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samedi, mars 28, 2026

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PAROLES DANGEREUSES SILENCE COUPABLE

Il s’était imposé comme une énigme.
Non pas par profondeur, mais par défaut.
Un silence entretenu, cultivé, presque érigé en méthode de gouvernement.
Pendant dix-huit longues années, Joseph Kabila n’a pas parlé à la nation.
Il l’a tenue à distance.
Il l’a enfermée dans une relation à sens unique : obéir sans comprendre, subir sans entendre.
Ce n’était pas du silence.
C’était une confiscation.
Confiscation de la parole publique.
Confiscation du débat.
Confiscation de la vérité.
Un pays entier suspendu aux lèvres d’un homme qui ne parlait pas.
Et aujourd’hui, cet homme parle.
Il parle enfin.
Mais pour dire quoi ?
Des leçons.
Oui, des leçons.
Comme si dix-huit années de règne pouvaient être effacées par quelques phrases bien placées devant une presse choisie, docile, familière.
Comme si l’histoire pouvait être réécrite à coups d’interview soigneusement calibrée.
L’homme du silence devient soudain pédagogue.
Le maître des zones d’ombre se découvre une passion pour la transparence.
L’ancien détenteur d’un pouvoir opaque prétend aujourd’hui éclairer la République. Il trouve même qu’il y a une dictature. Ah !!!
C’est une insulte à la mémoire collective.
Car la mémoire, elle, est têtue.
Elle refuse les maquillages tardifs.
Elle résiste aux reconstructions opportunistes.
Elle se souvient d’un pouvoir fermé, verrouillé, inaccessible.
Elle se souvient d’un président invisible, retranché derrière des murs politiques et des silences calculés.
Elle se souvient d’un pays gouverné sans dialogue, sans pédagogie, sans responsabilité assumée. Elle se souvient d’un président sur la moto roulant à vive allure sans s’arrêter ni pour causer, ni pour saluer.
Et voilà que cet héritage devient, par miracle, une tribune morale ?
Non.
Il y a là une tentative grossière de renversement des rôles.
Une opération de blanchiment politique.
Une stratégie de repositionnement.
Mais le plus grave n’est pas là.
Le plus grave tient en un mot.
Un seul.
« Soudanisation. »
Un mot lourd.
Un mot dangereux.
Un mot irresponsable.
Car évoquer la partition d’un État, à l’image du Soudan, ce n’est pas faire une analyse géopolitique.
C’est introduire dans le débat national l’idée même de la fracture.
C’est banaliser l’hypothèse de la dislocation.
C’est, en filigrane, préparer les esprits à l’inacceptable.
Et cela, venant d’un ancien chef d’État, n’est pas une maladresse.
C’est un acte politique.
Dans une République démocratique du Congo meurtrie, fragile, traversée de tensions historiques et régionales, jouer avec ce type de vocabulaire revient à manipuler des explosifs en pleine foule.
On ne prononce pas ce mot par hasard.
On ne convoque pas ce spectre sans intention.
Alors la question doit être posée, clairement, sans détour :
Que cherche-t-il ?
À alerter ?
Ou à menacer ?
À prévenir ?
Ou à préparer ?
Car derrière cette rhétorique, se dessine une ligne dangereuse : celle d’un homme qui, après avoir exercé le pouvoir dans le silence, tente de revenir dans le bruit — quitte à fracturer ce qu’il prétend analyser.
Et pendant ce temps, que fait la justice ?
Rien.
Silence.
Un silence gênant.
Un silence incompréhensible.
Un silence coupable.
Car enfin, comment comprendre qu’un ancien président, déjà condamné par la justice de son propre pays, puisse publiquement évoquer des scénarios de désintégration nationale sans être immédiatement appelé à s’expliquer ?
Quelle République tolère cela ?
Quelle autorité accepte qu’on joue ainsi avec son intégrité territoriale ?
Quel État se respecte en laissant de tels propos flotter sans réponse ?
Ce silence institutionnel est une faute.
Il envoie un message clair : certains peuvent tout dire, tout suggérer, tout agiter — sans jamais rendre de comptes.
Et cela est peut-être plus dangereux encore que les mots eux-mêmes.
Car un pays ne se détruit pas seulement par les armes.
Il se détruit aussi par les idées qu’on laisse circuler impunément.
Ainsi donc, le muet a parlé.
Mais sa parole n’est ni un éclairage, ni une confession, ni une contribution au débat démocratique.
C’est une provocation.
Une provocation à la mémoire.
Une provocation à l’intelligence collective.
Une provocation à la stabilité nationale.
Et face à cela, une exigence s’impose :
Répondre.
Non pas par le silence.
Non pas par l’oubli.
Mais par la vérité, par la justice, par la fermeté.
Car une nation ne peut pas se permettre d’être fragile face à ceux qui jouent avec ses fissures.
Le muet a parlé.
Il est temps que la République, elle, ne se taise plus.

ZADAIN KASONGO T.

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