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mercredi, février 4, 2026

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Sur le plateau du temps, Papa Jean a joué sa plus belle partie !

Un membre éminent de « MIMI-SCRABBLE », notre club, s’est allongé pour toujours. Oui une dernière fois. Un peu comme on pose ses lettres après une partie bien jouée, dans le calme et la paix. Il s’appelait Jean Denis surnommé papa Jean par ses amis scrabbleurs. Merci à tous ceux qui l’ont connu. Mais aussi à ceux qui ne l’ont pas connu. Allusion faite notamment à notre très chère Valérie HANG VO, nouvelle venue parmi nous. Elle a appris à l’aimer sans l’avoir rencontré, simplement en écoutant nos récits, nos sourires, nos silences quand son nom revenait autour de la table. Preuve, s’il en fallait, que certains êtres laissent des empreintes si profondes que même ceux qui arrivent après marchent déjà dans leurs pas. Né à Mons en Belgique le 28 mai 1927, il a quitté la vie le 10 janvier 2026 pour rejoindre son épouse Marie-Ghislaine VAN HOUTTE avec qui ils avaient eu 4 enfants : Eric, Michel, Philippe et Isabelle DENIS
Tous les élans du cœur, toutes les pensées de chacun et de chacune seront transmis à son fils, Michel, héritier non seulement d’un nom, mais d’une présence, d’un exemple, d’une manière d’être au monde.
Il est vrai que c’est dommage, infiniment dommage, que certains ne l’aient jamais rencontré.
Car Papa Jean était de ces êtres rares dont la présence marque, même dans le silence d’une partie de Scrabble, même dans l’immobilité d’une salle où seules les lettres glissent et les regards se croisent.
Il s’asseyait, droit, attentif, presque solennel, comme s’il entrait dans un rituel. Puis ses yeux parcouraient le plateau, rapides, précis, éclairés. On aurait dit qu’il conversait déjà avec les mots avant même de les poser. Son intelligence était vive, alerte, parfois malicieusement espiègle.
Un excellent adversaire. Redoutable même.
Il jouait avec une aisance déconcertante, comme si les mots se présentaient à lui d’eux-mêmes, rangés quelque part dans les tiroirs secrets de sa mémoire, prêts à surgir au bon moment. Pendant que nous cherchions encore, hésitants, il avait déjà trouvé. Pendant que nous comptions nos points, lui observait déjà le prochain coup. Ce qui frappait immédiatement, c’était sa rapidité.
Mais plus encore, la richesse de son vocabulaire, patiemment façonnée par toute une vie de lecture, d’écoute, de conversations, de curiosité jamais éteinte. Chez lui, chaque mot semblait avoir une histoire, un poids, une musique.

À 98 ans, Papa Jean était encore capable de jouer au Scrabble plus de deux tours sans faiblir, sans se plaindre, sans demander pause ni répit. Mieux encore — et cela nous faisait sourire — il s’agaçait gentiment de me voir prendre trop de temps à placer mes jetons, alors que lui n’en perdait pas une seconde.

Il me regardait, mi- taquin, mi- sérieux, comme pour dire :
— Le jeu n’attend pas, mon ami. L’esprit non plus.
Cela l’ennuyait presque, comme si l’attente était une petite offense faite au jeu, à l’élan de la pensée, à cette danse rapide entre la main et l’intelligence.
Quel paradoxe émouvant : un jeune plus lent que le plus âgé.
Une leçon silencieuse sur le temps, sur l’expérience, sur la vivacité intérieure qui ne connaît pas les rides.

Papa Jean nous enseignait sans discours, sans leçons, simplement par sa manière d’être.
Il nous montrait que l’âge n’est pas toujours un ralentissement, mais parfois une forme d’aboutissement, une clarté, une maîtrise tranquille. Son parcours, son esprit, sa dignité, sa constance, sa façon respectueuse de gagner comme de perdre, restent profondément inspirants. Il nous rappelait que le vrai talent n’écrase pas, il élève. Que la vraie force n’humilie pas, elle encourage. Que la vraie intelligence sait aussi sourire. Son seul regret est de ne m’avoir jamais battu au tour final m’a-t-il confié l’année dernière lors de la célébration de ses 98 ans

Aujourd’hui, le plateau est là, les lettres sont là, la table est la même…
Mais une chaise est silencieuse.
Et ce silence, paradoxalement, parle très fort.
Il nous dit que Papa Jean a simplement changé de salle, changé de jeu, changé d’éclairage.
Il a posé ses lettres ici, mais il continue sa partie ailleurs, là où les mots ne s’épuisent pas et où le temps ne presse plus.

Paix à son âme.
Vive Papa Jean, mon excellent adversaire, mon discret professeur, notre mémoire vivante.
Et que son souvenir demeure, partie après partie, mot après mot, dans notre cercle de MIMI-SCRABBLE.

ZADAIN KASONGO T.

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