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dimanche, mars 29, 2026

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AUTORITÉ ET LÉGITIMITÉ : LE MALENTENDU CONGOLAIS

On parle beaucoup, ces derniers temps, de l’autorité et de la légitimité du pouvoir en République démocratique du Congo. Les mots circulent, s’enflent, se contredisent parfois, comme s’il suffisait de les prononcer pour éclairer ce qu’il obscurcit davantage. À force d’être invoquées ensemble, ces deux notions finissent par se dissoudre l’une dans l’autre, au point que l’on ne sait plus très bien ce que l’on défend : un pouvoir établi ou un pouvoir reconnu.
Il faut pourtant les distinguer, non pour les opposer, mais pour comprendre ce qui les lie et ce qui les sépare. L’autorité est ce qui permet de gouverner : elle s’incarne dans des institutions, dans des décisions, dans la capacité d’imposer des règles communes. Elle est nécessaire, car aucune société ne peut subsister dans l’indétermination. Mais cette autorité, si elle veut durer autrement que par la contrainte, doit rencontrer autre chose qu’elle-même : l’assentiment, même fragile, de ceux sur qui elle s’exerce.
C’est là qu’intervient la légitimité. Elle ne se réduit ni à une émotion passagère ni à une tradition figée. Elle naît d’un double mouvement : enracinement dans une histoire commune et capacité à répondre aux exigences du présent. Elle suppose à la fois la mémoire et le renouvellement. Une légitimité qui ne serait que mémoire se transformerait en relique ; une légitimité sans mémoire ne serait qu’une improvisation sans profondeur.
Dans la situation congolaise, ce double mouvement apparaît souvent brisé. Le pouvoir en place de 2001 à 2018 tendait à confondre son existence avec sa justification : parce qu’il gouvernait sous la dictée du Rwanda, il se croyait fondé à gouverner. Or, l’autorité ne tire pas sa force de sa seule installation. Elle doit sans cesse se justifier, non devant des abstractions, mais devant un peuple dont les attentes se déplacent, se durcissent, parfois se désespèrent.
Mais il serait trop facile d’inverser le reproche sans précaution. La contestation, lorsqu’elle se réclame de la légitimité, n’échappe pas non plus à ses propres illusions. Une légitimité qui se réduirait au refus de l’autorité établie risquerait de se dissoudre dans l’impatience ou dans l’invocation permanente d’une justice sans prise sur le réel. Gouverner oblige l’autorité de décider, de trancher et parfois de déplaire.
C’est pourquoi le drame politique de la RDC de 2001 à 2018 ne tenait pas seulement à un excès d’autorité ou à un déficit de légitimité, mais à leur désajustement constant. Le pouvoir parlait le langage de la loi, souvent perçu comme lointain ou imposé ; le peuple invoquait la justice, souvent vécue comme une promesse toujours différée. Entre les deux, le dialogue se transformait en soupçon. Chacun doutait de la parole de l’autre, et ce doute minait silencieusement l’édifice commun infiltré par les Rwandais.
Aujourd’hui, après les élections de 2023, il ne suffit pas d’appeler à un « dialogue inclusif » comme on prononcerait une formule rituelle. Encore faut-il que ce dialogue ne soit pas un théâtre de la contestation. L’avenir politique du Congo se joue, non dans l’affirmation solitaire d’un pouvoir, ni dans la contestation sans horizon, mais dans cet effort patient, toujours recommencé, pour faire coïncider, autant que possible, la raison d’obéir à un pouvoir central et le droit de gouverner un pays immense dans la paix.


José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

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