il est ce qu’il est : un esprit rétréci dans un monde qui exige hauteur et profondeur.
De même que certains refusent de grandir intérieurement, le nain politique refuse d’élargir sa pensée. Il se recroqueville dans ses certitudes comme dans une forteresse étroite. Son raisonnement ressemble à ces maisons construites sans fondations solides : les syllogismes qu’il érige tiennent à peine debout. Les prémisses ignorent la logique, les conclusions ignorent la réalité.
Dans tous les secteurs de la vie, il existe des esprits courts. Mais en politique, la petitesse devient dangereuse. Car la politique exige la vision. Gouverner, c’est voir plus loin que l’instant. C’est anticiper les crises, comprendre les dynamiques sociales, mesurer l’impact des décisions sur les générations futures.
Le véritable homme d’État est un veilleur : il scrute l’horizon. Le nain politique, lui, ne voit que ses pieds.
Le nain de l’opposition
Dans l’opposition, la petitesse se manifeste par l’absence d’idéologie solide. L’opposition devrait être une alternative structurée, nourrie de propositions, animée par une vision cohérente. Mais le nain politique s’oppose par réflexe, non par réflexion.
Qu’il pleuve abondamment et que les rivières débordent, il y verra la faute du régime.
Qu’une sécheresse frappe les campagnes, il accusera encore le pouvoir.
Que la sélection nationale perde un match décisif, la responsabilité sera politique.
Ainsi, tout événement devient une arme. Le dérèglement climatique ? Une conséquence de la gouvernance. Une défaite sportive ? Un complot d’État. Une panne d’électricité ? Une preuve irréfutable de l’incompétence totale.
Cette posture, au lieu d’éclairer le débat public, l’obscurcit. Elle transforme la critique en caricature. Or une opposition crédible ne se nourrit ni de haine ni d’idéologies séparatistes improvisées. Elle se nourrit de projets, de chiffres, d’alternatives réalistes.
Le nain du régime
Mais le pouvoir n’est pas épargné.
Le nain du régime est souvent plus discret, mais tout aussi nuisible. Il ne conteste pas : il bloque. Il empêche l’accès au chef, filtre les idées novatrices, étouffe les talents par peur de l’ombre qu’ils pourraient lui faire. Il se proclame proche des cercles décisionnels, alors que sa contribution est vide.
Son influence repose moins sur la compétence que sur la proximité affichée. Une photo prise aux côtés d’un ministre devient trophée. Une apparition dans un salon officiel devient titre de noblesse. Il parle beaucoup de « sérail », mais n’apporte ni stratégie ni vision.
Pendant ce temps, les réformes attendent. Les projets stagnent. Les opportunités se dissipent.
Le nain au cœur du pouvoir manque d’initiative. Il n’anticipe pas. Il réagit tardivement. Là où il faudrait planifier l’éducation pour vingt ans, il se contente d’organiser une cérémonie. Là où il faudrait repenser l’économie, il inaugure des plaques commémoratives.
Une petitesse partagée
La tragédie est là : la petitesse ne connaît ni majorité ni opposition. Elle traverse les camps, brouille les repères, alimente la confusion. Le débat cesse d’être un affrontement d’idées pour devenir un duel d’accusations.
Le peuple, lui, attend autre chose. Il attend des hommes et des femmes capables de dépasser leurs intérêts immédiats, d’élargir leurs analyses, de sortir des réflexes partisans.
Car la politique n’est pas un ring où l’on crie plus fort que l’autre. Elle est un art exigeant, celui de la prévoyance, de la mesure et du courage intellectuel.
Un nain politique n’est pas condamné à le rester — s’il accepte de grandir. Mais cela suppose un effort rare : reconnaître ses limites, apprendre, écouter, corriger.
Sans cela, la vie publique demeure prisonnière de ses petites tailles mentales.
Et une nation gouvernée par des esprits courts avance difficilement vers un horizon vaste.
ZADAIN KASONGO T


