Il est des silences qui en disent long.
Et celui qui entoure aujourd’hui l’accroissement du nombre de femmes célibataires et divorcées en Afrique est peut-être l’un des plus lourds de conséquences.Car derrière ce phénomène, que certains célèbrent comme une conquête de liberté, se dessine en réalité une fracture profonde, presque invisible, mais déjà active : celle de la dislocation progressive de nos repères sociaux.
L’Afrique avance, dit-on. Mais vers quoi ?
À force de vouloir imiter des modèles venus d’ailleurs, sans en comprendre les racines ni les mutations historiques qui les ont façonnés, nos sociétés se livrent à des expérimentations hasardeuses. L’émancipation de la femme — noble en soi — se transforme parfois en une rupture brutale avec les équilibres ancestraux, comme si modernité et tradition ne pouvaient coexister.
On parle d’égalité des sexes.
Mais parle-t-on encore de complémentarité ?
On revendique l’autonomie.
Mais construit on réellement des capacités durables, fondées sur des compétences solides et une vision commune du vivre-ensemble ?
Dans cette confusion, certains repères vacillent. Le mariage n’est plus un horizon, mais une option incertaine. L’union devient fragile, provisoire, négociable. Et dans cette instabilité, les frustrations s’accumulent, les attentes deviennent irréalistes, et la quête du partenaire idéal se transforme en impasse.
Alors surgissent d’autres chemins — parfois périlleux.
La marchandisation du corps, la quête d’une beauté artificielle, l’illusion d’un pouvoir fondé sur la séduction ou la domination… autant de dérives qui promettent une victoire individuelle, mais accouchent d’un vide collectif.
Et les hommes ?
Déconcertés, souvent désorientés, ils reculent. Certains fuient leurs responsabilités, d’autres se replient dans des existences parallèles, abandonnant peu à peu leur rôle dans l’édifice familial.
Entre affirmation et confrontation, le dialogue s’efface.
Et les enfants ?
Ils grandissent trop souvent dans des structures fragiles, recomposées à la hâte, exposées à des modèles contradictoires, cherchant des repères dans un monde qui en propose de moins en moins.
Ce qui est en jeu ici dépasse la question du couple.
C’est l’âme même de la société africaine qui vacille.
Car une société ne tient pas seulement par ses institutions, mais par ses liens invisibles : la famille, la transmission, la responsabilité partagée.
La modernité ne devrait pas être une rupture, mais une continuité éclairée.
Alors la question demeure, insistante, presque urgente :
l’Afrique peut-elle évoluer sans se renier ?
Ou continuera-t-elle à avancer en perdant, pas à pas, ce qui faisait sa force ?
Professeur Dr. WEMBONYAMA Okitotsho Stanislas (WOS)


