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lundi, février 9, 2026

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Quand les dates deviennent des tombes : chronique d’un 12 septembre

À force de célébrer les anniversaires des membres sur cette plateforme, certaines dates finissent par nous apprivoiser. Elles cessent d’être de simples chiffres alignés sur un calendrier impersonnel pour devenir des présences familières, presque charnelles. Elles prennent des visages, des voix, des intonations. Elles deviennent des souvenirs qui respirent.
Il existe, parmi nous, de véritables gardiens du temps. Dites leur une date, et ils vous répondront aussitôt, parfois les yeux mi-clos, comme s’ils feuilletaient un vieux carnet intérieur :
— « 12 septembre ? C’est maman Marie-Paule… »
— « 4 mars ? C’était papa Un tel… »
La mémoire humaine, lorsqu’elle est nourrie d’affection, devient une archive vivante.
Si cela est possible pour quelques-uns, que dire de moi, qui presque chaque jour rappelle ces dates, les annonce, les écris, les partage, comme on sonne une petite cloche pour que personne ne disparaisse tout à fait dans l’oubli. Un geste simple, mais obstiné, comme allumer une bougie dans un couloir sombre.
Ainsi, parmi toutes ces dates, il en est une sur laquelle je ne peux me tromper. Depuis plus de quarante ans, le 12 septembre n’est pas une date ordinaire. C’est une date chargée de visages, d’histoires entremêlées, de fidélités silencieuses.
Dans notre groupe LAUTREINFO, le 12 septembre incarnait la naissance de notre tout premier trio : papa Paul, maman Marie-Paule et papa Claude Constant. Trois prénoms, trois sourires, trois piliers. Un peu comme ces trois pierres angulaires qui soutiennent une maison ancienne : tant qu’elles sont là, on se sent à l’abri.
Mais le temps, ce sculpteur silencieux, patient et inexorable, a commencé son œuvre.
En 2024, Claude Constant nous a quittés. Le trio s’est alors réduit à un duo. Deux voix au lieu de trois, deux présences là où il y avait jadis un chœur. La date tenait encore debout, mais elle boitait déjà.
Puis vint 2025. Pour les plus attentifs d’entre nous, un détail n’a pas échappé. Lors de l’anniversaire du 12 septembre, il ne restait plus que papa Paul KABAMBA Mukubay pour incarner ce trio fondateur. Maman Marie-Paule, elle, ne répondait plus. Ni aux appels répétés, ni aux messages insistants. Pourtant, fidèles à l’habitude et à l’espérance, nous avions maintenu sa photo pour illustrer notre message d’anniversaire. Comme si, par ce simple geste, par cette image obstinée, nous pouvions encore la retenir du côté des vivants.

De novembre à décembre, lors de notre séjour à Lubumbashi, nous avons multiplié les tentatives de l’appeler. Le téléphone sonnait… encore… et encore… puis se taisait. Pas de voix. Pas de retour. Juste ce silence pesant, ce silence qui s’installe comme une chaise vide au milieu du salon et dont personne n’ose parler, mais que tout le monde voit. Et puis, ce matin-là, le choc.

En appelant maman Jeanne KAKESSE, sa collègue de service depuis plus de quarante ans à l’ex Union Zaïroise des Banques — ironie du sort, un premier appel depuis 1986 —, la vérité est tombée, brute, sans préambule. Surprise par ma voix, elle m’a répondu, la gorge serrée, que Marie-Paule KARUMB avait été inhumée le 12 septembre 2025 à Lubumbashi… le jour même de son anniversaire de naissance.
Ainsi, la date qui célébrait sa venue au monde est devenue aussi celle de son départ.
Comme si le calendrier, fatigué de compter les années, avait décidé de refermer la boucle.
Comme si la vie, dans sa poésie parfois cruelle, avait murmuré :
« Tu es venue un 12 septembre, tu t’en vas un 12 septembre. »
Désormais, pour nous, cette date ne sera plus jamais une simple ligne sur un calendrier. Elle portera la mémoire d’un trio devenu duo, puis solitude. Elle portera aussi le souvenir d’une femme discrète, fidèle, silencieuse, mais profondément présente.
Quel que soit l’endroit où je me trouvais, chaque 12 septembre, je lui souhaitais toujours un heureux anniversaire, par tous les moyens possibles. C’était devenu une habitude, presque un rituel partagé entre elle et ma famille. Elle partageait d’ailleurs cette même date de naissance avec la mère de mes enfants. Elles étaient jumelles astrologiques, liées par le ciel avant même de l’être par la vie.
Oui, certaines dates apprennent à marcher avec nous. Elles nous accompagnent, nous suivent, nous tiennent la main. Et parfois, sans prévenir, elles se retournent…
et finissent par marcher sur nos larmes.

ZADAIN KASONGO T.

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