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mardi, février 17, 2026

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Les naufragés du verbe

La récente sortie médiatique de Franck Diongo laisse pantois quiconque observe, avec un minimum de lucidité, la scène politique congolaise. À l’entendre — ou plutôt à tenter de le comprendre — il n’y aurait jamais eu d’agression du Rwanda contre la République démocratique du Congo. Selon lui, le Rwanda ne porterait aucune responsabilité dans la guerre qui ensanglante l’Est du pays, qui endeuille les familles, qui jette sur les routes des foules hagardes, qui transforme les collines verdoyantes en cimetières sans croix.
Ainsi donc, les milliers de morts congolais seraient une illusion collective ? Les rapports internationaux, les déclarations répétées, les aveux mêmes de l’agresseur relèveraient ils du fantasme ? Les villages incendiés ne seraient que mirages ? Les cris des femmes violées, violentées, les regards perdus des enfants déplacés, les villes occupées par l’armée rwandaise, notamment Goma jusqu’à aujourd’hui, les larmes des mères n’auraient jamais existé ?
À l’écouter, tout ce que nous savons — ou croyons savoir — sur cette tragédie ne serait qu’hallucination nationale.
Il faut un certain courage pour nier l’évidence. Mais il faut surtout une étonnante légèreté morale pour jouer ainsi avec la mémoire des morts. L’homme, coutumier des déclarations tapageuses et des provocations calculées, semble confondre la politique avec l’art du vacarme. Il gratte sur la corde de la polémique comme d’autres cherchent désespérément l’attention. Mais à force de crier contre la vérité, on finit par dévoiler le vide de son propre discours.

Le temps du mensonge éhonté s’effrite pourtant sous le poids des preuves et de l’Histoire. Nous ne sommes plus à l’époque où l’on pouvait façonner la réalité à coups de slogans. La parole publique engage. Elle oblige. Elle inscrit celui qui la prononce dans le grand livre des responsabilités. Plus grave encore, au cours de cette interview, il reproche au Président de la République et à son régime de pratiquer la politique du bouc émissaire. Celle qui consisterait à accuser l’agresseur Rwandais de tous les maux du Congo, y compris l’insalubrité de la ville ironise-t-il. Et lui notre homme fait exactement ce qu’il croit reprocher au Président et à son régime. Justifier l’échec par son incapacité à gérer la chose publique, croit il enfoncer le clou. Il croit surtout nous faire oublier ses responsabilités d’opposant, ses incohérences. Aucune vision. Aucun développement d’idées d’opposant digne ni d’intelligent au cours de cette fatigante interview vide de sens.

Personne n’ignore les derniers déboires de ce tribun improvisé à Kinshasa, ni les circonstances de son exil. Certains diront que l’exil nourrit l’amertume. D’autres, qu’il aiguise les ambitions. Toujours est-il que le statut de réfugié ne saurait devenir un fonds de commerce politique où l’on monnaye l’indignation contre sa propre patrie. Accuser son pays pour consolider sa posture d’opposant est un exercice dangereux : il transforme la critique légitime en opportunisme bruyant.
Il y a peu encore, le même homme se plaignait de n’avoir été nommé ni ministre ni responsable d’aucune institution. Aujourd’hui, il voudrait se draper dans la toge du pourfendeur du pouvoir, convainquant — peut-être — quelques esprits crédules qu’il incarne l’alternative. Mais l’opposition n’est pas un refuge pour frustrations personnelles. Elle est une vision. Elle est un projet. Elle est une espérance structurée.

Le pays cher à Patrice Eméry Lumumba mérite mieux que ces spectacles sans consistance. Il mérite une parole ferme, enracinée dans la vérité et tournée vers la dignité nationale. Il mérite des femmes et des hommes capables de dépasser leurs rancœurs pour embrasser le destin collectif.

À force de confondre agitation et engagement, certains finissent par ne plus savoir ni d’où ils viennent ni où ils vont. La politique n’est pas une scène où l’on improvise son rôle au gré des caméras. Elle est une vocation exigeante, un service, un sacrifice.
Sinon, elle n’est qu’un naufrage du verbe.

ZADAIN KASONGO T .

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