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vendredi, mars 27, 2026

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LES ENNEMIS DU PRÉSIDENT

Il est toujours tentant, sous nos latitudes politiques, de prêter au chef de l’État une cohorte d’ennemis visibles, nommés dans son entourage. Cela donne à la tragédie nationale des contours simples, presque théâtraux. Pourtant, sous le règne de Félix Tshisekedi, l’ennemi n’a pas ce visage net que l’on aime dessiner pour soulager l’esprit. Il est diffus, insinué, souvent intérieur.

On parle de l’Est comme d’un ailleurs, comme si la guerre y était une fatalité géographique, un mal enraciné dans la terre elle-même. Mais ce serait trop facile. Ce qui s’y joue déborde les collines et les frontières ; c’est une certaine idée de l’État qui s’y défait, morceau par morceau, sous la pression des intérêts rwandais, des fidélités flottantes à Kinshasa, des complicités silencieuses au sein des institutions de la république.

À Kinshasa, on voudrait croire que le pouvoir commande encore aux hommes, aux femmes et aux choses. Mais le pouvoir, ici, ressemble parfois à une maison habitée par des hôtes anciens, qui n’ont jamais vraiment quitté les lieux. Les héritages de Joseph Kabila ne se dissipent pas comme un mauvais rêve au matin. Ils persistent, dans les réflexes, dans les réseaux, dans ces lenteurs inexplicables qui défont les décisions du chef avant même qu’elles n’aient pris corps.

Et puis il y a cette rumeur continue, ce bruissement du pays livré aux réseaux sociaux, où chacun devient juge et procureur. La critique est légitime, elle est même nécessaire ; mais elle se dégrade parfois en une sorte de fièvre où la vérité importe moins que l’effet produit. On attaque le président pour éviter de penser son action. On délégitime son statut pour ne pas discuter.

L’Église catholique en République démocratique du Congo sort de son rôle traditionnel. Entre le spirituel et le politique, la frontière est moins une ligne qu’une zone de friction.

La classe politique, quant à elle, joue sa partition coutumière. Elle réclame le dialogue avec une ardeur qui n’exclut pas le calcul. Elle invoque la nation, mais pense souvent à sa place dans la nation. Ici, les ennemis d’hier deviennent les alliés de demain, et l’on s’étonne encore de ces retournements comme si l’histoire congolaise ne nous y avait pas habitués.

On invoque aussi l’étranger. Il est commode, il explique tout, il dispense de se regarder en face. Certes, les convoitises existent, anciennes et persistantes. Mais à force de voir la main de l’autre partout, on finit par ne plus voir la sienne.

Gouverner la RDC en 2026, c’est continuer à diriger malgré la guerre d’agression, malgré les intrigues internes, malgré cette fatigue qui gagne les hommes et les femmes depuis trente ans. L’ennemi, d’ailleurs, renforce ses infiltrations. Gouverner, c’est donc durer. Il faut donc durer. Non par goût, non par vanité, mais parce que partir trop tôt, c’est parfois trahir ce que l’on avait commencé.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

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