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samedi, avril 18, 2026

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LE PRÉSIDENT DÉMISSIONNAIRE

Il est des romans congolais qui ne se contentent pas de raconter une histoire, mais qui déposent sur la conscience une brume tenace. Ainsi en va-t-il du roman intitulé : Le brouillard plane sur Makabana, publié chez Édilivre, où Mutshipayi Kalombo Cibalabala ne décrit pas seulement un pays imaginaire, il enregistre, avec une gravité presque résignée, l’épuisement d’un monde.

Le pouvoir qu’il peint et qu’il accuse ouvertement n’est plus qu’une mécanique fatiguée, un appareil vidé de sa promesse. Il ne gouverne pas : il dure. Et ce qui frappe, ce n’est pas tant la violence que l’impuissance, cette manière qu’ont les régimes de s’enliser dans leur propre inertie, jusqu’à faire de l’échec une seconde nature.

Le professeur Mambou, président démissionnaire, n’est pas un tyran. Il est plus inquiétant encore : un homme de bonne volonté, empêtré dans une toile qu’il n’a pas su rompre. Il voudrait arracher son pays à la dépendance, purifier les couloirs d’un palais infesté de croyances troubles, redonner un souffle à des institutions dévastées. Mais il hésite, il diffère, il cède, et cette faiblesse, qui pourrait être humaine, devient ici tragique. Car il est des moments où ne pas agir revient à consentir.

On reconnaît, sous les contours de cette fiction, les ombres portées de la République démocratique du Congo telles qu’elles ont traversé les années du pouvoir de Joseph Kabila : une histoire suspendue, comme retenue au bord d’elle-même, où l’espérance semble toujours différée. L’écrivain regarde ce pays, en 2009, année de la parution du roman, avec une lucidité sans indulgence, mais sans colère non plus, comme si la lassitude avait pris le pas sur l’indignation.

Et c’est peut-être là ce qui trouble le plus le lecteur. Car à force de dire l’échec, de l’entourer, de le nommer, on en vient presque à l’accepter. Le brouillard, chez lui, n’est pas seulement dans le ciel de Makabana ; il gagne les consciences. Il obscurcit jusqu’au désir même d’un autre avenir. Mon oncle paternel disait que certaines vérités finissent par nous accabler au point de nous rendre complices de ce qu’elles dénoncent. Ce roman en porte, silencieusement, le risque.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

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