Il est des frères et des sœurs que l’on ne choisit pas. Ils nous sont donnés à la naissance, ils arrivent avec le sang, le nom, parfois le poids des obligations. Ils sont là, souvent sans notre avis, et personne ne nous les impose vraiment : ils s’imposent d’eux-mêmes. Ils se réclament frères, parfois sans nous demander si nous sommes prêts à l’être aussi. Ils revendiquent des droits sur nos joies, nos peines, nos décisions, parce que la vie les a placés là, à nos côtés.
Et puis, il y a les autres.
Ceux que l’on choisit.
Ces frères là ne naissent pas dans la chair, mais dans le temps. Ils se révèlent au fil des chemins partagés, des épreuves traversées ensemble, des conversations tardives, des silences compris. Ils naissent d’un regard juste, d’une parole droite, d’une manière d’être au monde. Ce sont des femmes et des hommes qui vous acceptent tel que vous êtes, sans vous demander de vous justifier, sans chercher à vous transformer. Des êtres qui se sentent simplement en paix avec vous, et dont la présence devient un lieu sûr.
Ces frères choisis ne réclament rien, mais donnent beaucoup. Ils répondent à des exigences intérieures : le respect, la sincérité, l’honnêteté, l’objectivité, l’amour de l’autre. Ils partagent vos valeurs sans les proclamer, ils les incarnent.
Pontien KADJUO A PAKOKO était de ceux-là.
Le destin l’avait placé sur le chemin de nombreux d’entre nous. Sur ce long et parfois rude chemin qu’on appelle la vie. Nous venions de loin. De l’enfance, de la Ruashi, de ces années où l’on se construit sans le savoir encore. Et de ces années-là, une chose me revient avec une force intacte : je ne me souviens pas du jour où Pontien aurait appelé un proche par son nom ou son prénom. Jamais.
C’était toujours mon frère, mon frérot, ma sœur — prononcés avec une déférence naturelle, presque sacrée. Comme s’il reconnaissait en chacun une dignité préalable. Comme s’il savait que le mot pouvait déjà être un acte de paix.
Face à lui, on se sentait obligé de devenir meilleur. Obligé de lui rendre cette fraternité qu’il offrait sans calcul.
Homme de paix, homme de conviction, homme de bien.
Au sein de notre plateforme, il était le sage. Celui qui ne criait pas, mais dont la parole faisait taire les colères. Celui qui savait calmer les ardeurs des plus révoltés, non pas en éteignant la flamme, mais en lui donnant une direction. Il croyait à la force du dialogue, à la patience, à l’intelligence collective.
Homme de foi aussi, Pontien avait le goût du bien et du beau. Il le cultivait avec une plume rare, exigeante, élégante. À l’écrit comme à l’oral, il excellait sans forcer, sans écraser. Il écrivait comme on éclaire, il parlait comme on ouvre des portes.
Ce jour restera mémorable. Il marque le départ non seulement de Voltaire, mais aussi de Shakespeare de la Ruashi. Oui, car Pontien était de ces esprits complets, capables de la profondeur critique comme de l’élan poétique. D’aucuns l’appelaient la Bibliothèque, d’autres l’Encyclopédie. Non pas parce qu’il accumulait le savoir, mais parce qu’il savait le transmettre, le relier, l’humaniser.
Michel de Montaigne préférait la tête bien faite à la tête bien pleine. Pontien avait les deux. Une intelligence structurée et une mémoire riche, mais surtout un cœur à la hauteur de son esprit. Ironie du sort, c’est ce même cœur qui l’a emporté selon la médecine.
Quelle perte immense pour RUASHI-YETU, quelle absence douloureuse pour LAUTREINFO, où sa plume et sa contribution manqueront longtemps. Frère des mots ,frère de la vie, ses mots nous accompagneront pendant longtemps. Ses phrases résonneront aussi pendant longtemps tant dans nos oreilles que dans nos cœurs, dont une restée indélébile : « Quand nous fumes à la Kafubu et que nous y fumâmes ensemble la cigarette »….. Ce fut du Pakoko pur jus, la quinzaine révolue.
ZADAIN KASONGO T


