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lundi, mars 9, 2026

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CONTRE BANDE

Il est des mots qui sentent la poussière des pistes et le métal des cargaisons nocturnes. La contrebande est de ceux-là. Elle ne naît pas dans les livres de droit, mais dans les chemins de terre où la loi arrive toujours un peu trop tard, comme un train qui siffle dans la nuit alors que les voyageurs sont déjà passés.

Dans les régions minières de la RDC, la frontière n’est pas une ligne claire tracée sur une carte. Elle ressemble plutôt à une cicatrice dans la forêt ou dans la savane : visible de loin, mais traversée chaque jour par des hommes, des femmes et des enfants qui ont faim. Des camions roulent au crépuscule, chargés d’une richesse sombre arrachée à la terre, et qui prendra la route de la Zambie ou d’autres horizons. À cette heure, la douane ressemble parfois à une lanterne fatiguée qui éclaire mal l’immensité.

La contrebande n’est pas seulement une fraude ; elle est aussi une confession silencieuse de la pauvreté. Les lois existent, certes, comme les statues dans les jardins publics : droites, solennelles, immobiles. Mais autour d’elles circule la vie réelle, inquiète et pressée. Des hommes, des femmes et des enfants portent sur leurs épaules des sacs lourds de minerai comme s’ils transportaient une part de leur propre destin.

On dira que l’État perd ses taxes et que l’ordre s’effrite. C’est vrai. Mais l’on oublie parfois que la loi, si elle ne rencontre pas la vie des hommes, des femmes et des enfants reste une encre froide sur du papier. La contrebande devient alors la langue obscure par laquelle les pauvres répondent aux institutions lointaines. Elle murmure une question que personne n’aime entendre : à qui appartient la richesse qui dort dans la terre ?

Il y a dans ces circulations clandestines quelque chose de presque biblique : la tentation du passage, la promesse d’un gain rapide, et cette frontière qui ressemble à une mer étroite que l’on traverse de nuit. Le minerai voyage comme une rumeur dans l’obscurité. Il passe de mains en mains, et chaque main garde un peu de sa poussière.

Ainsi la contrebande n’est pas seulement une faute inscrite dans un code pénal. Elle est aussi un symptôme : celui d’un monde où la loi marche avec lenteur tandis que la nécessité court pieds nus. Et, dans le silence des pistes, il arrive que la nécessité gagne la course.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

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