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mercredi, avril 1, 2026

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LE POLITIQUE FACE AU RELIGIEUX

Il y a, au cœur du drame congolais, une étrange familiarité entre le politique et le religieux : ils se querellent comme deux frères qui ne peuvent ni vivre ensemble ni se séparer tout à fait. L’un prétend organiser le pays, l’autre prétend sauver les âmes. Et chacun, au fond, convoite l’homme entier.
On voudrait croire que le politique, enfin délivré des tutelles invisibles, pourrait gouverner seul, dans la clarté des lois et la rigueur des institutions. Mais que valent ces institutions lorsqu’elles chancellent ? Que devient l’autorité lorsque le peuple n’y reconnaît plus qu’une façade ? Depuis la longue nuit inaugurée sous Mobutu Sese Seko, et prolongée par des crises à répétition, le pouvoir congolais n’a cessé de chercher un apaisement qui lui échappe, comme une eau qu’on tente de saisir à mains nues.
Alors le religieux s’avance. Non pas toujours avec humilité. Il lui arrive d’avoir la voix trop assurée de ceux qui se croient porteurs de vérité, mais avec cette force singulière d’être encore écouté.

Lorsque l’État se tait, ou ment comme à l’époque récente de Joseph Kabila, ou se dérobe, il reste ces voix des Églises de réveil, qui, du haut des chaires ou au milieu des foules, rappellent ce que gouverner devrait signifier. En certaines heures graves, elles ont parlé comme parlent les consciences inquiètes : sans pouvoir contraindre, mais avec ce poids étrange des paroles que l’on n’ose pas tout à fait ignorer.

Et pourtant, il faut se méfier de cette consolation. Car le religieux, s’il devient pouvoir, cesse d’être cette voix libre qui dérange. Il s’alourdit, il s’institutionnalise, il pactise et bientôt, il n’est plus qu’un pouvoir parmi d’autres, exposé aux mêmes corruptions, aux mêmes compromissions. Le prophète, dès qu’il s’assied sur le trône, oublie parfois qu’il parlait au nom d’une exigence qui le dépassait.
Le politique, lui, ne peut pas davantage se réfugier dans une neutralité orgueilleuse. On ne gouverne pas des chiffres, ni des abstractions, mais des hommes chargés d’espérance, de peurs, de croyances.

Dans ce pays où tout semble porté à l’excès, la parole comme le silence, la foi comme le doute, l’équilibre apparaît presque comme une vertu étrangère. Et pourtant, c’est peut-être là, dans cette retenue difficile, que se joue encore quelque chose comme une chance.
Le reste n’est que vacarme : le politique qui instrumentalise Dieu, le religieux qui rêve de gouverner les hommes. Entre ces deux tentations, la vérité se retire, discrète, comme si elle refusait d’habiter les lieux où l’on parle trop fort en son nom.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

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