À l’occasion de la célébration eucharistique du 30 juin 2026, marquant le soixante-sixième anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, le Cardinal Fridolin Ambongo a tenu des propos qui n’ont pas laissé indifférents. Il a notamment déclaré :
« Nous ne voyons ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité du changement de la Constitution. La priorité aujourd’hui en RDC, c’est la paix, le bien-être social du peuple congolais, l’unité et la cohésion nationale. »
Ces paroles, prononcées en un jour hautement symbolique pour la nation congolaise, ont immédiatement alimenté les débats dans les milieux politiques, religieux et intellectuels. Elles invitent à une réflexion de fond sur le rôle des autorités religieuses dans la vie politique du pays, mais également sur la place du peuple dans les grandes décisions qui concernent son avenir.
Le droit d’un prélat à exprimer son opinion
Dans une démocratie, chaque citoyen, y compris un responsable religieux, jouit de la liberté d’expression. À ce titre, le Cardinal Ambongo est parfaitement fondé à donner son avis sur les questions qui touchent à la vie de la nation.
Cependant, lorsqu’une personnalité religieuse intervient de manière répétée sur des questions essentiellement politiques, une interrogation légitime surgit : où s’arrête la mission pastorale et où commence l’engagement politique ?
Cette question ne vise pas uniquement le Cardinal Ambongo. Elle concerne toutes les autorités religieuses appelées à intervenir dans le débat public. Leur parole possède une influence considérable et peut orienter une partie importante de l’opinion nationale.
Une déclaration qui soulève des interrogations
Lorsque le Cardinal affirme ne voir « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité » d’une révision constitutionnelle, certains Congolais y voient une prise de position claire contre toute réforme.
D’autres, au contraire, considèrent que si une majorité de citoyens estime qu’une Constitution ne répond plus aux réalités actuelles du pays, le débat ne peut être fermé par une simple déclaration, quelle qu’en soit l’autorité morale.
L’histoire démontre que les Constitutions ne sont pas des textes sacrés.
La Constitution française a connu de nombreuses révisions.
La Constitution américaine a été amendée à plusieurs reprises depuis 1787.
Même la Constitution sud-africaine, pourtant souvent citée comme modèle, a fait l’objet de modifications.
Pourquoi alors la Constitution congolaise devrait-elle être considérée comme intangible si le peuple souverain souhaite la faire évoluer dans le respect des procédures prévues par la loi ?
La guerre comme argument politique
Depuis près de trois décennies, l’est de la République démocratique du Congo subit une instabilité chronique faite de conflits armés, de déplacements de populations et d’ingérences étrangères.
Pour de nombreux Congolais, cette situation exceptionnelle impose une réflexion profonde sur les institutions de la République.
Ils estiment que le contexte actuel exige des réformes permettant à l’État de mieux répondre aux défis sécuritaires, économiques et institutionnels.
À leurs yeux, l’opportunité d’une réforme n’est donc pas absente ; elle serait au contraire dictée par l’évolution de la situation nationale.
D’autres Congolais, en revanche, considèrent qu’une révision constitutionnelle en période de conflit pourrait accroître les tensions politiques et détourner l’attention des priorités sécuritaires. Ce point de vue existe également et participe au débat démocratique.
Le peuple demeure souverain
Dans toute démocratie, la souveraineté appartient au peuple.
Ni un parti politique.
Ni une Église.
Ni une personnalité religieuse.
Ni une organisation de la société civile.
Aucune de ces institutions ne peut se substituer à la volonté populaire exprimée conformément aux mécanismes démocratiques.
Si une majorité de Congolais souhaite conserver la Constitution actuelle, cette volonté mérite d’être respectée.
Si, au contraire, une majorité souhaite sa révision dans le respect des procédures légales, cette aspiration mérite tout autant d’être entendue.
C’est précisément le sens de la démocratie.
Le rôle attendu des responsables religieux
Nombreux sont ceux qui attendent des responsables religieux qu’ils soient avant tout des artisans de paix, des éducateurs à la citoyenneté et des promoteurs du dialogue.Du vrai dialogue citoyen, pas celui initié pour sanctifier des tueurs de nos compatriotes et favoriser les pilleurs de nos richesses. Leur autorité morale leur confère une responsabilité particulière : favoriser l’apaisement sans donner l’impression de s’identifier à un camp politique. Ce n’est sûrement pas l’attitude visible affichée par le cardinal et certains de ses prêtres.
Lorsque leur parole est perçue comme prenant parti dans des débats institutionnels, elle peut susciter des incompréhensions, voire des critiques. À l’inverse, d’autres fidèles estiment qu’ils ont le devoir de rappeler les principes éthiques lorsque les enjeux politiques touchent au bien commun.
Une société qui a profondément changé
L’époque où l’Église catholique exerçait une influence quasi exclusive sur les consciences appartient désormais à l’histoire.
La société congolaise est devenue plus diverse, plus instruite, plus connectée et plus exigeante.
Les citoyens confrontent désormais les discours religieux aux analyses des juristes, des économistes, des universitaires, des acteurs de la société civile et des médias. Le débat public ne se limite plus à une seule voix.
Une conclusion
Le débat sur la Constitution mérite mieux que des invectives ou des anathèmes. Il mérite des arguments, des analyses juridiques, une écoute mutuelle et un profond respect des opinions divergentes. Mais aussi et surtout il mérité d’être contextualisé pour ce vaste pays en proie à des appétits voraces des vautours de tous genres.
Les déclarations du Cardinal Ambongo continueront sans doute d’alimenter les discussions. Elles traduisent une vision des priorités nationales. D’autres Congolais défendent une lecture différente, estimant qu’une réforme constitutionnelle pourrait faire partie des réponses aux défis auxquels le pays est confronté.
En définitive, ce n’est ni un prélat, ni un homme politique, ni une institution particulière qui détient seul la vérité sur l’avenir de la République.
Dans un État démocratique, le dernier mot appartient au peuple souverain, appelé à s’exprimer dans le respect de la Constitution, des lois de la République et de l’intérêt supérieur de la Nation.
ZADAIN KASONGO T.


