Cibalabala Kalombo Mucipayi s’est éteint à Bruxelles dans la dernière semaine de février 2026. Sa disparition marque la fin d’un parcours intellectuel exigeant, traversé par la fidélité à la culture luba et par un engagement constant en faveur d’une parole libre.
Je l’ai connu à l’Université nationale du Zaïre, sur le campus de Lubumbashi, entre 1974 et 1977. Il y suivait un cycle complet de licence en lettres, formation rigoureuse qui exigeait quatre années d’études approfondies. Dans les auditoires comme dans les associations étudiantes de la Faculté des lettres, il se distinguait par la fermeté de ses positions et par la solidité de ses lectures. Ses interventions lors des conférences académiques étaient souvent critiques, parfois déstabilisantes pour les intervenants, mais toujours fondées sur une connaissance réelle des œuvres et des traditions littéraires.
Après l’obtention de sa licence, il exerça comme enseignant dans l’Est du pays, puis à Kinshasa. Nos trajectoires se sont alors éloignées pendant plusieurs années. Lorsque je le retrouvai à Bruxelles en 2007, il avait soutenu une thèse de doctorat en philosophie et lettres à l’Université libre de Bruxelles. Sa spécialisation en littérature africaine francophone l’avait conduit à approfondir l’étude des rapports entre les traditions orales et les écritures modernes, ainsi que les enjeux esthétiques et idéologiques de la production littéraire africaine. C’était un critique littéraire dont la thèse soutenue s’intitulait : L’impact de la tradition dans le roman congolais (1969-1990). Essai d’analyse sociocritique.
Ses travaux ont donné lieu à des publications variées : essais critiques, romans et pièces de théâtre. Sa pièce Monsieur le ministre adore le whisky illustre son goût pour la satire politique et son sens du dialogue dramatique. Son roman Le Patriote explore, sur un mode critique, les ambiguïtés de l’engagement et les contradictions du discours public. Dans ses écrits comme dans ses échanges oraux, notamment au sein de la communauté africaine d’Ixelles-Matonge, il conservait la même exigence intellectuelle et la même liberté de ton.
Chercheur attentif aux textes, il associait la rigueur méthodologique à une lecture empathique des œuvres. Il considérait que l’analyse littéraire ne devait ni écraser les textes sous l’appareil théorique ni les isoler de leurs contextes historiques et culturels. Son travail s’inscrivait dans une perspective critique soucieuse de transmission et de dialogue.
Je garde de lui le souvenir d’un homme attaché à son héritage culturel luba, sans jamais le réduire à une posture identitaire. Il défendait une conception responsable de la liberté d’expression, fondée sur l’argumentation et le respect du débat intellectuel. Sa disparition constitue une perte pour ceux qui ont travaillé avec lui, pour ses lecteurs et pour tous ceux qui reconnaissaient en lui un esprit indépendant et exigeant.
Son œuvre demeure et continue de témoigner de cette exigence. Paix à son âme !
José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.


