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dimanche, avril 5, 2026

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Le verbe et le masque !

Depuis quelque temps, chaque sortie médiatique de Paul Kagame semble agir comme une pierre jetée dans l’eau trouble de la géopolitique africaine et internationale. Les cercles d’analystes s’animent, les amphithéâtres de science politique bruissent, et les experts — politologues, chercheurs, observateurs avertis — tendent l’oreille. Mais ce n’est point tant pour applaudir une vision éclairée que pour ausculter une parole devenue, au fil du temps, matière à controverse, sinon à inquiétude.

Les interventions se multiplient, se superposent, s’intensifient. Et la plus récente, celle d’il y a à peine deux jours, n’a pas échappé à ce nouveau tribunal de la conscience critique. Chaque phrase y a été disséquée, chaque silence interrogé, chaque inflexion soupçonnée.
Car il n’est nul besoin d’être un analyste chevronné pour percevoir, derrière l’impassibilité presque sculpturale du visage, une forme de rigidité calculée. La mimique est contenue, presque figée ; le propos, quant à lui, semble parfois s’envelopper d’un flou subtil, comme si la clarté était devenue un luxe inutile. Ainsi parle l’homme fort de Kigali : avec une assurance qui frôle l’inébranlable, mais dont les contours interrogent. Oui quand Kigali parle, l’Afrique s’interroge. Car on voit le masque qui perturbe le verbe.
L’opinion congolaise, un instant bercée d’espérance, avait cru à la promesse du respect des engagements issus des Accords de Washington. Ces accords, signés il y a un peu plus d’un mois, prévoyaient notamment le retrait des troupes rwandaises de l’Est de la République démocratique du Congo.
Ce fut une joie brève, presque fragile — semblable à une éclaircie dans un ciel d’orage.
Car très vite, le discours a changé de ton. D’un revers de verbe, tout semble avoir été remis au point de départ. Le refus est désormais explicite : Kigali ne quittera pas le sol congolais. Et pour justifier cette position, le Président rwandais invoque une logique sécuritaire élargie, affirmant le droit de défendre ses frontières… jusqu’à vingt kilomètres à l’intérieur du territoire congolais.
Un argument qui, à bien des égards, rappelle ces situations du quotidien où la force s’habille de nécessité. Comme ce voisin qui, sous prétexte de protéger sa clôture, s’autorise à empiéter sur le jardin d’autrui — redessinant les limites selon son seul intérêt.
Dans ses déclarations, Paul Kagame estime ces mesures injustes, déséquilibrées, trop favorables à Kinshasa. Il rejette même, sans détour, tout lien contraignant avec les accords signés. Une posture qui laisse perplexe : que vaut une signature si elle peut être effacée par la seule volonté de celui qui l’a apposée ?
Dans le même souffle, Kigali accuse le gouvernement de Félix Tshisekedi de passivité face aux exactions des FDLR, groupe armé hostile au Rwanda. Mais, paradoxe troublant, il ne voit aucune contradiction à tolérer — voire faciliter — les mouvements de Joseph Kabila, aujourd’hui figure d’opposition déclarée et, selon Kinshasa, acteur de déstabilisation.
Là encore, l’exemple éclaire le propos : c’est comme condamner l’incendie chez soi tout en alimentant les braises chez le voisin. Une logique à géométrie variable, où les principes s’adaptent aux intérêts du moment.
En filigrane, un message semble se dessiner, presque sans détour :
« Faites ce que je dis, mais ne faites ni ce que je fais, ni comme je le fais. »
Ainsi se construit une diplomatie où la revendication devient un monopole, et où la sécurité — notion pourtant universelle — se réduit à une priorité unilatérale : celle du Rwanda, de son Président et de son régime.
Mais à trop jouer avec les lignes, ne risque-t-on pas de jouer avec le feu ? À user de subterfuges pour déstabiliser ses interlocuteurs, ne finit-on pas par s’exposer soi-même à l’isolement ?
L’épisode de la protection accordée à Joseph Kabila, pourtant condamné à mort par la justice de Kinshasa, en est une illustration troublante. Il révèle une réalité brutale des relations internationales : les alliances ne sont pas toujours morales, elles sont souvent stratégiques.
Comme le dit un proverbe revisité :
les amis de nos amis sont nos amis… mais les ennemis de nos ennemis ne deviennent jamais innocents pour autant.
Kinshasa gagnerait à méditer cette équation, non pour céder à la suspicion permanente, mais pour affiner sa lecture des rapports de force. Car dans ce jeu d’échecs régional, chaque mouvement compte, chaque silence pèse, chaque alliance interroge.
Et au bout de cette réflexion surgit une question, presque provocante, mais révélatrice du trouble ambiant :
Joseph Kabila est-il encore pleinement inscrit dans le destin congolais, ou est-il devenu une pièce sur un échiquier plus vaste ?

ZADAIN KASONGO T.

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