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dimanche, avril 12, 2026

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FREINS AU DÉVELOPPEMENT DE LA RDC

Il y a des questions qui ne cessent de revenir, comme ces remords discrets qui s’invitent au cœur des nuits congolaises. « Qui freine le développement socio-économique de la RDC ? » On voudrait une réponse simple, un nom, un visage, presque un coupable à livrer à la vindicte. Mais la vérité, comme souvent, se dérobe à cette impatience.

On accuse d’abord ceux qui gouvernent. Et comment ne pas le faire ? Ils tiennent entre leurs mains les leviers d’un destin collectif et semblent parfois les abandonner à leurs propres intérêts. Le pouvoir, en ces terres, n’est pas seulement une charge : il devient tentation. Tentation de se servir avant de servir, de s’enrichir avant de construire. Les richesses du sol, qui devraient être promesse, se changent en piège ; elles attirent moins les bâtisseurs que les prédateurs. Le peuple, lui, regarde, avec cette lassitude qui n’est plus tout à fait de la colère, mais déjà une forme de fatigue morale.

Et pourtant, s’en tenir à ce réquisitoire serait trop commode. Il y a dans cette accusation un soulagement suspect : celui de se croire innocent parce que l’on désigne un autre. Or, la vérité est plus exigeante. Elle oblige chacun à se regarder sans indulgence. Car le mal ne se loge pas seulement dans les palais ; il circule aussi dans les gestes ordinaires, dans ces accommodements silencieux avec la règle, dans ces petites corruptions que l’on excuse parce qu’elles semblent nécessaires. La société tout entière porte en elle les traces d’une histoire violente, faite de dominations anciennes, de blessures mal refermées, d’habitudes prises dans la survie plus que dans la liberté.

Il faut aussi dire, sans naïveté, que la RDC n’est pas seule face à elle-même. D’autres forces agissent, plus discrètes et parfois plus puissantes. Elles ne parlent pas la langue des peuples, mais celle des intérêts. Elles convoitent, négocient, imposent. Et le pays, riche jusqu’à l’excès, devient paradoxalement vulnérable, comme si l’abondance elle-même appelait la convoitise et la dépendance.

Alors, qui freine ? La question persiste, mais elle change de nature. Ce n’est plus une accusation, c’est une inquiétude. Car le frein n’est pas extérieur à la marche : il est dans le mouvement même, dans cette alliance obscure entre des élites défaillantes, des habitudes sociales résignées et des pressions venues d’ailleurs.

Reste une possibilité, fragile, mais réelle : celle de rompre avec cette fatalité. Non pas en cherchant un bouc émissaire, mais en consentant à une vérité plus rude, celle d’une responsabilité partagée. Il n’y a pas de salut dans l’innocence proclamée, mais peut-être dans une lucidité qui oblige. C’est peu, dira-t-on. Mais c’est souvent par là que commencent les renaissances.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

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