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vendredi, mars 13, 2026

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Réviser la Constitution pour sauver la souveraineté

Tel un cri qui monte du peuple, ça ne se chuchote plus
Cela flotte désormais dans l’air du temps.
Ce n’est plus un murmure discret au coin des rues ni une rumeur que l’on échange à voix basse. Non. La parole s’est libérée. Elle circule, elle s’amplifie, elle se transforme en un cri collectif. Un cri d’espoir, mais aussi de lassitude.
Dans les marchés, dans les taxis, dans les universités comme dans les villages, une question revient avec insistance : faut-il modifier la Constitution de la République démocratique du Congo ?
Et la réponse du Congolais ordinaire — celui que l’on appelle souvent le Congolais lambda — fuse sans détour :
« Nous voulons récupérer notre pays. Nous voulons protéger notre souveraineté. »
Pour beaucoup, le débat constitutionnel n’est plus une affaire abstraite de juristes ou de politiciens. Il devient une question de survie nationale.

Une Constitution contestée dès son origine
Dans une large frange de l’opinion, la Constitution actuelle est perçue comme un texte qui n’aurait jamais véritablement fait l’objet d’une appropriation populaire profonde.
Certains estiment qu’elle aurait été adoptée dans un contexte d’urgence politique et d’influences extérieures, à un moment où le pays sortait à peine des turbulences de la guerre.
Cette perception nourrit aujourd’hui une interrogation légitime :
la Constitution protège-t-elle suffisamment la souveraineté nationale et l’intégrité du territoire ?
Car pour beaucoup de Congolais, le cœur du problème est là. Le débat sur la révision constitutionnelle est intimement lié à la question de la sécurité nationale et à la présence de forces ou d’influences étrangères qui fragilisent l’État.
L’abcès, disent certains, est désormais crevé.
Mais une plaie ouverte doit être soignée avec lucidité et courage.

Ne pas tourner en rond face à l’histoire
Le peuple congolais a trop longtemps eu l’impression d’être entraîné dans un cercle vicieux : conflits à répétition, exploitation des ressources naturelles, ingérences régionales et manipulations politiques.
À force de tourner en rond, prévient la sagesse populaire, le vertige finit par emporter la raison.
Or l’histoire récente du Congo a déjà donné ce vertige.
Les guerres à répétition dans l’Est du pays, les alliances ambiguës et les rivalités géopolitiques ont transformé une partie du territoire en terrain de convoitise.
Dans ce contexte, certains Congolais estiment que la Constitution devrait contenir des mécanismes plus solides pour protéger la souveraineté nationale, prévenir les ingérences étrangères et renforcer l’autorité de l’État.

Modifier une Constitution n’est pas un tabou
Les adversaires de toute réforme constitutionnelle brandissent souvent l’argument de la stabilité. Pourtant, l’histoire des grandes démocraties montre que réviser une Constitution est une pratique normale et parfois nécessaire.
Prenons quelques exemples :
• La France a révisé sa Constitution à 24 reprises, la dernière grande réforme remontant à 2008.
• La Belgique, pourtant réputée pour sa stabilité institutionnelle, a modifié la sienne environ 30 fois.
• L’Allemagne a procédé à plus de 60 révisions constitutionnelles depuis la mise en place de sa Loi fondamentale.
• L’Afrique du Sud, dont la Constitution est considérée comme l’une des plus modernes du monde, a déjà connu plus de 17 amendements.
Ces exemples montrent que la Constitution n’est pas un texte figé pour l’éternité. Elle doit évoluer avec les réalités politiques, économiques et sociales d’un pays.

L’exemple français : une Constitution en constante adaptation
La Constitution française du 4 octobre 1958, fondement de la Cinquième République, illustre parfaitement cette dynamique.
Depuis sa création, elle a été modifiée à de nombreuses reprises afin de s’adapter aux transformations de la société et de la vie politique.
Ces révisions ont notamment permis :
• l’élection du président de la République au suffrage universel direct ;
• l’instauration du quinquennat présidentiel ;
• le renforcement du rôle du Conseil constitutionnel ;
• la reconnaissance accrue des collectivités territoriales ;
• l’intégration progressive du droit européen.
En conséquence, seuls 30 des 92 articles d’origine sont restés inchangés, et le texte constitutionnel compte aujourd’hui plus de 100 articles.
Cela démontre qu’une Constitution peut évoluer profondément tout en restant le socle de la stabilité d’un État.

Le cas congolais : une question de souveraineté
Si les grandes démocraties modifient leurs constitutions pour moderniser leurs institutions ou renforcer les droits des citoyens, le Congo pourrait avoir une raison encore plus fondamentale : la défense de sa souveraineté nationale.
Certains juristes et analystes estiment que plusieurs dispositions devraient être réexaminées, notamment celles concernant :
• la protection de l’intégrité territoriale ;
• la gestion des ressources naturelles stratégiques ;
• la sécurité nationale et les alliances régionales ;
• le rôle de l’armée dans la défense du territoire ;
• la responsabilité politique des dirigeants face aux crises nationales.
L’objectif serait clair : empêcher que les erreurs du passé ne se répètent et protéger les générations futures.

Une réforme qui dérange
Évidemment, une réforme constitutionnelle ne peut pas faire l’unanimité.
Elle inquiète ceux qui profitent des déséquilibres du système.
Dans chaque pays, il existe toujours des acteurs politiques ou économiques qui préfèrent le statu quo :
les opportunistes du pouvoir, les profiteurs des zones grises institutionnelles, ou encore ceux qui voient dans la faiblesse de l’État une occasion d’enrichissement personnel.
Mais l’histoire montre une constante :
les grandes réformes naissent souvent lorsque les peuples cessent d’avoir peur de poser les vraies questions.

Penser loin, penser pour toujours
Réviser une Constitution ne devrait jamais être un acte improvisé ou partisan.
C’est un moment grave dans la vie d’une nation.
Cela exige de la sagesse, du débat public, et une vision qui dépasse les intérêts immédiats des acteurs politiques.
Car une Constitution digne de ce nom doit être pensée non seulement pour le présent, mais aussi pour les générations à venir.
Le peuple congolais aspire à un État fort, souverain, capable de protéger ses richesses et sa dignité.
Et s’il faut pour cela revisiter certains fondements juridiques de la République, alors la question mérite d’être posée avec courage et lucidité.
Comme le dit un proverbe africain :
« Quand la maison prend feu, on ne discute pas de la couleur de l’eau : on éteint l’incendie. »
Le Congo se trouve peut-être précisément à ce moment de son histoire.

ZADAIN KASONGO T.

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