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jeudi, mars 12, 2026

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LES INFILTRÉS

Depuis plus de trente ans, la République démocratique du Congo ploie sous un poids invisible et pourtant tangible. Il ne s’agit pas seulement des armes et des combats, visibles et bruyants, mais d’une violence silencieuse, tapis dans l’ombre des complicités. Des hommes, des femmes, parfois nos voisins, nos amis, ont servi de relais à une entreprise de déstabilisation. Par intérêt, par peur ou par calcul, ils ont trahi ce qui leur était confié, et la trahison, on le sait, laisse toujours des cicatrices plus profondes que la chair blessée.
Lorsque la justice tente d’entrer en scène, l’espoir surgit un instant. Puis il s’éteint. Les dossiers s’enlisent, les prisonniers attendent dans le vide de détentions interminables, et certains disparaissent comme engloutis par la complicité du pouvoir ou la négligence des hommes et des femmes. L’impunité devient mécanique, et le crime politique semble bénéficier d’une protection muette, tandis que les victimes demeurent captives de la mémoire et de la douleur.
Derrière les chiffres vertigineux — millions de morts, centaines de milliers d’orphelins, veuves abandonnées — se cachent des existences brisées. Ce peuple endeuillé ne réclame pas la vengeance ; il demande seulement la reconnaissance et la justice, un peu de lumière dans l’obscurité où il survit.

Le phénomène des infiltrés n’est pas propre au Congo. Depuis l’Antiquité, les sociétés redoutent ces figures ambiguës, invisibles en apparence mais capables de tout dévaster. L’infiltré peut être l’espion, le saboteur, le collaborateur volontaire ou celui qui, par opportunisme, prête ses talents à l’ennemi.

Et chaque époque a inventé ses méthodes pour les neutraliser : dans l’Allemagne nazie, la Gestapo transformait l’arrestation en torture silencieuse et en camp de mort ; en Union soviétique, le NKVD suspendait les protections juridiques au nom de la survie de l’État ; dans le Japon impérial, en Argentine, au Vietnam, l’infiltré devenait une menace à éradiquer, souvent par des moyens extrajudiciaires. L’arrestation n’était jamais un acte de justice : c’était un instrument de peur, un message aux vivants.

En RDC, l’État hésite. Faut-il juger l’infiltré comme un citoyen dévoyé et risquer de banaliser ses crimes, ou comme un ennemi en temps de guerre, sans risquer de créer un régime d’exception ? Cette hésitation nourrit la méfiance et entretient l’impunité. Le pays, suspendu entre la mémoire et l’urgence, regarde ces décisions comme on regarde des ombres fuyantes.
Pourtant, l’histoire ne ment pas. Les sociétés qui survivent aux menaces intérieures sont celles qui tranchent, qui alignent les actes sur les paroles. L’infiltré, figure marginale en apparence, devient alors un révélateur de la solidité des institutions, de la maturité politique et de la capacité d’un État à se protéger sans trahir sa propre loi. Tant que cette leçon n’est pas apprise, la question des infiltrés continuera de hanter le Congo, comme une dette morale jamais réglée, un murmure du passé qui refuse de se taire.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

LITTÉRATURE

PAROLE DE FEMME

Il est des livres qui ne frappent pas par le tumulte, mais par une persistance plus secrète. Ils ne s’imposent pas ; ils s’installent. Le dernier ouvrage de Jeannette Nyabu Bululu, Histoires d’ici et d’ailleurs, appartient à cette catégorie discrète et tenace. L’objet de ces lignes est de prendre la mesure de ce mince volume — quatre récits, quatre éclats de vie — et d’interroger ce qu’il dit, à voix presque basse, de la condition féminine congolaise déplacée hors de son sol natal.

Jeannette Nyabu Bululu vit à Londres. Elle écrit loin du fleuve et des terres ancestrales, loin des rumeurs familières, et pourtant c’est vers elles que sa phrase revient sans cesse. Dès 2006, avec Les Risques africains, puis en 2008 avec Mémoires australes, elle avait donné des textes qui semblaient portés par une urgence — non pas l’urgence tapageuse des manifestes, mais celle, plus grave, d’une parole longtemps retenue. On sent chez elle ce besoin de dire avant que le silence ne se referme.

La critique l’avait saluée, peut-être parce que la littérature féminine congolaise, dans son pays comme hors de ses frontières, peine encore à se faire entendre sans être aussitôt ramenée au rang de curiosité. Son nouveau livre, modeste par le nombre de pages, ne l’est pas par l’ambition secrète. Le style s’y déploie en longues phrases sinueuses, comme si l’auteure craignait qu’un point trop vite posé ne trahît la complexité des êtres. Elle n’enjolive pas le réel ; elle le laisse rugueux, parfois presque nu. Ce choix peut déconcerter : où sont les séductions de l’artifice, les détours qui ménagent la grâce ? Mais précisément, l’écriture refuse de flatter ; elle veut atteindre.

La problématique que soulève ce recueil, et qui justifie qu’on s’y arrête, tient en peu de mots : comment une femme congolaise, vivant en diaspora, peut-elle dire son expérience intime sans trahir ni ses origines ni la vérité de son exil ? Comment écrire le mariage, la solitude, l’adaptation à une terre étrangère, lorsque l’on porte en soi le poids d’une tradition et l’attrait d’une modernité souvent impitoyable ? À travers ces quatre récits, c’est la tension entre l’héritage et la liberté qui affleure.

La femme est au centre de ces histoires. Non pas une héroïne éclatante, mais une épouse inquiète, une migrante déracinée, une conscience aux prises avec la polygamie, avec l’incompréhension conjugale, avec ces promesses murmurées un jour — « pour le meilleur et pour le pire » — que le quotidien se charge d’éroder. L’auteure, formée à la sociologie, sait reconnaître les mécanismes de domination ; elle les montre sans discours théorique, à travers les gestes, les silences, les anniversaires qui deviennent des épreuves, les conversations anodines qui révèlent l’abîme.

On pourrait reprocher à ces récits leur sobriété, leur absence d’effets. Mais peut-être est-ce là leur force. Ils nous rappellent que la tragédie ne se joue pas seulement dans les fracas de l’histoire, mais dans les cuisines, les salons, les chambres où deux êtres apprennent — ou n’apprennent pas — à habiter la même promesse.

Histoires d’ici et d’ailleurs n’est pas un livre qui cherche à convaincre ; il cherche à témoigner. Et ce témoignage, venu d’une femme qui écrit loin de son pays sans cesser d’y appartenir, vaut par cette fidélité intérieure qui, seule, sauve les exilés de l’oubli d’eux-mêmes.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe

LA RDC EST ELLE UNE NATION ?

La République démocratique du Congo serait donc un pays, et non une nation. La formule claque, brève, décisive, presque soulagée d’elle-même. Elle dispense de l’effort. Elle donne à celui qui la prononce l’illusion d’avoir nommé le mal, et, en le nommant, de l’avoir compris.
Je me méfie des phrases qui ferment plus qu’elles n’ouvrent.

Un pays, sans doute : des frontières tracées au cordeau de l’histoire coloniale, un drapeau, un hymne, des institutions qui tiennent tant bien que mal sous le poids des hommes. Une souveraineté reconnue par le monde, parfois plus respectée à l’extérieur qu’à l’intérieur. Sur ce point, nul débat. Mais une nation ? Voilà ce qui inquiète, ou ce qui déçoit.
On invoque la diversité des langues, la multiplicité des visions. Comme si l’unité exigeait l’unisson. Comme si parler plusieurs langues interdisait de partager une destinée. Je ne puis m’empêcher d’y voir une conception un peu scolaire de la nation, une image trop nette, presque hygiénique, d’un peuple qui penserait d’un seul bloc. Les peuples réels ne vivent pas ainsi. Ils vivent de tensions, de contradictions, de blessures mal refermées.

Ce que certains appellent désunion est peut-être moins le produit de la pluralité que celui de l’injustice. La stigmatisation d’un Kasaïen cherchant à louer une maison à Kinshasa ne naît pas d’une différence linguistique. Elle naît d’une peur entretenue, d’un ressentiment cultivé, d’un calcul parfois. La diversité ne condamne personne ; ce sont les rapports de force qui humilient.

Il me semble que l’on confond volontiers la nation avec une essence. Or une nation n’est pas un état civil ; elle est une volonté. Elle ne se reçoit pas toute faite, elle se décide. Elle se forge dans les épreuves, dans les migrations, dans ces luttes obscures dont l’histoire officielle ne retient que quelques dates. Elle suppose moins l’accord parfait que l’acceptation d’un destin commun.
Dire : « nous ne sommes pas une nation », c’est peut-être céder à une fatigue. C’est constater les fractures, et conclure trop vite à l’impossibilité de les surmonter. Mais le regard critique ne doit pas se transformer en sentence définitive. L’analyse exige davantage : interroger les causes, dévoiler les mécanismes, comprendre comment certaines différences deviennent des armes.
Je ne crois pas que la pluralité soit l’ennemie de l’unité. Je crois qu’elle en est l’épreuve. Une nation véritable ne supprime pas les différences ; elle les ordonne à un projet commun. Elle ne nie pas les blessures ; elle travaille à les guérir.

La RDC est un pays, assurément. Elle est aussi, qu’on le veuille ou non, une nation en train de se faire — et peut-être de se défaire parfois — au gré des choix de ses enfants. La question n’est donc pas de trancher entre deux mots, mais de savoir si nous consentons à cette lente construction, exigeante, imparfaite, qui seule donne à un peuple le droit de se dire nation.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

LITTÉRATURE

Un récit littéraire est paru en 2025 chez l’éditeur britannique MediaComX, à Bristol. Il s’agit de l’ouvrage intitulé : Itinérances sans itinéraires, œuvre de Ndolamb Ngokwey. L’auteur est connu comme professeur de sociologie et d’anthropologie, et comme essayiste dont les travaux ont été salués par la communauté scientifique. On peut examiner la portée littéraire et sociopolitique de l’ouvrage, en mettant en lumière la tension entre le regard anthropologique, l’écriture subjective du voyage et le silence critique face aux régimes politiques observés. On peut alors se demander comment un intellectuel, formé à la sociologie et à l’anthropologie et ayant exercé des responsabilités au sein du système des Nations Unies, transforme son expérience internationale en matière littéraire, et que révèle son choix d’atténuer la critique politique explicite des contextes qu’il décrit. On peut avancer l’hypothèse selon laquelle l’ouvrage procède d’une stratégie d’écriture fondée sur la suggestion plutôt que sur la dénonciation frontale ; le silence politique apparent constituerait moins une défaillance critique qu’une posture diplomatique et esthétique, visant à privilégier l’observation culturelle et humaine.
Itinérances sans itinéraires se compose de huit chapitres d’inégale longueur, rédigés sous la forme d’un carnet de voyage. Chaque étape correspond à un pays où l’auteur a exercé les fonctions de représentant d’une organisation relevant du système des Nations Unies.
À l’île du Cap-Vert, il est frappé par l’accoutumance de la population à une sécheresse qui dure depuis sept ans. Au Bénin, qui sortait d’un régime marxiste-léniniste, l’humour populaire à l’égard de la politique contraste avec les préjugés qu’il nourrissait, fondés surtout sur la connaissance des élites intellectuelles. Au Sénégal, il se rend à l’évidence que l’excellence de la production culturelle nationale n’est pas un mythe. L’islam irrigue la société sénégalaise, laquelle a cependant laissé prospérer une dérangeante industrie de la mendicité. En Guinée, s’impose la figure du « Grand Timonier » Sékou Touré, disparu, mais toujours présent par sa stature politique et son discours anti-impérialiste. L’auteur évoque également le Ballet national et le Bembeya Jazz, emblèmes culturels du pays. Vient ensuite le séjour ivoirien, où l’aliénation onomastique surprend l’auteur : il y découvre l’étendue du malaise identitaire engendré par la colonisation française. À peine installé, il suit l’itinéraire chanté par le soliste congolais docteur Nico Kasanda dans Nakeyi Abidjan, afin de parcourir le pays profond et d’en rencontrer les habitants. Dans les Caraïbes anglophones, il concentre son attention sur les violences faites aux femmes, qu’il dénonce avec vigueur. Le Mozambique, pays bantou sur la façade de l’océan Indien, le rassure. Il y admire un art foisonnant — peinture, musique, danse — qui s’épanouit pourtant dans un contexte de paupérisation avancée. Ngokwey adopte un style sobre, relevé d’un humour incisif qui rend la lecture particulièrement agréable. Il convient toutefois de noter que l’auteur semble avoir volontairement tu toute critique politique explicite des régimes en place dans les pays où il a vécu. Ce silence intrigue, d’autant qu’il disposait manifestement de données objectives pour nourrir une telle analyse. L’ouvrage, fort de deux cent vingt-cinq pages, se lit d’un trait.

Lu par

José Tshisungu wa Tshisungu

QUEL EST L’AVENIR DES ÉTUDES DE LETTRES EN RDC ?

Il est des chiffres qui tombent comme des feuilles mortes, sans bruit, et qui pourtant annoncent une saison froide. La baisse des inscriptions en lettres, dans nos universités de la République démocratique du Congo, appartient à ces signes que l’on feint d’ignorer parce qu’ils ne font pas scandale. Aucun tumulte, aucune émeute, aucune revendication tapageuse : seulement des bancs plus clairsemés, des amphithéâtres où l’écho répond au professeur, et cette question muette qui rôde entre les murs fatigués des facultés… Qui viendra encore aimer les mots ?

L’objet de ces lignes n’est pas de pleurer sur un âge d’or qui n’a peut-être jamais existé. Il est de comprendre pourquoi la jeunesse se détourne des lettres comme d’un parent pauvre, et d’examiner si ce renoncement est un arrêt de mort ou l’annonce d’une métamorphose. Car il ne suffit pas de constater la diminution des effectifs ; il faut sonder ce qu’elle révèle de notre temps, de nos peurs, de nos appétits, de notre foi – ou de notre absence de foi – dans la puissance du langage.

La problématique est simple et redoutable : les études de lettres sont-elles devenues inutiles dans un pays où l’urgence économique dicte sa loi, ou bien souffrent-elles d’un mal plus profond, d’un divorce entre leur vocation et la réalité contemporaine ? Autrement dit, assistons-nous à la fin d’une tradition ou à la sanction d’un immobilisme ?

Je risquerai cette hypothèse, qui n’est ni indulgente ni désespérée : les lettres ne meurent pas ; elles sont désertées parce qu’elles n’ont pas su convaincre qu’elles étaient encore nécessaires. Ce n’est pas leur essence qui est en cause, mais leur visage. Elles se présentent encore sous les traits austères d’un savoir clos sur lui-même, quand le monde exige des ponts, des passerelles, des preuves.

Dans nos familles, l’angoisse est la conseillère la plus écoutée. Elle souffle aux parents que l’ingénieur survivra mieux que le poète, que le médecin rassurera davantage que le critique littéraire. On ne choisit plus une filière par inclination, mais par stratégie. Le diplôme est devenu une armure contre le chômage, pas une promesse d’accomplissement intérieur. Dans cette économie de la peur, les lettres paraissent fragiles, presque indécentes.
Et pourtant, quel paradoxe ! Jamais nous n’avons autant parlé, écrit, publié, commenté. Les réseaux sociaux bruissent, les discours prolifèrent, les rumeurs se répandent avec la rapidité des incendies de savane. Le pays a plus que jamais besoin d’esprits capables de distinguer le vrai du faux, d’analyser un discours politique, de comprendre les ressorts d’une narration médiatique. Mais nous avons laissé croire que ces compétences étaient accessoires, qu’elles relevaient d’un loisir cultivé, non d’une nécessité civique.

La crise est aussi matérielle. Comment aimer les lettres dans des bibliothèques exsangues, devant des rayonnages qui portent la poussière comme un linceul ? Comment séduire une génération numérique avec des programmes figés, étrangers aux mutations technologiques, sourds aux industries culturelles qui naissent sous nos yeux ? Ce n’est pas la jeunesse qui trahit les lettres ; ce sont parfois les lettres qui trahissent la jeunesse en refusant de se risquer hors de leurs habitudes.
Et pourtant, je demeure convaincu que leur avenir n’est pas scellé. Dans un pays aux langues multiples, où le ciluba, le lingala, le kikongo et le swahili portent des mémoires séculaires, les lettres pourraient devenir le lieu d’une réconciliation entre la tradition et la modernité. Elles pourraient embrasser le numérique sans renier la profondeur, accueillir la communication digitale sans sacrifier l’exigence critique, dialoguer avec les médias, l’édition, la traduction, la création audiovisuelle.

Encore faut-il qu’elles consentent à cette conversion. Qu’elles cessent de se retrancher derrière la dignité blessée et acceptent de prouver leur utilité sans renoncer à leur âme. Les lettres n’ont pas vocation à flatter le marché, mais elles ne peuvent ignorer le monde où vivent ceux qu’elles prétendent former.

Ainsi, la question n’est pas de savoir si les études de lettres survivront en République démocratique du Congo ; elle est de savoir si nous voulons encore former des consciences capables de lire au-delà des apparences, de nommer l’injustice, de raconter notre histoire sans la trahir. Si nous renonçons à cela, ce ne sont pas seulement des facultés qui se videront ; c’est une part de notre vigilance collective qui s’éteindra.
Les chiffres, alors, ne seront plus de simples statistiques. Ils deviendront l’épitaphe d’une société qui aura cru pouvoir se passer des mots.

José Tshisungu wa Tshisungu

Les naufragés du verbe

La récente sortie médiatique de Franck Diongo laisse pantois quiconque observe, avec un minimum de lucidité, la scène politique congolaise. À l’entendre — ou plutôt à tenter de le comprendre — il n’y aurait jamais eu d’agression du Rwanda contre la République démocratique du Congo. Selon lui, le Rwanda ne porterait aucune responsabilité dans la guerre qui ensanglante l’Est du pays, qui endeuille les familles, qui jette sur les routes des foules hagardes, qui transforme les collines verdoyantes en cimetières sans croix.
Ainsi donc, les milliers de morts congolais seraient une illusion collective ? Les rapports internationaux, les déclarations répétées, les aveux mêmes de l’agresseur relèveraient ils du fantasme ? Les villages incendiés ne seraient que mirages ? Les cris des femmes violées, violentées, les regards perdus des enfants déplacés, les villes occupées par l’armée rwandaise, notamment Goma jusqu’à aujourd’hui, les larmes des mères n’auraient jamais existé ?
À l’écouter, tout ce que nous savons — ou croyons savoir — sur cette tragédie ne serait qu’hallucination nationale.
Il faut un certain courage pour nier l’évidence. Mais il faut surtout une étonnante légèreté morale pour jouer ainsi avec la mémoire des morts. L’homme, coutumier des déclarations tapageuses et des provocations calculées, semble confondre la politique avec l’art du vacarme. Il gratte sur la corde de la polémique comme d’autres cherchent désespérément l’attention. Mais à force de crier contre la vérité, on finit par dévoiler le vide de son propre discours.

Le temps du mensonge éhonté s’effrite pourtant sous le poids des preuves et de l’Histoire. Nous ne sommes plus à l’époque où l’on pouvait façonner la réalité à coups de slogans. La parole publique engage. Elle oblige. Elle inscrit celui qui la prononce dans le grand livre des responsabilités. Plus grave encore, au cours de cette interview, il reproche au Président de la République et à son régime de pratiquer la politique du bouc émissaire. Celle qui consisterait à accuser l’agresseur Rwandais de tous les maux du Congo, y compris l’insalubrité de la ville ironise-t-il. Et lui notre homme fait exactement ce qu’il croit reprocher au Président et à son régime. Justifier l’échec par son incapacité à gérer la chose publique, croit il enfoncer le clou. Il croit surtout nous faire oublier ses responsabilités d’opposant, ses incohérences. Aucune vision. Aucun développement d’idées d’opposant digne ni d’intelligent au cours de cette fatigante interview vide de sens.

Personne n’ignore les derniers déboires de ce tribun improvisé à Kinshasa, ni les circonstances de son exil. Certains diront que l’exil nourrit l’amertume. D’autres, qu’il aiguise les ambitions. Toujours est-il que le statut de réfugié ne saurait devenir un fonds de commerce politique où l’on monnaye l’indignation contre sa propre patrie. Accuser son pays pour consolider sa posture d’opposant est un exercice dangereux : il transforme la critique légitime en opportunisme bruyant.
Il y a peu encore, le même homme se plaignait de n’avoir été nommé ni ministre ni responsable d’aucune institution. Aujourd’hui, il voudrait se draper dans la toge du pourfendeur du pouvoir, convainquant — peut-être — quelques esprits crédules qu’il incarne l’alternative. Mais l’opposition n’est pas un refuge pour frustrations personnelles. Elle est une vision. Elle est un projet. Elle est une espérance structurée.

Le pays cher à Patrice Eméry Lumumba mérite mieux que ces spectacles sans consistance. Il mérite une parole ferme, enracinée dans la vérité et tournée vers la dignité nationale. Il mérite des femmes et des hommes capables de dépasser leurs rancœurs pour embrasser le destin collectif.

À force de confondre agitation et engagement, certains finissent par ne plus savoir ni d’où ils viennent ni où ils vont. La politique n’est pas une scène où l’on improvise son rôle au gré des caméras. Elle est une vocation exigeante, un service, un sacrifice.
Sinon, elle n’est qu’un naufrage du verbe.

ZADAIN KASONGO T .

Aux portes du tunnel

Est-ce la fin du cauchemar ? Pas encore. Mais à bien des égards, cela y ressemble. La diplomatie congolaise est à l’épreuve de la constance. Comme une lueur timide au bout d’un long couloir obscur, les dernières avancées diplomatiques autorisent, sinon l’enthousiasme, du moins une prudente espérance. Lentement, calmement, presque à pas de tortue, la diplomatie congolaise avance. Et, fait nouveau, elle commence à faire parler d’elle autrement que par le sarcasme ou la condescendance.


Longtemps raillée, souvent caricaturée, cette diplomatie que d’aucuns jugeaient erratique ou inexistante semble aujourd’hui actionner des leviers longtemps grippés. La machine, patiemment mise en place, fait bouger les lignes. De l’intérieur comme de l’extérieur, les langues se délient. Les chancelleries, jadis indifférentes, se montrent plus attentives. Les partenaires internationaux, autrefois frileux, réapprennent à écouter. Même les opposants, habitués à prospérer sur le vacarme et l’invective, paraissent à court d’arguments — il est vrai qu’ils n’en proposaient déjà que de peu plausibles.


L’achat des consciences, cette vieille monnaie politique, faiblit. Le mensonge, trop longtemps recyclé en discours, s’effondre sous le poids de ses propres contradictions. Pendant des années, la diplomatie congolaise fut la cible des moqueries, présentée comme une diplomatie d’aéroport, réduite à des allers-retours sans boussole. Aujourd’hui, tout porte à croire qu’elle est en train de renaître de ses cendres, portée par une stratégie de constance et de persévérance.


Il ne manquait plus qu’un événement symbolique pour accélérer cette dynamique. Ce moment est venu lorsqu’un Président des États-Unis, Donald Trump, a publiquement salué le leadership du Président congolais, soulignant sa capacité à tenir contre vents et marées. L’instant est fort, historiquement marquant : voir un Président américain demander au public présent d’ovationner le Président de la République démocratique du Congo n’est pas un geste anodin. Cette séquence restera mémorable, n’en déplaise aux ennemis du Congo et à ceux qui pariaient sur son effacement diplomatique.


À ceux qui critiquaient, ou feignaient de s’interroger, sur cette agitation permanente d’un Président “toujours dans les avions”, la réponse apparaît désormais limpide. Derrière les déplacements, il y avait une vision. Derrière l’endurance, une méthode. Derrière la répétition des rencontres, une cohérence diplomatique qui relevait moins de l’agitation que d’un esprit stratégique élevé — pour ne pas dire d’une intelligence politique assumée. La crédibilité du pays en dépendait, et elle en dépend encore.

Loin d’inventer d’autres concepts pouvant expliquer cette façon de travailler, il ne s’agit que de la diplomatie de constance. Mieux la constance dans la diplomatie. En termes plus compréhensibles, la foi dans ce que l’on fait. Ah ! La Foi ? Elle est intérieure et personnelle. Les politiciens en soutane croient en être les seuls dépositaires. D’où les croc en jambes dans les jambes du Président. Heureusement qu’il en a des plus solides. Les indices sont claires et le climat international devient plus attentif. Des partenariats se créent et s’implantent. Petit à petit la reconnaissance se construit autour de cette marche progressive. La voix du Congo devient enfin audible progressivement.
Cependant ,le plus important reste à faire. C’est à dire capitaliser ce succès diplomatique au profit des solutions pour les populations de l’Est, victimes expiatoires de la barbarie, des égoïsmes des dirigeants voisins de notre pays. Mais aussi de la félonie de quelques fils égarés du pays. Ils sont à la base de l’instabilité que connaît l’Est de la République depuis des décennies.

Que ce succès ne se limite pas seulement aux salons feutrés de la diplomatie internationale. Qu’il soit palpable jusque dans le vécu et le parler quotidiens de ces populations longtemps meurtries. Que des mots tels que fuite, abandon, exil, mort puissent être remplacés par stabilité, bienveillance, vie paisible. Tout est possible à ceux qui veilleront à cette constance diplomatique. Seule possibilité d’espérer une véritable paix durable.

Pour LAUTREINFO
ZADAIN KASONGO T.

Diplomatie congolaise : le temps de la constance face au vacarme

Est-ce la fin de la guerre ? Non. Mais pour la première fois depuis longtemps, le Congo avance sans reculer d’un pas à chaque avancée. Dans un pays habitué aux faux départs, aux promesses avortées et aux élans brisés, cette continuité mérite d’être nommée, analysée et assumée. Les dernières avancées diplomatiques ne sont pas un hasard : elles sont le produit d’un choix stratégique, celui de la constance face au vacarme.


Car la diplomatie congolaise, longtemps moquée, parfois méprisée, a été réduite à une caricature commode. On l’accusait d’errance, d’improvisation, d’inefficacité chronique. On riait d’un Congo supposé absent de la scène internationale, condamné à subir plutôt qu’à proposer. Pourtant, dans le silence des rencontres bilatérales, dans la patience des négociations multilatérales, quelque chose se construisait. Lentement, sans effets d’annonce, mais avec méthode.


Aujourd’hui, cette diplomatie commence à produire des effets visibles. Les lignes bougent. Les partenaires écoutent davantage. Les discours changent de ton. Là où le Congo était sommé de se taire ou de s’aligner, il est désormais invité à expliquer, à défendre, à convaincre. Ce glissement n’est pas anodin. Il traduit une reconquête progressive de crédibilité, bien plus précieuse que les applaudissements éphémères.
Face à cette dynamique, les oppositions traditionnelles peinent à ajuster leur logiciel. Les accusations répétitives, les procès en illégitimité, les rumeurs savamment entretenues montrent leurs limites. L’achat des consciences, ce carburant politique usé, perd de sa force. Le mensonge, autrefois rentable, ne résiste plus à l’épreuve des faits. On critique par réflexe, faute de mieux. On agite le soupçon, faute d’alternative.


Pendant ce temps, le Président congolais poursuit sa trajectoire. On lui a reproché d’être partout, tout le temps, de multiplier les voyages, d’être « trop souvent dans les avions ». Mais la diplomatie ne se mène ni depuis un bureau clos ni à coups de communiqués indignés. Elle exige une présence, une endurance, une capacité à revenir, encore et encore, porter la même parole jusqu’à ce qu’elle soit entendue. La politique étrangère est une école de patience. Ceux qui la confondent avec l’immobilisme n’en comprennent ni la nature ni les exigences.
L’épisode au cours duquel le Président des États-Unis, Donald Trump, a publiquement salué le leadership du Président congolais, appelant même l’assistance à l’ovationner, restera comme un marqueur fort. Non par goût de la mise en scène, mais parce qu’il consacre un renversement symbolique : celui d’un Congo qui n’est plus uniquement évoqué à travers ses drames, mais reconnu pour sa capacité à tenir, à résister, à proposer une vision.


Que cela déplaise aux ennemis du Congo ou à ceux qui prospèrent sur l’idée d’un État éternellement faible importe peu. La diplomatie n’est pas un concours de popularité. Elle est un rapport de forces, un travail de fond, une stratégie de long terme. Et pour la première fois depuis longtemps, ce travail semble aligné avec une intelligence politique claire : restaurer la crédibilité du pays pour mieux défendre ses intérêts.
Mais une tribune honnête ne saurait s’arrêter à l’autosatisfaction. Car la diplomatie n’est pas une fin en soi. Elle n’a de sens que si elle améliore concrètement la vie des citoyens. Or, la question centrale demeure : quand et comment ces avancées se traduiront elles sur le terrain, notamment dans l’Est du pays ? Là où les populations continuent de payer le prix de l’insécurité, des déplacements forcés, des violences armées et de l’oubli.


La paix ne peut rester un concept brandi dans les forums internationaux. Elle doit devenir une réalité vécue, mesurable, ressentie. La sécurité ne peut être un simple engagement verbal. Elle doit se traduire par la fin des massacres, la protection des civils, la restauration de l’autorité de l’État. La dignité, enfin, ne peut être négociée à huis clos : elle doit être garantie à chaque citoyen.
La République démocratique du Congo joue une partie décisive. Elle n’a plus le luxe de l’échec ni celui de l’improvisation. L’horizon semble, pour une fois, légèrement dégagé. Mais cette éclaircie ne tiendra que si la constance diplomatique s’accompagne d’actes forts, lisibles, courageux sur le terrain national.


Le peuple congolais n’attend pas des miracles. Il attend de la cohérence. De la vérité. Et, surtout, des résultats. La diplomatie a ouvert une porte. Il appartient désormais aux responsables de prouver qu’elle mène bien vers la paix durable tant promise.

Pour LAUTREINFO
ZADAIN KASONGO T.

La République démocratique du Congo n’avance plus en silence

La fin du mépris diplomatique.

Est-ce la sortie du tunnel ? Non. Mais une chose est désormais certaine : le Congo (RDC) n’est plus immobile. Et surtout, il n’avance plus en silence pendant que d’autres parlent à sa place. Ceux qui s’étaient habitués à un Congo inaudible, réduit au rôle de figurant de sa propre tragédie, devront revoir leurs certitudes. La diplomatie congolaise, contre toute attente et malgré les sarcasmes, s’est remise en mouvement. Lentement, certes. Mais inexorablement.

Pendant des années, elle fut tournée en dérision. On la disait inexistante, erratique, incapable de défendre le moindre intérêt national. Le Congo était convoqué uniquement pour s’excuser, justifier ses malheurs ou recevoir des leçons. Les mêmes qui aujourd’hui feignent la surprise étaient hier les plus bruyants à prédire l’échec. Ils se nourrissaient du chaos, prospéraient sur la faiblesse de l’État et s’accommodaient très bien d’un pays à genoux.
Or, ce scénario commence à se fissurer.
La diplomatie congolaise agit. Elle travaille. Elle insiste. Elle dérange. Et surtout, elle persévère là où tant d’autres ont renoncé. Les lignes bougent parce qu’elles sont poussées. Les portes s’entrouvrent parce qu’on a cessé de frapper timidement. Le Congo parle désormais avec constance, là où il criait autrefois dans le désordre. Cette différence change tout.

Face à cela, les opposants de salon ,les politiciens en soutane, et les professionnels du doute montrent leurs limites. Ils répètent les mêmes slogans usés, les mêmes soupçons recyclés, les mêmes accusations sans fondement. L’achat des consciences, leur arme favorite, perd de son efficacité. Le mensonge politique, surexploité, n’impressionne plus. Quand les faits persistent, les rumeurs s’effondrent.

On a reproché au Président congolais son omniprésence sur la scène internationale. Trop de voyages, trop d’avions, trop de sommets. Mais depuis quand la diplomatie se mène-t-elle depuis un fauteuil ? Depuis quand la défense d’un pays agressé se fait-elle par télépathie ? Ceux qui ironisent sur ces déplacements oublient volontairement une vérité élémentaire : on n’impose pas une cause juste par l’absence, mais par la répétition, la ténacité et la présence continue. Si le prédécesseur était habitué à rester sur place,c’était aussi une stratégie comme une autre de garantir les intérêts de ses sponsors ,au détriment de la nation. Y penser ainsi n’est que piste de réflexion.

Le moment où le Président des États-Unis, Donald Trump, a publiquement salué le leadership du Président congolais, appelant l’assistance à l’ovationner, n’est pas un détail folklorique. C’est un signal politique fort. Un désaveu cinglant pour tous ceux qui affirmaient que le Congo ne comptait plus, qu’il n’était plus écouté, qu’il n’était plus crédible. Ce geste restera dans l’histoire diplomatique du pays, qu’on le veuille ou non.
Évidemment, cela dérange. Cela froisse. Cela inquiète même ceux qui ont bâti leur discours sur l’idée d’un Congo éternellement faible, dépendant et manipulable. Mais la diplomatie n’a jamais été un espace de confort. Elle est un champ de bataille feutré où l’endurance l’emporte souvent sur le bruit.
Soyons clairs : il ne s’agit pas d’un triomphe. Il ne s’agit pas d’un aboutissement. Et toute tentative de glorification prématurée serait irresponsable. Mais nier les avancées actuelles relèverait de la mauvaise foi pure pareille à celle du plus gradé des politiciens en soutane et toute sa cour. Le climat international évolue. Les partenaires réévaluent leurs positions. Les enjeux sécuritaires et humanitaires de la RDC sont enfin nommés avec plus de précision. Cela n’efface pas les drames, mais cela change les rapports.

Reste le point le plus sensible, celui que personne n’a le droit d’éluder : l’Est du pays. Tant que les populations continueront à mourir, fuir et survivre dans l’indignité, toute réussite diplomatique restera incomplète. La paix ne se décrète pas dans les communiqués. Elle se construit sur le terrain. La sécurité ne se négocie pas uniquement dans les capitales étrangères. Elle se garantit dans les villages, les villes et les camps de déplacés.
La République démocratique du Congo joue son crédit historique. Elle n’a plus droit à l’erreur, ni à l’illusion. L’horizon semble s’éclaircir, oui. Mais la lumière n’a de valeur que si elle atteint celles et ceux qui vivent encore dans l’ombre de la guerre.
Le Congo ne demande pas la charité. Il exige le respect. Et pour la première fois depuis longtemps, il commence à se donner les moyens de l’imposer.

Pour LAUTREINFO
ZADAIN KASONGO T.

Quand les dates deviennent des tombes : chronique d’un 12 septembre

À force de célébrer les anniversaires des membres sur cette plateforme, certaines dates finissent par nous apprivoiser. Elles cessent d’être de simples chiffres alignés sur un calendrier impersonnel pour devenir des présences familières, presque charnelles. Elles prennent des visages, des voix, des intonations. Elles deviennent des souvenirs qui respirent.
Il existe, parmi nous, de véritables gardiens du temps. Dites leur une date, et ils vous répondront aussitôt, parfois les yeux mi-clos, comme s’ils feuilletaient un vieux carnet intérieur :
— « 12 septembre ? C’est maman Marie-Paule… »
— « 4 mars ? C’était papa Un tel… »
La mémoire humaine, lorsqu’elle est nourrie d’affection, devient une archive vivante.
Si cela est possible pour quelques-uns, que dire de moi, qui presque chaque jour rappelle ces dates, les annonce, les écris, les partage, comme on sonne une petite cloche pour que personne ne disparaisse tout à fait dans l’oubli. Un geste simple, mais obstiné, comme allumer une bougie dans un couloir sombre.
Ainsi, parmi toutes ces dates, il en est une sur laquelle je ne peux me tromper. Depuis plus de quarante ans, le 12 septembre n’est pas une date ordinaire. C’est une date chargée de visages, d’histoires entremêlées, de fidélités silencieuses.
Dans notre groupe LAUTREINFO, le 12 septembre incarnait la naissance de notre tout premier trio : papa Paul, maman Marie-Paule et papa Claude Constant. Trois prénoms, trois sourires, trois piliers. Un peu comme ces trois pierres angulaires qui soutiennent une maison ancienne : tant qu’elles sont là, on se sent à l’abri.
Mais le temps, ce sculpteur silencieux, patient et inexorable, a commencé son œuvre.
En 2024, Claude Constant nous a quittés. Le trio s’est alors réduit à un duo. Deux voix au lieu de trois, deux présences là où il y avait jadis un chœur. La date tenait encore debout, mais elle boitait déjà.
Puis vint 2025. Pour les plus attentifs d’entre nous, un détail n’a pas échappé. Lors de l’anniversaire du 12 septembre, il ne restait plus que papa Paul KABAMBA Mukubay pour incarner ce trio fondateur. Maman Marie-Paule, elle, ne répondait plus. Ni aux appels répétés, ni aux messages insistants. Pourtant, fidèles à l’habitude et à l’espérance, nous avions maintenu sa photo pour illustrer notre message d’anniversaire. Comme si, par ce simple geste, par cette image obstinée, nous pouvions encore la retenir du côté des vivants.

De novembre à décembre, lors de notre séjour à Lubumbashi, nous avons multiplié les tentatives de l’appeler. Le téléphone sonnait… encore… et encore… puis se taisait. Pas de voix. Pas de retour. Juste ce silence pesant, ce silence qui s’installe comme une chaise vide au milieu du salon et dont personne n’ose parler, mais que tout le monde voit. Et puis, ce matin-là, le choc.

En appelant maman Jeanne KAKESSE, sa collègue de service depuis plus de quarante ans à l’ex Union Zaïroise des Banques — ironie du sort, un premier appel depuis 1986 —, la vérité est tombée, brute, sans préambule. Surprise par ma voix, elle m’a répondu, la gorge serrée, que Marie-Paule KARUMB avait été inhumée le 12 septembre 2024 à Lubumbashi… le jour même de son anniversaire de naissance.
Ainsi, la date qui célébrait sa venue au monde est devenue aussi celle de son départ.
Comme si le calendrier, fatigué de compter les années, avait décidé de refermer la boucle.
Comme si la vie, dans sa poésie parfois cruelle, avait murmuré :
« Tu es venue un 12 septembre, tu t’en vas un 12 septembre. »
Désormais, pour nous, cette date ne sera plus jamais une simple ligne sur un calendrier. Elle portera la mémoire d’un trio devenu duo, puis solitude. Elle portera aussi le souvenir d’une femme discrète, fidèle, silencieuse, mais profondément présente.
Quel que soit l’endroit où je me trouvais, chaque 12 septembre, je lui souhaitais toujours un heureux anniversaire, par tous les moyens possibles. C’était devenu une habitude, presque un rituel partagé entre elle et ma famille. Elle partageait d’ailleurs cette même date de naissance avec la mère de mes enfants. Elles étaient jumelles astrologiques, liées par le ciel avant même de l’être par la vie.
Oui, certaines dates apprennent à marcher avec nous. Elles nous accompagnent, nous suivent, nous tiennent la main. Et parfois, sans prévenir, elles se retournent…
et finissent par marcher sur nos larmes.

ZADAIN KASONGO T.