🎭 AFROZAM-THÉÂTRE : 49 ANS SUR LES PLANCHES, ET LE RIDEAU N’A PAS DIT SON DERNIER MOT !

Une flamme allumée à la Ruashi, des générations de comédiens, une histoire de passion, de fraternité et de mémoire.

Heureux anniversaire à AFROZAM-THÉÂTRE !

Le 10 octobre 1977, dans le cœur vibrant de la Ruashi, naissait une flamme culturelle dont la lumière, quarante-neuf ans plus tard, refuse obstinément de s’éteindre. Elle aurait pu vaciller sous les vents contraires, se laisser étouffer par les années, les difficultés matérielles ou les caprices du temps. Mais non ! AFROZAM-THÉÂTRE est toujours là, quelque part entre le souvenir des anciennes représentations, les applaudissements d’hier et les rêves de demain.

Il y a quarante-neuf ans, nous n’avions peut-être ni les moyens des grandes scènes européennes, ni les projecteurs de Broadway, ni les décors somptueux de la Comédie-Française. Mais nous avions l’essentiel : la jeunesse, l’imagination, le courage et cette irrépressible envie de raconter le monde autrement.

Nous avions des rêves plein la tête, des textes à apprendre, des personnages à incarner et, surtout, cette conviction qu’une scène de théâtre peut être plus grande que le bâtiment qui l’abrite. Il suffit d’un comédien, d’une histoire et d’un public attentif pour qu’une simple salle devienne un palais, qu’un rideau ordinaire se transforme en frontière entre le réel et l’imaginaire, et qu’un jeune homme de la Ruashi se retrouve, le temps d’une représentation, dans la peau d’un roi, d’un médecin, d’un juge ou d’un grand philosophe.

Voilà comment naissent les aventures qui finissent par appartenir à l’histoire.

AFROZAM-THÉÂTRE n’était pas seulement une troupe. C’était une famille, une école de vie, un laboratoire de talents et un espace de liberté. Une maison où l’on apprenait à parler, à écouter, à observer, à réfléchir et à travailler ensemble. Une maison où la discipline devait se réconcilier avec la fantaisie, où l’imagination était reine, mais où le texte, lui, ne pardonnait aucune négligence.

Car le théâtre a ses exigences. On peut oublier son parapluie, son argent de poche ou même le rendez-vous fixé avec une conquête sentimentale ; mais oublier sa réplique au milieu d’une scène, devant un public qui vous regarde comme s’il attendait la suite du monde, voilà une autre affaire !

Et que dire du comédien qui, pris de panique, improvise une phrase qui ne figure nulle part dans le texte ? Il croit sauver la représentation ; il risque surtout de compromettre le travail de toute une équipe. Quant au partenaire qui doit lui donner la réplique, le voilà condamné à choisir entre deux malheurs : respecter le texte ou sauver son collègue !

C’est aussi cela, le théâtre : une école de vigilance, de solidarité et d’humilité. On y apprend que le talent individuel ne suffit pas. Il faut le talent des autres, la confiance mutuelle et cette intelligence collective sans laquelle la plus belle pièce peut se transformer en réunion de famille où chacun parle en même temps.

Et pourtant, quelle magie lorsque tout fonctionne !

Lorsque les voix se répondent, que les gestes trouvent leur justesse, que les silences deviennent éloquents et que le public éclate de rire au moment précis où le metteur en scène l’avait espéré, on comprend que le théâtre est bien davantage qu’un divertissement. Il est une célébration de l’esprit et de l’âme.

Federico García Lorca nous rappelle cette force du théâtre, cette poésie qui quitte les pages d’un livre pour aller à la rencontre des hommes. C’est précisément ce que nous avons voulu faire à la Ruashi : sortir la culture des livres pour la faire vivre parmi nous, avec nos mots, nos préoccupations, nos contradictions, nos joies et nos blessures.

DE MOLIÈRE À LA RUASHI : LE MONDE COMME SCÈNE, LA SCÈNE COMME MIROIR

Nous étions jeunes, ardents, rêveurs. Nous voulions apprendre des grands auteurs, mais aussi parler de notre propre monde. Nous avons franchi les portes de la littérature dramatique, de Molière à nos propres créations, en découvrant qu’il n’existe pas de frontière infranchissable entre les chefs-d’œuvre universels et les réalités de notre quartier.De notre RUASHI .

Avec Le Médecin malgré lui, Molière nous offrait déjà un formidable terrain de jeu. La crédulité, les apparences, les abus de confiance, les faux savants et les ridicules de la société ne sont pas des phénomènes réservés à la France du XVIIᵉ siècle. Ils voyagent très bien ! Ils traversent les époques, changent de costume, apprennent de nouveaux accents et finissent parfois par s’installer dans nos propres maisons.

Le médecin de Molière a beau vivre dans un autre siècle, son histoire nous rappelle une vérité toujours actuelle : il suffit parfois d’une blouse, d’un titre impressionnant et d’un public crédule pour qu’un imposteur soit pris pour un génie.

La vie nous fournit d’ailleurs régulièrement des personnages que même Molière aurait hésité à inventer !

Mais AFROZAM-THÉÂTRE ne s’est pas contenté d’emprunter aux grands auteurs. Il a également voulu puiser dans son propre environnement. La Ruashi, Lubumbashi, l’Afrique et le Congo tout entier constituaient un réservoir inépuisable de situations, de caractères, de drames et de comédies.

Nos quartiers avaient leurs héros et leurs anti-héros, leurs sages et leurs prétentieux, leurs conciliateurs et leurs querelleurs, leurs généreux et leurs calculateurs. La vie quotidienne offrait ses scènes : les discussions familiales, les rivalités de voisinage, les conflits de générations, les ambitions démesurées, les promesses électorales avant l’heure et les petites hypocrisies qui font le bonheur des observateurs.

Il suffisait de regarder autour de nous.

Un voisin persuadé d’avoir toujours raison pouvait devenir un personnage comique. Un chef de famille qui voulait commander tout le monde, mais ne parvenait même pas à retrouver ses propres chaussures, pouvait nourrir une satire savoureuse. Un homme qui distribuait des conseils de sagesse à toute la commune, tout en étant incapable de régler ses propres problèmes, aurait mérité une pièce entière !

Le théâtre nous permettait de rire de nous-mêmes sans nécessairement nous mépriser, de dénoncer certains travers sans renoncer à aimer ceux qui les incarnaient.

Car le rire peut être une arme, mais il est aussi une médecine. Il dégonfle les vanités, désarme les prétentions et ouvre parfois la porte à des vérités que les discours sérieux n’osent pas toujours prononcer.

C’est là l’une des grandes leçons de notre aventure : la culture ne consiste pas seulement à admirer ce qui vient d’ailleurs. Elle consiste également à apprendre à regarder chez soi, à reconnaître la richesse de son environnement et à transformer les expériences locales en matière artistique.

La Ruashi n’était donc pas simplement notre adresse. Elle était notre source d’inspiration, notre premier public, notre territoire de création.

NOS ÉTOILES : CEUX QUI ONT FAIT BRILLER LA SCÈNE

En ce 10 octobre, comment célébrer AFROZAM-THÉÂTRE sans évoquer ces figures qui ont donné un visage, une voix et une âme à notre aventure ?

Nos pensées se tournent vers Papa Djeck Jacques Mukaleng Makal, Célé Kayombo, Berry Kafuta, Noëlla Muswamba, Django Kazadi, Féfé Nsumpi Lukoji, Pontien KADJUO-A-PAKOKO et Abel KABEMBA MUSENDEK, tout récemment disparus.

À travers eux, c’est une part de notre histoire qui revient sur scène.

Nous revoyons les visages, les gestes, les attitudes, les intonations. Nous nous souvenons de ces instants où un regard suffisait à installer une atmosphère, où une voix pouvait retenir toute une salle et où une présence scénique donnait au personnage une existence qui dépassait celle du comédien.

Certains avaient le don de faire rire avant même d’avoir prononcé leur première phrase. D’autres savaient imposer le silence par la seule gravité de leur regard. Il y avait ceux qui habitaient les personnages avec une intensité bouleversante et ceux qui possédaient cette faculté rare de faire oublier au spectateur qu’il était devant une représentation.

Ils étaient différents par leurs tempéraments, leurs talents et leurs manières de travailler. Mais ils partageaient cette même passion : faire vivre une histoire et donner au public le sentiment que, pendant quelques instants, quelque chose d’important se jouait devant lui.

Le comédien disparaît parfois de la mémoire quotidienne ; son personnage, lui, peut continuer à vivre longtemps. Il suffit qu’une ancienne réplique revienne dans une conversation, qu’un ancien spectateur raconte une scène à ses enfants ou qu’un compagnon de route imite un geste célèbre pour que le passé retrouve soudain sa jeunesse.

C’est ainsi que les artistes survivent dans la mémoire collective.

À nos disparus, nous devons plus que des souvenirs attendris. Nous leur devons la reconnaissance de ce qu’ils ont apporté à notre histoire commune. Leur passage sur les planches n’a pas été vain. Ils ont contribué à faire d’AFROZAM-THÉÂTRE une aventure humaine dont les traces dépassent les limites d’une salle de spectacle.

Les artistes s’en vont, mais les œuvres qu’ils ont contribué à faire naître continuent de parler.

Le rideau tombe sur les hommes, mais leur lumière ne s’éteint pas nécessairement.

LA MAISON DES JEUNES : NOTRE TEMPLE, NOTRE ÉCOLE, NOTRE MÉMOIRE

Ce soir, dans notre imagination, la Maison des Jeunes se pare de nos souvenirs et de nos rêves.

Nous y retrouvons les murs qui ont accueilli nos ambitions, les espaces qui ont connu nos répétitions et ces moments où la fatigue ne suffisait pas à nous faire renoncer. Nous revoyons les comédiens penchés sur leurs textes, les discussions passionnées sur une scène à reprendre, les conseils d’un ancien, les corrections d’un metteur en scène et les éclats de rire qui venaient parfois interrompre le travail.

Car une troupe de théâtre est aussi une petite société humaine.

Il y a les sérieux, qui arrivent avec leur texte parfaitement appris. Il y a les rêveurs, qui proposent une modification de dernière minute parce qu’ils viennent d’avoir une idée géniale sous la douche. Il y a les perfectionnistes, qui voudraient reprendre une scène jusqu’à ce que le temps lui-même demande grâce. Et il y a ceux qui jurent qu’ils connaissent leur rôle par cœur, mais qui découvrent soudain, à quelques minutes du lever de rideau, que leur mémoire a pris congé sans prévenir !

Heureusement, la fraternité permet souvent de réparer ce que la distraction a compromis.

Dans ces moments, nous apprenions que le spectacle visible par le public n’est que la partie émergée d’un travail beaucoup plus vaste. Derrière une représentation réussie se cachent des heures de répétition, des efforts silencieux, des désaccords surmontés, des sacrifices consentis et une multitude de gestes qui ne seront jamais applaudis.

Le public applaudit l’acteur qui salue à la fin. Il ne voit pas toujours celui qui a aidé à déplacer les décors, celui qui a réparé un accessoire, celui qui a encouragé un camarade découragé ou celui qui a accepté de reprendre une scène pour la dixième fois.

Pourtant, sans ces artisans de l’ombre, le théâtre ne serait qu’une belle intention.

Jean-Louis Barrault nous invite à comprendre que le théâtre peut fabriquer des palais avec de la toile et faire surgir des mondes entiers à partir de moyens modestes. C’est précisément là que réside sa puissance : il ne faut pas nécessairement posséder beaucoup pour créer quelque chose de grand ; il faut d’abord savoir imaginer, travailler et partager.

La Maison des Jeunes fut pour nous bien davantage qu’un lieu de rassemblement. Elle représentait la possibilité, pour des jeunes de notre commune, d’apprendre à créer ensemble, de développer leur expression et de découvrir qu’ils pouvaient apporter quelque chose à la société autrement que par les chemins habituels.

Nous n’avions pas tous, les mêmes ambitions, mais nous avions une scène commune.

Et c’est peut-être cela, le plus beau cadeau que le théâtre puisse offrir à une jeunesse : un espace où chacun peut trouver sa voix sans être obligé de parler exactement comme les autres.

AVANT LES APPLAUDISSEMENTS, LA GRATITUDE

Avant de lever nos verres, avant les discours, avant les embrassades et les plaisanteries qui accompagnent si généreusement nos retrouvailles, il convient de commencer par une prière de reconnaissance.

Car aucune œuvre humaine ne se construit seule.

Nous voulons saluer nos pionniers, nos maîtres, nos inspirateurs et tous ceux qui, à un moment ou à un autre, ont contribué à faire vivre AFROZAM-THÉÂTRE.

Pascal Ndondji Mwamba, Célé Kipengwe Moudjagoul, Muteta, Maman Anto Kitenge, Papa Vaillant, Hilaire Tshibangu, Yoyo Kazadi, Mukatshikand, Jean-Pierre « Chéché » Tshikali Tshika, Papa Ani Ngoie Mukala, Maman Ntumba, Jean-Delly Dédé Ilunga Nzazi, ZADAIN, et tant d’autres dont les noms continuent de vibrer dans le silence de nos souvenirs.

À chacun, nous voulons adresser une pensée fraternelle.

Les uns ont transmis leur expérience ; les autres ont partagé leur énergie, leur disponibilité ou leur enthousiasme. Certains ont guidé les premiers pas, d’autres ont contribué à entretenir la flamme lorsque les circonstances rendaient la route difficile. Il y a ceux dont le nom est resté gravé dans les mémoires et ceux dont le rôle, moins visible, n’en fut pas moins précieux.

Car une histoire collective est rarement l’œuvre d’un seul homme.

Il arrive que la postérité retienne le nom du fondateur, du directeur ou de l’acteur vedette. Mais derrière chaque figure connue se trouvent des personnes sans lesquelles l’aventure n’aurait peut-être jamais commencé.

Une troupe n’est pas seulement faite de ceux qui montent sur scène. Elle est également faite de ceux qui ouvrent les portes, encouragent les jeunes, prêtent leur concours, acceptent les contraintes et continuent d’y croire lorsque les applaudissements se font attendre.

À tous, notre gratitude.

Nous n’avons pas nécessairement conservé toutes les photographies, tous les programmes, toutes les affiches ou tous les textes de nos anciennes représentations. La mémoire humaine est parfois moins ordonnée qu’une bibliothèque et moins fidèle qu’un appareil photographique. Elle garde certains détails avec une précision extraordinaire, puis laisse échapper une date, un nom ou le titre d’une pièce.

Mais elle possède un avantage que les archives ne peuvent remplacer : elle fait revivre les émotions.

Et lorsque les anciens se retrouvent, il suffit parfois d’un nom, d’une anecdote ou d’une vieille réplique pour que toute une époque ressuscite.

L’un se souvient d’une représentation ; l’autre corrige un détail ; un troisième affirme que les événements ne se sont pas du tout déroulés ainsi. Bientôt, chacun devient historien de sa propre mémoire, et la discussion risque de durer plus longtemps que la pièce elle-même !

Ne nous en plaignons pas. Ces divergences sont aussi le signe que notre histoire est vivante. Elles nous rappellent surtout la nécessité de recueillir les témoignages, de conserver les documents et de transmettre aux générations futures ce que nous avons vécu.

Une mémoire qui ne se raconte pas finit par s’effacer ; une mémoire que l’on partage devient un héritage.

AFROZAM : UN NOM, UNE HISTOIRE, UNE FLAMME

Et voici que revient à notre mémoire celui qui donna à notre aventure son nom : Hilaire TSHIBANGU LUNGENY.

Nous n’avons pas oublié ce moment où il sortit de son chapeau le nom d’AFROZAM, pour exprimer cette idée des Africains que nous portions en nous. Et donc selon l’auteur, AFROZAM signifie les Africains ZADAIN et MAKAL.

Il fallait un nom. Il fallait une identité. Il fallait un mot capable de rassembler des sensibilités, des aspirations et des rêves autour d’une même ambition culturelle.

Hilaire Tshibangu nous en a proposé un.

Le nom a pris place dans notre histoire, puis dans celle de notre commune. Il a accompagné nos représentations, nos rencontres et nos souvenirs. Il est devenu bien davantage qu’une appellation : il est le signe de ralliement d’une famille artistique.

Il faut reconnaître que trouver un nom à une troupe n’est pas une affaire aussi simple qu’on pourrait le croire. Il y a des noms qui sonnent bien, mais ne disent rien. D’autres veulent tout dire et finissent par décourager ceux qui doivent les prononcer. Certains sont si compliqués que le public les oublie avant même d’avoir acheté son billet !

AFROZAM, lui, a traversé les années.

Quarante-neuf ans plus tard, nous continuons à le prononcer avec une émotion particulière. Il nous rappelle d’où nous venons, ce que nous avons tenté de construire et les liens qui nous unissent encore.

C’est pourquoi nous devons aussi regarder vers l’avenir.

L’histoire d’une troupe ne saurait se réduire à une galerie de photographies jaunies, même si ces photographies sont précieuses. Elle ne doit pas devenir un musée où les anciens viennent se saluer tandis que les jeunes restent à la porte.

Une tradition culturelle ne demeure vivante que si elle se transmet.

Il faut donc encourager les nouvelles générations à découvrir le théâtre, à lire les auteurs, à écrire leurs propres textes, à monter sur scène et à prendre le risque magnifique de s’exprimer devant les autres.

Il faut leur apprendre que la culture n’est pas un luxe réservé aux sociétés riches, ni une activité secondaire que l’on abandonne dès que la vie devient difficile. Elle est une manière de comprendre le monde, de former le jugement, de cultiver la sensibilité et de renforcer le lien social.

Il faut surtout leur montrer que l’on peut être profondément enraciné dans sa communauté tout en dialoguant avec l’universel.

Nous avons appris de Molière sans cesser d’être des enfants de la Ruashi. Nous avons regardé vers les grandes scènes sans renoncer à notre propre terrain d’expression. À ceux qui viennent après nous de poursuivre ce dialogue, avec leurs préoccupations, leurs langages et leur créativité.

AFROZAM-THÉÂTRE ne doit pas seulement être le souvenir de notre jeunesse : il peut devenir une source d’inspiration pour celle des autres.

QUARANTE-NEUF ANS : LE PASSÉ NOUS REGARDE, L’AVENIR NOUS ATTEND

Nous voici donc au 10 octobre 2026.

Quarante-neuf ans !

À cet âge, certains commencent à consulter les archives pour vérifier s’ils n’ont pas dépassé la date de péremption. D’autres prétendent encore avoir vingt ans, à condition que personne ne leur demande de courir jusqu’au bout de la rue.

Mais AFROZAM-THÉÂTRE n’a pas à rougir de son âge.

Il a connu les enthousiasmes de la jeunesse, les exigences de la maturité, les épreuves du temps et les transformations de son environnement. Il a vu passer des générations, évoluer les habitudes culturelles et changer les moyens de communication.

Le monde qui nous entoure n’est plus celui de 1977. Les jeunes d’aujourd’hui disposent d’outils que nous ne pouvions imaginer à nos débuts. Ils peuvent enregistrer une représentation, diffuser une vidéo, toucher un public éloigné et faire circuler leurs créations bien au-delà des limites de leur quartier.

Mais la technologie ne remplace pas tout.

Un écran peut montrer un visage ; il ne garantit pas la présence d’un acteur. Une caméra peut enregistrer une émotion ; elle ne remplace pas nécessairement l’intensité d’une salle suspendue au silence d’un comédien. Les réseaux sociaux peuvent multiplier les spectateurs ; ils ne produisent pas automatiquement cette communion qui se crée lorsque des personnes se retrouvent dans un même lieu pour rire, réfléchir ou pleurer ensemble.

Le théâtre conserve ainsi sa singularité : il est un art de la présence, de la rencontre et du partage.

Quarante-neuf ans après sa naissance, AFROZAM-THÉÂTRE peut donc célébrer son passé sans tourner le dos au présent. Il peut préserver son patrimoine, recueillir les témoignages de ses anciens, retrouver ses textes, valoriser ses archives et ouvrir de nouveaux espaces de création.

Il peut également imaginer des ateliers pour les jeunes, des rencontres avec les écoles, des lectures publiques, des représentations dans les quartiers et des collaborations avec d’autres compagnies.

Les possibilités sont nombreuses. Il ne manque que la volonté de les transformer en projets.

Et si, pour notre cinquantième anniversaire, nous nous donnions le défi de mieux raconter notre histoire ? Pourquoi ne pas réunir nos anciennes photographies, les affiches disponibles, les témoignages des pionniers et les souvenirs des comédiens ? Pourquoi ne pas constituer une véritable mémoire d’AFROZAM-THÉÂTRE, afin que ceux qui viendront après nous sachent qu’avant eux, des jeunes de la Ruashi avaient déjà décidé de faire de la culture une affaire sérieuse ?

Voilà un projet qui mériterait bien une ovation !

Car l’année prochaine, en 2027, nous atteindrons un cap symbolique : cinquante ans d’existence.

Un demi-siècle ! Cinquante années de passion, de travail, de rencontres et de mémoire. Cinquante années qui mériteraient davantage qu’un simple gâteau, même si nous ne refuserons certainement pas notre part !

Il faudra bien sûr des bougies. Beaucoup de bougies. Et peut-être un extincteur à proximité, par précaution, compte tenu de l’âge respectable de notre institution !

Mais au-delà de la plaisanterie, ce jubilé devrait être l’occasion de célébrer une aventure collective, de rendre hommage aux disparus, de remercier les vivants et de préparer la relève.

Le plus beau cadeau que nous puissions offrir à AFROZAM-THÉÂTRE n’est pas seulement de lui rappeler son passé. C’est de lui donner des raisons de continuer.

LEVONS NOS VERRES, MAIS GARDONS LE RIDEAU OUVERT !

Ce soir, levons donc nos verres.

À nos pionniers, qui ont osé commencer.

À nos maîtres, qui nous ont transmis leur savoir.

À nos comédiens, qui ont donné vie aux personnages.

À nos techniciens, à nos collaborateurs et à tous ceux qui ont contribué, dans l’ombre ou dans la lumière, à la réussite de notre aventure.

À nos disparus, dont les noms restent inscrits dans notre mémoire.

À ceux qui sont encore parmi nous et qui portent toujours en eux une réplique, un geste, un souvenir ou une émotion de nos anciennes représentations.

À la Ruashi, notre terre d’inspiration.

À la Maison des Jeunes, témoin de nos rêves.

À tous ceux qui ont applaudi, ri, réfléchi ou découvert, grâce à nous, que le théâtre pouvait être une autre manière de regarder la vie.

Et surtout, à ceux qui viendront après nous.

Alfred Hitchcock aimait rappeler, avec une formule devenue célèbre, que le théâtre ressemble à la vie, mais débarrassée de ses moments d’ennui. Nous pourrions lui répondre que le théâtre ressemble aussi à la vie par ses imprévus, ses rebondissements, ses drames, ses comédies et ces scènes inattendues qui nous obligent parfois à improviser.

La différence, c’est qu’au théâtre, le public finit par applaudir.

Dans la vie, il faut parfois attendre longtemps avant de recevoir sa récompense !

Mais nous avons appris à ne pas attendre les applaudissements pour continuer à travailler.

Quarante-neuf ans de rires et de larmes. Quarante-neuf ans d’efforts et d’espérance. Quarante-neuf ans de fraternité, de création et de foi dans la puissance de la culture.

Quarante-neuf ans d’une aventure humaine et artistique qui, tel un vieux rideau rouge chargé d’histoire, s’apprête à s’ouvrir sur un nouveau chapitre.

Alors, chers compagnons de route, ne nous contentons pas de raconter ce que nous avons été. Demandons-nous aussi ce que nous voulons devenir.

Le théâtre nous a appris à entrer en scène, à tenir notre rôle et à saluer le public. Il nous reste à transmettre ces leçons à ceux qui attendent encore leur première représentation.

Et si le temps a emporté certaines voix, il n’a pas emporté notre devoir de mémoire.

Si les années ont changé nos visages, elles n’ont pas nécessairement refroidi notre passion.

Si les anciens personnages ont quitté la scène, de nouveaux attendent dans les coulisses.

Le rideau n’est pas tombé. Il attend simplement la prochaine entrée.

HEUREUX 49ᵉ ANNIVERSAIRE, AFROZAM-THÉÂTRE ! 🎭

Que la scène demeure vivante !

Que la lumière ne s’éteigne jamais !

Que les souvenirs deviennent des archives, que les archives nourrissent les créations et que les créations continuent d’inspirer la jeunesse de la Ruashi et du Congo tout entier !

Rendez-vous en 2027 pour les cinquante ans, avec nos souvenirs, nos projets, nos éclats de rire et, si possible, quelques nouvelles pièces à jouer.

Et surtout, que personne ne prétende alors avoir oublié son texte : nous aurons déjà assez de bougies à souffler !

Vive AFROZAM-THÉÂTRE !

Vive la Ruashi culturelle !

Vive le théâtre, cet art qui nous permet de jouer des rôles sans oublier qui nous sommes !

ZADAIN KASONGO T.

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