Ce soir, dans la pénombre douce d’un temps suspendu, nous allumons la 90ᵉ bougie. Et la flamme vacille, non sous le poids des années, mais sous l’émotion qui étreint nos cœurs reconnaissants. Quatre-vingt-dix saisons ont traversé votre vie, Papa, et chacune d’elles a laissé une empreinte de sagesse, de courage et de transmission.
Depuis soixante-sept années, vous marchez main dans la main avec maman Charlotte MULEKA wa MBAYA, compagne de route, gardienne du foyer, témoin fidèle des joies comme des tempêtes. De cette union bénie sont nés neuf enfants — cinq filles, quatre garçons — racines solides d’un arbre devenu aujourd’hui majestueux, dont les branches s’étendent jusqu’à soixante-cinq petits-enfants, soixante onze arrières petits enfants. Une descendance foisonnante, vivante, qui murmure votre nom comme une prière et un héritage.
Vous êtes bien plus qu’un père, bien plus qu’un aïeul : vous êtes le Patriarche. Celui de la grande famille Bena KALOMBO, Bena Lulenga de Bena Kalambay. Un repère, une mémoire, une autorité tranquille dont la parole porte le poids du vécu et la lumière de l’expérience.
Votre histoire commence loin, à Luebo, là où les rêves prennent racine dans la terre rouge. Élève au collège Kamponde, vous y avez croisé les pas d’un autre destin, celui de feu Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Deux trajectoires, deux visions, mais un même souffle d’espérance pour un Congo en devenir.
En 1956, Lubumbashi vous accueille. Vous y venez avec une ambition noble : celle de devenir médecin. Mais déjà, l’histoire impose ses détours. La politique de quotas vous dévie de votre trajectoire initiale, et c’est à l’Institut d’enseignement médical que vous poursuivez votre chemin, non sans résilience. Car les hommes d’exception ne se définissent pas par les routes qu’ils choisissent, mais par celles qu’ils acceptent de parcourir.
L’Union Minière du Haut Katanga vous ouvre alors ses portes et vous envoie à Kolwezi. Là-bas, au cœur d’une époque troublée, la sécession katangaise vient bousculer les existences. Votre vie, un instant, tient à un fil. Et ce fil porte le nom de solidarité. Un ami, un frère du terroir, vous cache, vous protège, vous sauve. Grâce à lui, vous traversez l’ombre pour rejoindre la lumière, quittant clandestinement Kolwezi, emportant avec vous une leçon indélébile : celle de l’humanité dans sa forme la plus pure. Une fois le calme revenu, vous reprenez du service à l’Union Minière du Haut KATANGA avant d’abandonner pour rejoindre la « VOIX DU KATANGA » . Là vous êtes dans la presse. Mais l’esprit d’indépendant qui vous habite vous guide vers la publicité. Vous abandonnez tout pour ouvrir votre propre agence de Publicité avant de retrouver le chemin de la faculté des sciences politiques à l’université de Lubumbashi. Ce n’est pas le dernier appel. Car celui du Seigneur se fait aussi entendre et vous êtes consacré Pasteur.
Voilà, en quelques mots — ou en mille — l’histoire de cet homme que nous célébrons aujourd’hui. Une bibliothèque vivante. Un témoin du temps. Un passeur de mémoire. Notre papa.
À la fin de l’année dernière 2025, vous nous avez offert plus de deux heures d’entretien filmé et enregistré. Deux heures d’or, d’archives, de confidences. Deux heures où chaque mot devenait un héritage, chaque silence une profondeur. Ceci sans compter les heures et les jours de causerie hors caméras. Ce témoignage est un trésor, un testament précieux pour les générations présentes et à venir.
Car si les années ont marqué votre visage, elles n’ont en rien altéré votre esprit. Votre intelligence demeure vive, alerte, précise. Vous vous souvenez de tout — des détails les plus infimes comme des grandes secousses de l’histoire. Votre mémoire est une carte vivante où se dessinent les chemins du passé et les leçons pour l’avenir.
Et lorsque l’on vous demande le secret de cette longévité, de cette énergie tranquille, vous répondez sans emphase, mais avec une force désarmante, en évoquant quatre principes simples, presque austères, mais profondément éclairants :
– Ne pas trop parler
– Éviter de s’immiscer dans les problèmes d’autrui
– Éviter de contracter des dettes
– Honorer ses parents
Quatre piliers comme quatre racines profondes. Une philosophie de vie qui ne cherche ni le bruit ni la gloire, mais l’équilibre, la dignité et la paix intérieure.
Papa, notre Baobab, vous êtes de ces êtres rares qui ne vieillissent pas : ils s’enracinent davantage. Et plus le temps passe, plus leur ombre devient refuge.
En ce jour béni, nous ne célébrons pas seulement votre anniversaire. Nous célébrons une vie. Une œuvre. Une trace indélébile dans nos existences.
Que Dieu vous accorde encore des jours paisibles, entouré de ceux qui vous aiment, afin que votre voix continue d’éclairer nos chemins.
Heureux anniversaire, Papa !
ZADAIN KASONGO T.


