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dimanche, avril 19, 2026

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Le Dernier Écho des Majina

Chers tous,
Aujourd’hui, les mots vacillent. Ils tremblent comme une flamme fragile exposée au vent du deuil.
Notre plateforme, LAUTREINFO , est en silence. Un silence lourd, dense, presque irréel. Car l’un des nôtres vient de nous quitter.
Ce matin encore, la vie semblait suivre son cours ordinaire. Puis, soudain, une douleur à la poitrine. Un appel à l’épouse, aux enfants — ce réflexe humain, ultime, de s’accrocher à ceux qui incarnent l’amour et la présence. On part pour l’hôpital avec l’espoir encore vivant… mais à l’arrivée, le verdict tombe, implacable, définitif.
Maurice KASONGO TSHIMBALANGA n’est plus .
Et avec lui, c’est toute une part de mémoire, d’histoire et d’affection qui s’éteint.
Membre de LAUTREINFO depuis sa création en 2019, Maurice était bien plus qu’un simple compagnon de plateforme. Il était de ceux que la vie vous donne sans explication, mais que le cœur reconnaît immédiatement. Nous portions le même patronyme, sans appartenir à la même lignée. Et pourtant… combien étions-nous proches, liés par une fraternité mystérieuse que seuls les initiés du destin peuvent comprendre.
Car notre histoire ne commence pas avec lui. Elle remonte loin, très loin — à une époque où la voix portait encore les rêves d’un pays à travers les ondes. « LA VOIX DU ZAÏRE » . C’était en 1979.
Cette année-là, je faisais mes premiers pas dans la presse congolaise, sur les antennes de La VOIX DU ZAÏRE . Parmi les auditeurs fidèles qui suivaient avec ferveur mes interventions, mes émissions un nom revenait souvent, avec insistance et chaleur : KASONGO TSHIMBALANGA .
Le même nom. Le même post-nom. Comme un écho.
Nous ne nous connaissions pas, mais quelque chose nous liait déjà. Une complicité née de la parole et entretenue par des lettres pleines d’admiration et d’humanité. Lui, vivait à Kolwezi, où il travaillait à la SONAS . Et moi à Lubumbashi ma terre natale. La distance nous séparait, mais elle n’effaçait pas cette proximité étrange. Puis un jour, le destin décida de nous rapprocher.
En tournée théâtrale dans le Katanga, je reçus une visite inattendue à mon hôtel. C’était lui. Papa KASONGO TSHIMBALANGA , en personne.
Je revois encore ce moment : deux hommes qui se découvrent enfin, après s’être longtemps connus sans jamais se voir. La joie était immense, presque sacrée. Nous étions des Majinades homonymes — mais ce jour-là, nous devenions bien plus que cela.
Une réception fut organisée à son domicile, comme pour sceller cette rencontre hors du commun. Il voulait voir l’homme dont il admirait la voix. Et moi, je découvrais celui dont les mots m’avaient accompagné. Puis la vie, avec ses détours et ses silences, fit son œuvre.
Mon départ pour l’Occident nous éloigna. Le temps passa. Longtemps.
Jusqu’à ce matin inattendu de l’ère numérique, où un message surgit de l’écran :
« Bonjour, je suis Maurice KASONGO TSHIMBALANGA, fils de Pierre KASONGO TSHIMBALANGA. »
Mon cœur bondit.
Le lien renaissait.
Nous avons échangé, renoué, promis de ne plus jamais laisser le silence s’installer entre nous. Il vivait à Kinshasa. L’espoir de nous revoir devenait enfin concret.
Mais la joie fut de courte durée.
À ma question sur son père — ce pont entre nos deux existences — Maurice me répondit avec gravité. Papa Pierre KASONGO TSHIMBALANGA n’était plus. Victime de ces tragédies humaines que l’histoire inflige sans justice, lors des sombres épisodes d’épuration ethnique à Kolwezi.
Il ne restait plus que nous.
Deux héritiers d’un lien invisible. Deux voix prolongées d’une mémoire commune.
Et aujourd’hui…
Aujourd’hui, même cette continuité vient de se briser.
Maurice est parti à son tour, emportant avec lui ce fil fragile qui nous unissait au passé. La fin des temps, que nous pensions encore lointaine, a frappé sans prévenir.

Mais qui était l’homme que nous pleurons aujourd’hui ?
Maurice KASONGO TSHIMBALANGA n’était pas seulement un nom, ni un souvenir. Il était une œuvre en mouvement.
Né le 20 septembre 1965, il fut un homme de rigueur, de savoir et d’engagement. Ingénieur formé à l’Université de Lubumbashi, en génie civil, option chimie industrielle, il consacra sa vie à l’excellence professionnelle.
Dès 1995, il entra dans l’industrie brassicole, où il fit ses preuves avec constance et intelligence. Au sein de Heineken RDC, pendant près de seize années, il gravit les échelons avec mérite : ingénieur de fabrication, technologue de production, responsable qualité et technologie.
Partout où il passait, il laissait l’empreinte d’un homme soucieux du détail, de la performance et de l’amélioration continue.
Mais Maurice ne s’arrêta pas là.

À partir de 2011, il devint consultant, mettant son expertise au service des entreprises, les accompagnant dans la mise en place de systèmes de management, la conformité aux normes internationales, la formation et l’audit. Il collabora avec des institutions de référence comme SGS, PA et ETSA, et apporta son savoir à des géants tels que The Coca-Cola Company, Nestlé, Heineken et Unilever.
Derrière le professionnel accompli se trouvait aussi un homme de famille.
Époux de Claudette Kalanga, il était père de quatre enfants : Chris, Dan, Ketsia et Jérémie — son héritage le plus précieux, sa continuité vivante.

Aujourd’hui, les mots ne suffisent pas.
Comment dire l’absence ?
Comment contenir le vide laissé par un homme qui était à la fois mémoire, lien et espérance ?
Maurice, mon cher Majina
Mon frère de nom, mon frère de cœur…
Tu étais ce pont entre hier et aujourd’hui. Et te voilà désormais passé de l’autre côté, là où les voix ne s’éteignent pas, mais deviennent éternelles.
Paix à ton âme ! Et que le souvenir de ton nom — notre nom — continue de résonner, comme un écho fidèle, dans les couloirs du temps.

ZADAIN  KASONGO TSHIMBALANGA

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