Un récit littéraire est paru en 2025 chez l’éditeur britannique MediaComX, à Bristol. Il s’agit de l’ouvrage intitulé : Itinérances sans itinéraires, œuvre de Ndolamb Ngokwey. L’auteur est connu comme professeur de sociologie et d’anthropologie, et comme essayiste dont les travaux ont été salués par la communauté scientifique. On peut examiner la portée littéraire et sociopolitique de l’ouvrage, en mettant en lumière la tension entre le regard anthropologique, l’écriture subjective du voyage et le silence critique face aux régimes politiques observés. On peut alors se demander comment un intellectuel, formé à la sociologie et à l’anthropologie et ayant exercé des responsabilités au sein du système des Nations Unies, transforme son expérience internationale en matière littéraire, et que révèle son choix d’atténuer la critique politique explicite des contextes qu’il décrit. On peut avancer l’hypothèse selon laquelle l’ouvrage procède d’une stratégie d’écriture fondée sur la suggestion plutôt que sur la dénonciation frontale ; le silence politique apparent constituerait moins une défaillance critique qu’une posture diplomatique et esthétique, visant à privilégier l’observation culturelle et humaine.
Itinérances sans itinéraires se compose de huit chapitres d’inégale longueur, rédigés sous la forme d’un carnet de voyage. Chaque étape correspond à un pays où l’auteur a exercé les fonctions de représentant d’une organisation relevant du système des Nations Unies.
À l’île du Cap-Vert, il est frappé par l’accoutumance de la population à une sécheresse qui dure depuis sept ans. Au Bénin, qui sortait d’un régime marxiste-léniniste, l’humour populaire à l’égard de la politique contraste avec les préjugés qu’il nourrissait, fondés surtout sur la connaissance des élites intellectuelles. Au Sénégal, il se rend à l’évidence que l’excellence de la production culturelle nationale n’est pas un mythe. L’islam irrigue la société sénégalaise, laquelle a cependant laissé prospérer une dérangeante industrie de la mendicité. En Guinée, s’impose la figure du « Grand Timonier » Sékou Touré, disparu, mais toujours présent par sa stature politique et son discours anti-impérialiste. L’auteur évoque également le Ballet national et le Bembeya Jazz, emblèmes culturels du pays. Vient ensuite le séjour ivoirien, où l’aliénation onomastique surprend l’auteur : il y découvre l’étendue du malaise identitaire engendré par la colonisation française. À peine installé, il suit l’itinéraire chanté par le soliste congolais docteur Nico Kasanda dans Nakeyi Abidjan, afin de parcourir le pays profond et d’en rencontrer les habitants. Dans les Caraïbes anglophones, il concentre son attention sur les violences faites aux femmes, qu’il dénonce avec vigueur. Le Mozambique, pays bantou sur la façade de l’océan Indien, le rassure. Il y admire un art foisonnant — peinture, musique, danse — qui s’épanouit pourtant dans un contexte de paupérisation avancée. Ngokwey adopte un style sobre, relevé d’un humour incisif qui rend la lecture particulièrement agréable. Il convient toutefois de noter que l’auteur semble avoir volontairement tu toute critique politique explicite des régimes en place dans les pays où il a vécu. Ce silence intrigue, d’autant qu’il disposait manifestement de données objectives pour nourrir une telle analyse. L’ouvrage, fort de deux cent vingt-cinq pages, se lit d’un trait.
Lu par
José Tshisungu wa Tshisungu


