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lundi, mars 2, 2026

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Mensonge d’État

Il est des mots qui ne vieillissent pas. Ils traversent les régimes, changent de costume, mais gardent la même odeur : celle d’une vérité retenue, étouffée sous le velours des discours officiels. Le mensonge d’État est de ceux-là.
On parle beaucoup de transparence. Le mot rassure. Il brille comme une vitre propre derrière laquelle on promet de tout montrer. Mais chacun sait que la vitre peut être teintée, que la lumière peut être orientée, que ce que l’on ne montre pas est parfois plus important que ce que l’on exhibe.
Le mensonge d’État n’est pas toujours une invention grossière. Il est plus subtil. Il choisit. Il retranche. Il simplifie. Il donne au peuple une histoire acceptable, non pas forcément fausse dans tous ses éléments, mais arrangée, polie, rendue supportable. Il rassure au moment où l’angoisse menace d’ouvrir des brèches.
Lorsque le président Laurent Désiré Kabila fut assassiné en République démocratique du Congo, la version officielle parla d’un acte isolé, d’un groupe restreint, d’une trahison circonscrite. Peut-être était-ce là toute la vérité. Peut-être n’en était-ce qu’une part. Les nations, comme les familles, préfèrent parfois une vérité courte à une vérité abyssale.
Très vite, la succession de Joseph Kabila fut présentée comme la continuité nécessaire, presque naturelle. Dans ces heures-là, l’ordre rassure davantage que la lumière. On ferme les volets pour éviter le tumulte. On invoque la stabilité. Et le peuple, fatigué, consent souvent à ne pas tout savoir.
Faut-il parler de mensonge ? Le mot est grave. Il suppose l’intention froide de tromper. Or le pouvoir, le plus souvent, se persuade qu’il agit pour le bien. Il se croit obligé de taire, de filtrer, d’orienter. Il appelle cela raison d’État. Le terme est plus noble. Il absout presque.
Mais la vérité, elle, n’a pas d’escorte. Elle vient nue, fragile, parfois dangereuse. Elle dérange les alliances, trouble les fidélités, ébranle les hiérarchies. C’est pourquoi on la redoute. C’est pourquoi on l’habille.
On dit que les institutions disposent de mécanismes de contrôle, de régulation, de surveillance. C’est vrai. Mais ces mécanismes dépendent des hommes, et les hommes ont peur. Peur du désordre. Peur de perdre. Peur d’être jugés. Alors la vérité devient une matière que l’on travaille, que l’on ajuste, que l’on polit jusqu’à ce qu’elle ne coupe plus.
La confiance des citoyens ne meurt pas d’un coup. Elle s’effrite. Un silence, une omission, une explication trop rapide. Et peu à peu, le doute s’installe. On continue d’écouter, mais on n’adhère plus tout à fait. On obéit, mais on ne croit plus.
Le contraire du mensonge d’État n’est pas seulement la transparence. C’est le courage. Le courage de dire ce qui dérange, d’admettre ce qui compromet, d’accepter que la vérité puisse affaiblir un pouvoir à court terme pour le fortifier à long terme.

Car un État peut survivre à une crise. Il survit plus difficilement à l’habitude du mensonge.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

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