10 C
Bruxelles
jeudi, mars 19, 2026

Buy now

Changement, révision, modification de la Constitution ?

Autant de mots, autant de nuances apparentes, mais au fond, une même interrogation lancinante qui traverse aujourd’hui l’âme politique de la République démocratique du Congo.
Ces vocables, répétés à l’envi dans les débats publics, dans les salons feutrés comme dans les rues bruissantes de Kinshasa, traduisent une tension profonde : celle d’un peuple en quête de refondation, mais aussi d’un pouvoir soupçonné de vouloir se perpétuer. Car derrière les mots se cachent des intentions, et derrière les intentions, des visions parfois irréconciliables.
Dans ce tumulte d’opinions, les avis divergent, souvent avec passion. Chacun revendique la légitimité de sa lecture, surtout lorsque le débat se veut démocratique. Mais l’est-il réellement, lorsque la méfiance s’invite à chaque phrase, lorsque l’histoire récente pèse encore lourdement sur les consciences ?
Ce soir-là, à l’écoute attentive du professeur Bob Kabamba, enseignant à l’Université de Liège, une autre tonalité s’est imposée. Un autre son de cloche, plus grave, presque alarmant. Pour lui, parler de changement, de révision ou de modification de la Constitution ne serait pas un acte anodin, ni même simplement juridique. Ce serait, en réalité, une rupture brutale de l’ordre institutionnel établi.
Dans sa lecture, une telle initiative équivaudrait à déclarer, de fait, la démission de l’ensemble des institutions : le Président de la République, le Gouvernement, le Sénat, et toutes les structures issues de l’actuelle architecture constitutionnelle. En d’autres termes, cela reviendrait à provoquer une sorte de vacance généralisée du pouvoir.
Et dès lors, une question surgit, lourde de conséquences : ne serait-ce pas là une forme déguisée de coup d’État ? Un coup d’État légal, institutionnel, opéré non pas contre le régime en place, mais par lui-même, dans une logique de conservation du pouvoir ?
Car, rappelle le professeur Bob Kabamba, toute l’architecture politique actuelle repose sur la Constitution en vigueur. Toucher à ce socle, c’est ébranler l’édifice tout entier.
Mais faut-il, pour autant, considérer cette Constitution comme intouchable ? Comme un texte sacré, figé dans le marbre du temps, insusceptible de toute évolution ?
Si l’on pousse plus loin la réflexion, une inquiétude émerge : cette loi fondamentale contiendrait-elle en elle-même un piège, une mécanique subtile qui empêcherait toute révision, toute adaptation aux réalités nouvelles ? Une Constitution qui ne peut être réformée sans provoquer un séisme institutionnel est-elle encore au service du peuple, ou devient-elle un carcan ?
Il convient de rappeler que Bob Kabamba lui-même a participé à la rédaction de cette Constitution. Dès lors, certains pourraient voir dans sa position une volonté de défense, voire de justification d’une œuvre à laquelle il a contribué.
D’autres, plus critiques, vont plus loin encore. Ils qualifient cette Constitution d’ouvrage conçu à l’étranger, influencé par des intérêts extérieurs, voire imposé dans un contexte de fragilité nationale. Une thèse lourde, mais qui trouve écho chez ceux qui estiment que certains articles dissimulent mal des concessions faites aux pays voisins, au détriment de la souveraineté nationale.
Dans ce climat de suspicion, la Constitution n’apparaît plus seulement comme un texte juridique : elle devient un symbole. Symbole d’indépendance pour les uns, de dépendance pour les autres.
Face à cela, une frange de la population, se revendiquant des « vrais patriotes », rejette catégoriquement le statu quo. Pour eux, la révision n’est pas une option, mais une nécessité. Une urgence même. Ils appellent de tous leurs vœux à une relecture profonde, à une refondation qui replacerait les intérêts du peuple congolais au centre du pacte républicain.
Ainsi, le débat ne se limite plus à une question de mots. Il touche à l’essence même de l’État, à la légitimité du pouvoir, et à la définition de la souveraineté.
Et dans cette confrontation d’idées, une vérité demeure : une Constitution n’est pas seulement un texte. Elle est le miroir d’un peuple, de ses aspirations, de ses blessures, et de son espérance. Préoccupation essentielle, si non majeure en faveur d’une constitution où se reconnaît le peuple.

ZADAIN KASONGO T.

Article précédent

Related Articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Stay Connected

0FansJ'aime
0SuiveursSuivre
0AbonnésS'abonner
- Advertisement -spot_img

Latest Articles