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samedi, mars 14, 2026

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MARS AU FÉMININ

Le mois de mars avance en RDC avec une lenteur mesurée, comme si le pays lui-même hésitait à reconnaître celles qui en portent l’âme au quotidien : ses femmes.

La paysanne se lève avant l’aube, dans l’air frais chargé de rosée. Elle emprunte les sentiers qu’elle connaît par cœur, portant ses récoltes sur ses épaules, travaillant la terre que d’autres exploiteront pour leur profit. Chaque geste, chaque pas, est une résistance silencieuse. Ses mains fendues témoignent d’un labeur invisible, mais sa présence est essentielle : nourricière, gardienne de vies, elle soutient le monde sans jamais en recevoir la reconnaissance. Dans les assemblées où l’on décide du sort du pays, son regard ne pénètre jamais, et pourtant, dans l’ombre de sa journée, elle construit et protège le tissu fragile de la vie. La société lui répète « c’est ton rôle », et dans ce rappel se cache l’enseignement d’un antiféminisme ancien : enseigner aux hommes à commander et aux femmes à se taire.

En ville, la femme urbaine avance, le sac serré contre elle, les rêves serrés contre sa poitrine. Elle file entre travail, école et marchés, confrontée à des regards qui calculent sa valeur. Les bureaux chauds refusent souvent la reconnaissance qu’elle mérite, mais chaque tâche accomplie, chaque défi surmonté devient une victoire discrète. Les éloges qu’elle reçoit tombent parfois, mais jamais assez pour mesurer la détermination qui l’anime. Dans la cacophonie de la ville, sa persévérance devient une forme de révolte silencieuse, un refus de se réduire à l’ombre de soi-même.

La religieuse avance dans les couvents, chaque pas mesuré sur les dalles froides. La sérénité de son visage masque un poids que peu imaginent : l’ombre d’un désir contenu, la rigueur de règles séculaires. La foi est pour elle à la fois refuge et levier : un outil fragile pour résister aux contraintes de l’institution et préserver son intégrité. Dans ses prières se cache une force discrète, une vigilance intérieure qui cherche des fissures dans la pierre de la tradition, où la dignité et la conscience pourraient respirer encore.

L’étudiante écrit son avenir sur des cahiers trop étroits pour contenir ses ambitions. Chaque mot est un acte de résistance face au doute et à l’ombre que la société voudrait lui imposer. Le savoir devient son épée, la connaissance son refuge et sa revanche. Elle avance avec prudence, évitant les obstacles visibles et invisibles, transformant chaque difficulté en tremplin. Dans le silence des bibliothèques et la lumière froide des lampes de bureau, elle forge son destin, refusant que la peur ou l’injustice ne définissent sa trajectoire.

La politicienne et l’épouse vivent un combat plus subtil, celui de l’équilibre entre injonctions et désirs. Elles portent le poids des traditions, affrontent des attentes parfois absurdes, mais elles parlent, elles négocient, elles construisent. Leur courage n’est pas flamboyant mais constant : sourire malgré le mépris, avancer malgré le jugement, créer malgré l’oubli. Chaque action, chaque décision rappelle que l’histoire du pays est tissée autant de leur détermination que de celle de tous ceux qui l’ignorent.

Le mois de la femme congolaise n’est pas une fête de fleurs ni de gentillesse. Il est le rappel sévère que le pays repose sur des épaules qui ploient, sur des mains usées, sur des vies trop souvent ignorées.
Chaque femme, qu’elle laboure, travaille, prie, étudie, gouverne ou aime, incarne la force nécessaire à la survie et au progrès. Malgré la fatigue et l’injustice, elle avance. Elle est souffle et lumière, et il est grand temps que le Congo reconnaisse que sa valeur se mesure à sa résilience, à sa persévérance et à sa force inébranlable.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

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