LA PIÈTRE FIGURE DE L’OPPOSITION POLITIQUE CONGOLAISE.

En ce moment précis de son histoire, où la RDC, comme à la croisée des chemins, cherche à retrouver et renforcer son identité politique liée à sa souveraineté et à l’intégrité de son territoire – loin de chercher à disculper le camp du pouvoir où il y a quantité de choses à dire et à redire à propos de la gouvernance – il s’est avéré indispensable de clarifier le rôle de l’opposition politique congolaise dans tous les tumultes qui actuellement en RDC depuis l’invasion extérieure de la RDC et l’occupation de l’Est de la RDC sur lequel les griffes du Rwanda semblent ne pas vouloir lâcher prise.

De manière succinte notre regard sera en trois points principaux orienté tour à tour vers la brève présentation de l’opposition politique congolaise, son rôle sur la scène politique intérieure, et son positionnement face à l’intérêt supérieur de la nation face à de convoitises extérieures.

I.LE POIDS POLITIQUE DE L’OPPOSITION CONGOLAISE

Manifestement il se dégage au sein de l’opposition politique congolaise trois types, au modes de fonctionnement différents, mais dont les objectifs paraissent après tout converger :

  1. L’opposition parlementaire bien structurée, ayant reçu et validé des mandats du peuple congolais souverain, et qui siège à l’Assemblée nationale, au sénat et dans les assemblées provinciales. Mais il s’agit d’une opposition orpheline de ses initiateurs ayant délibérément choisi de vivre en exil, notamment l’ancien président Joseph Kabila qui a rejoint la rébellion pro rwandaise à Goma, et Moïse Katumbi, qui n’a jamais condamné l’agression rwandaise de la RDC, et a même pesé de tout son poids, au même moment que des envoyés de Joseph Kabila à Washington, contre la réalisation du deal RDC – USA portant sur l’exploitation des ressources minières stratégiques de la RDC.
  2. En dehors de ces acteurs politiques majeurs de l’opposition, la scène politique intérieure est désormais animée par des leaders de partis politiques de moindre envergure, ayant visiblement difficile à combler le vide. En effet, puisque le pouvoir en principe émane du peuple congolais qui l’exerce directement ou indirectement en le conférant par délégation à ses élus,quel est donc le poids politique d’un opposant dont le parti politique dispose d’un agrément de l’État congolais, mais d’un côté opère sans mandat octroyé dans les urnes par le peuple congolais, et de l’autre côté ne disposerait pas d’une légitimité populaire avérée en fonction du rayon d’implantation de la plupart de ces partis politiques très actifs à Kinshasa la capitale, mais dont l’aura au-delà de la ville de Kinshasa ne dépasse pas le cadre d’une province, d’une ethnie ? De ce fait, ils versent dans la démesure ces opposants politiques qui, en attendant de recevoir le quitus du peuple congolais, agissent par volontarisme en leur nom personnel, et ne devraient pas par voie de conséquence se targuer d’avoir la latitude suffisante pour endosser des responsabilités au nom du peuple au pays et même à l’étranger.
  3. Plus grave encore est l’existence de cette opposition politique de façade, adossée à l’extérieur dans le but de couvrir de son empreinte l’invasion extérieure de la RDC par le Rwanda et l’Ouganda, et qui maintes fois a changé à la manière des habits, des têtes d’affiche, partant de Mzee Laurent Désiré Kabila, liquidé pour volte-face à l’endroit de ses maîtres d’hier, jusqu’à Laurent Nkundabatware ( CNDP), Sultani Makenga, Bertrand Bisimwa et Corneille Nangaa, sans oublier Adolphe Onusumba qui fut conduit à Sun City à jouer les rôles de premier plan pour le compte du Rcd/ Goma, avant d’être à jamais éclipsé au profit d’Azarias Ruberwa en vue d’occuper le poste de vice-président au sein de la mouture 1+4.
    Curieusement cette opposition armée, dite congolaise, regorge aussi en son sein de personnages ne disposant d’aucun mandat électif émanant du peuple congolais souverain, mais qui endossent dans leur courage effronté la responsabilité d’engager le destin du peuple congolais, pour lequel il n’existe pas de preuves précises certifiant la reconnaissance ou l’adhésion à des projets ambitieux nés malicieusement dans la tête de ceux qui les trimbalent. Ainsi en a-t-il été de Mzee Laurent Désiré qui, entouré d’individus jusque-là inconnus du peuple congolais de l’époque, prît le courage de consigner dans les accords dits de Lemera, que le sol et le sous-sol de la RDC appartiendraient à l’Afdl dont jusque-là personne n’avait encore entendu parler en RDC et dans le monde. Il n’est pas exclu de prédire que de telles blagues, de mauvais goût, auront à perdurer tant que le régime de Kinshasa n’aura pas pris la latitude et la résolution d’y mettre absolument fin une fois pour toutes.

Il.ROLE AMBIGU DE L’OPPOSITION SUR LA SCÈNE POLITIQUE CONGOLAISE.

La RDC devrait au mieux bénéficier de l’existence sur la scène politique congolaise, d’une opposition politique forte. Elle conduirait de la sorte à émettre dans le sens positif deux sons de cloche aux congolais, qui dans l’édification morale progressive de leur personnalité politique, apprendraient identifier les mérites et les insuffisances du pouvoir indexés par l’opposition qui en profiterait pour vanter son programme en vue de l’alternance, tandis que le pouvoir serait constamment tenté de faire toujours plus afin de parfaire son image.

Mais ce qui se fait remarquer sur la scène politique congolaise de la part de l’opposition c’est malheureusement le spectacle désolant d’une course effrénée vers le pouvoir, à tout prix, pour des postes et des privilèges que fait miroiter le pouvoir. En kamikazes – même si les mêmes considérations ne peuvent pas être totalement épargnées à ceux qui comblent les rangs du pouvoir, prêts à changer de langage dès qu’ils passeraient de l’autre côté de la rue – ils sont déterminés à foncer à toute allure, par alternance,ou à travers des combines devenues usuelles à l’instar de dialogues.

Des meetings et marches pacifiques, qui dans les meilleurs de cas devraient bénéficier de l’autorisation et de l’encadrement du pouvoir public, sont par contre devenus des lieux empoisonnés de violence où se mêlent jusqu’à de porteurs de manchettes et autres armes blanches, le monopole de la force que se réserve l’État – autrefois abusé au temps de Mobutu et de Joseph Kabila pour réprimer le peuple dans le sang – devient par inversion de valeurs l’apanage partagé par l’opposition politique congolaise qui en interne promet de semer le chaos, tandis qu’à l’Est sous l’instigation de leur maître de Kigali,les proxies congolais menacent de découper l’Est, la Katanga…! C’est de l’irresponsabilité de la part de personnages qui prétendent aimer les congolais et leur vouloir du bien. La sagesse légendaire du roi Salomon n’a pas jugé bon de remettre l’enfant disputé entre deux femmes à celle qui avait devant la justice du roi que l’enfant fusse coupé en deux !

Pourquoi la cour de cassation ne vient-elle pas mettre le doigt à l’œil de ceux des opposants qui envisagent de troubler la paix et l’ordre public, de la même manière que la commission de l’audiovisuel,organe d’appui à la démocratie, avait à l’approche des élections générales de 2006, exigé de bannir tout discours de haine, de violence, de la place publique et de médias ?

Tout porte à croire, à travers des revendications devenant identiques – refus de toucher à l’actuelle constitution de la RDC, exigence de dialogue inclusif – que l’opposition politique interne est à bout de souffle et serait devenue une simple caisse de résonance de l’occupation rwandaise : on tousse à Kigali, à Goma,on éternue à Kinshasa !
Et c’est en ce moment précis que la Conférence épiscopale nationale du Congo, Cenco, qui de tous les temps avait été un recours précieux d’arbitrage, l’église au milieu du village, décide de reprendre à son compte le combat de l’opposition affaiblie, et menace,pince sans rire, d’en découdre violemment dans la rue avec le pouvoir de Kinshasa !!

IlI.POSITIONNEMENTS FACE À L’INTÉRÊT SUPÉRIEUR DE LA NATION FACE À DE CONVOITISES EXTÉRIEURES.

Puisque les faits historiques bien que muets, parlent mieux, objectivement, que des paroles qui elles peuvent aller dans tous les sens, même contre de vérités évidentes,il nous a paru utile de déduire autour d’une question neutre et objective,les comportements du pouvoir et de l’opposition vis à vis de l’intérêt supérieur du peuple congolais durablement éprouvé. La question de taille adressée à chacun des congolais du pouvoir, de l’opposition, du milieu du peuple, et même à la Cenco est la suivante : à l’allure imprimée par la marche des évènements politiques en RDC et dans le monde – puisque tout est lié – en quoi résident les chances pour la RDC de retrouver sa souveraineté et son intégrité territoriale ?

La réponse idoine qui cadre parfaitement avec la question nous est à mon humble avis fournie par Charles Onana, qui n’a cessé de dire à maintes reprises que  » les congolais les sont les seuls à devoir prendre en mains le destin de leur pays  ». Et les faits prouvent à suffisance que les congolais depuis longtemps n’ont eu personne pour leur venir au secours pour empêcher le très vicieux projet de balkanisation en marche – même pas les Etats africains qui savent pertinemment depuis longtemps que du développement de la RDC devrait découler pour une grosse part le développement de toute l’Afrique !
Le monde entier,sans être franchement avec la RDC est par contre avec le Rwanda de Kagame, qui leur refile des minerais du sang obtenus par effraction criminelle du territoire national de la RDC ! Les démocrates américains, l’Union européenne, la Chine et bien d’autres ayant de même longtemps gardé le silence, l’omerta, sur les crimes commis à l’Est de la RDC par le Rwanda et ses pelotons d’exécution et de pillage, trouvent tous leur compte dans le recel de minerais de sang recherchés par les multinationales versées dans la haute technologie.

La seule et unique fenêtre de soutien extérieur à la RDC est venue de l’Amérique de Donald Trump qui, cherchant à combler son retard vis-à-vis de la Chine en matière de minerais critiques,dont recelle la RDC, a trouvé bon de signer un deal avec la RDC, qui lui amènerait non seulement la paix et la sécurité durables, mais aussi le développement économique et social en fonction de ressources immenses dont dipose la RDC.

Pourquoi des congolais, amoureux de leur patrie, hésiteraient-ils à profiter d’une aussi belle opportunité pour stabiliser définitivement leur pays et tourner pour de bon vers le progrès économique et social ? Serait-ce rien que pour des intérêts personnels qu’ils sacrifieraient leur pays dont ils donnent la nette impression de détenir le destin en otage ?

Des doutes n’existent plus à ce point qu’ils soient au service du néocolonialisme anachronique, qui ne ne voudrait pas du tout voir la RDC demeurer unie et devenir forte ! Pas de doute non plus quand se dressent, tel un alignement des astres des faits caractéristiques d’une cabale nourrie de l’extérieur, en Europe par exemple où l’UE maintient le soutien au Rwanda ( contre les avis du Parlement européen à Strasbourg) et ne voudrait pas lâcher le morceau tant que Donald Trump ne les aurait pas associés à être partie prenante à la chaîne de valeurs des minerais critiques de la RDC, tout comme au Rwanda et en RDC où se rejoignent et s’accordent les violons de l’opposition politique congolaise, dans un parallélisme étonnant !

Et c’est à ce moment précis que la Cenco, visiblement acquise aux thèses erronées du néocolonialisme qui instrumentalise le Rwanda de Kagame, sort de sa réserve afin de redonner du souffle à Kagame et à l’opposition congolaise visiblement dépassée, qui ne recherche que des conciliabules pour se relancer autrement, et surtout pour les coupables de crimes odieux commis à l’Est chercheraient à les laver dans une impunité semblable à celle consacré aux rebelles à Sun City.

Pourtant depuis longtemps la Cenco ne mérite pas de jouer le rôle de médiateur dans l’actuelle crise que subit la RDC. Dès la veille des élections générales de 2018, la Cenco avait déjà clairement choisi le camp de l’opposition politique avec laquel elle flirte, comme en témoignent l’étrange affaire de 40000 smartphones accordés à la Cenco par un acteur politique proche, des séjours fréquents des évêques catholiques membres de la Cenco à Kashobwe chez Moïse Katumbi, l’effort d’une réconciliation entre Joseph Kabila et Moïse Katumbi menée sous les bons offices de Monseigneur Fulgence Muteba, archevêque de Lubumbashi, la présentation à l’église de Kinshasa par le cardinal Fridolin Ambongo de Moïse Katumbi, alors candidat à l’élection présidentielle de 2023,…

La mission prophétique des évêques de la Cenco trouverait un écho favorable dans le cœur des croyants, catholiques ou autres, si elle avait en réalité été l’œuvre de Dieu conduite par le Saint-Esprit à l’exemple de la rencontre de Saul de Tarse, le bourreau des chrétiens de la première heure, qui après être tombé de son cheval,a rencontré en vision le Seigneur Jésus-Christ qui l’a changé en Paul, un instrument au service de l’évangélisation ! Il est illusoire et totalement déplacé que la Cenco avec son projet de bien-vivre ensemble, conçu des hommes, vienne inutilement prétendre à qui voudrait bien l’entendre qu’elle aurait la capacité d’effacer de la tête de Kagame ou de l’esprit de tous les rwandais qui depuis plusieurs décennies ne rêvent que d’une seule chose : conquérir une terre à l’Est de la RDC et s’y établir à jamais.

L’adhésion manifeste de Kagame, Museveni, Ruto, à la proposition de la Cenco n’est-elle pas uniquement une distraction évasive destinée sournoisement à voir la Cenco exécuter à leur avantage un plan de négociation qui n’a pas pu être de force imposé par la guerre dans la stratégie habituelle de prédilection de Kagame d’une  » guerre deux coups » : d’un côté piller des ressources stratégiques de l’Est de la RDC qui financent la guerre du Rwanda en RDC, tuer et chasser les autochtones congolais de leurs terres pour les remplacer par des tutsis rwandais ; et d’autre part susciter des négociations de façade  » entre congolais  » en vue d’obtenir l’infiltration de pions de Kagame dans les institutions publiques, et par des mixages et brassages dans les renseignements, les services de sécurité et de défense, dans le but d’affaiblir et neutraliser le pouvoir de Kinshasa de l’intérieur et le rendre corvéable à souhait ?

Décidément, en allant vers le Rwanda, l’Ouganda et le Kenya, en vue de faire d’eux une partie de la solution, tandis que ce sont eux le problème, l’épine à extirper du pied de la RDC, la Cenco marche à contre-courant, crache sur la mémoire de Monseigneur Kataliko et de Monseigneur Munzihirwa, qui ont payé de leur vie l’intolérance vis-à-vis de l’invasion rwandaise de la RDC. La Cenco navigue à contre-courant contre l’appel pathétique lancé par le pape François lors de son dernier passage à Kinshasa :  » Retirez vos mains de la République Démocratique du Congo. Retirez vos mains de l’Afrique  ». Avant d’ajouter : » l’Afrique n’est ni une mine à exploiter, ni une terre à dévaliser  ».
Tous ceux des congolais qui délibérément s’acharnent, pour cause de leurs intérêts personnels,à prendre le peuple congolais en otage en bloquant le cours de sa libération, sont odieux et pas dignes de considération ! Ils creusent en toute connaissance de cause le lit des ennemis de la RDC, qui de l’extérieur attendraient que Donald Trump quitte la Maison blanche, ou à tout le moins qu’il se lasse de soutenir une cause congolaise dont les congolais eux-mêmes brouillent inutilement les pistes.

En guise de conclusion nous dirons que les congolais n’ont que trop souffert. Nous sommes de ceux qui pensent et appellent de tous leurs vœux que la politique se fasse désormais autrement en RDC : en remettant l’intérêt supérieur de la RDC au-dessus des intérêts personnels et partisans. Nous saluons à ce propos le courage patriotique et l’appel solennel d’un opposant congolais hors pair, Docteur Denis Mukwege, qui a crié haut et fort que la libération du pays doit passer avant tout, pour qu’après les politiques congolais se penchent sur la destinée de la RDC sans interférences extérieures ! C’est ça prendre de la hauteur, à l’exemple des démocraties occidentales sur lesquelles la RDC tire son modèle, où on ne voit pas des opposants se mettre en travers de dirigeants politiques qui livrent la guerre pour l’extension de l’UE à l’Ukraine ; où on ne voit pas l’opposition à Donald Trump aller contrecarrer le projet d’achat du Groenland, eux qui savent que les États-Unis d’Amérique se sont agrandis notamment par des achats de territoires, à l’exemple de la Louisiane achetée à la France, ou de l’Alaska acheté à la Russie des tsars.

Le président de la république ne devrait pas fléchir et tendre une oreille attentive à des conseils exigeant des conciliabules destinées en vérité à redonner à Paul Kagame l’élan qu’en réalité il n’a plus. Acculé de toutes parts : sur le plan diplomatique où le silence a été brisé, des sanctions tombent sur l’entourage de Kagame,les artères vitales de l’armée et de l’économie rwandaise; sur le plan de la justice internationale et sur le plan militaire où désormais Kagame sait qu’il y a du répondant en face, et que sans passer par un dialogue quelconque avec la RDC l’étau va davantage se refermer sur lui et ses hommes de paille.

Enfin le peuple congolais, souverain primaire de la RDC, est appelé à faire preuve de maturité pour suivre – non pas les sentiments d’appartenance tribale, ethnique, et des réseaux clientélistes qui induisent constamment en erreur depuis la nuit des temps – mais suivre le cours des évènements qui indiquent objectivement de quel côté se trouve l’intérêt de tous les congolais.

Hilaire Mfute, historien.

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