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17 MAI : QUE CÉLÈBRE-T-ON EN RDC ?

Le 17 mai revient chaque année comme une journée chômée et payée, avec parfois ses chants de victoire fabriqués à la hâte par les gouvernements successifs, comme si la mémoire nationale devait apprendre à sourire là même où elle saigne encore.

On se souvient qu’en ce matin du 17 mai 1997, beaucoup de Congolais avaient sincèrement cru voir s’ouvrir les portes d’une délivrance. Le vieux régime de Mobutu Sese Seko, épuisé par la corruption, l’humiliation publique, l’effondrement de l’État et la misère quotidienne, tombait presque sans résistance. Les soldats abandonnaient les casernes. Les dignitaires fuyaient. La capitale ressemblait à une grande maison dont le maître, depuis longtemps, n’était plus obéi que par l’habitude et par la peur.


Alors apparut Laurent-Désiré Kabila, porté par l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo. Mais derrière les drapeaux de la libération, derrière les slogans improvisés d’une révolution africaine, se trouvait une autre réalité, moins lyrique, plus froide : l’avancée décisive des armées étrangères, particulièrement celle du Rwanda de Paul Kagame.


Le drame congolais tient peut-être dans cette confusion originelle : un peuple croyait célébrer sa libération alors qu’il assistait déjà à l’entrée de forces dont les intérêts dépassaient infiniment son propre destin. Les colonnes militaires venues de l’est traversèrent le pays avec une rapidité qui stupéfie encore les historiens. Beaucoup de Congolais, lassés de Mobutu, ouvrirent les bras sans demander qui entrait réellement dans la maison. Les peuples fatigués confondent parfois le sauveur et le stratège du malheur.


Il faut rappeler les événements avec sobriété, sans haine ethnique, sans mythologie commode, mais sans mensonge non plus.


Après le génocide rwandais en 1994, des centaines de milliers de réfugiés hutu s’installèrent dans l’est du Zaïre. Le gouvernement de Kigali considérait ces camps comme une menace sécuritaire permanente. Dans le même temps, le régime de Mobutu, déjà vacillant, avait perdu toute maîtrise réelle de l’immense territoire national. C’est dans ce contexte qu’une coalition armée soutenue notamment par le Rwanda et l’Ouganda lança l’offensive de l’AFDL à partir de 1996.


Le récit officiel de la « libération » effaça longtemps cette dimension étrangère. Pourtant, les témoignages, les enquêtes internationales et les récits des acteurs eux-mêmes montrent combien l’appareil militaire rwandais fut déterminant dans la conquête du pouvoir. Le Congo entrait alors dans une zone grise où l’État cessait progressivement d’être souverain jusque dans ses blessures.


Et voici la tragédie : ceux qui applaudissaient la chute de Mobutu n’imaginaient pas que la guerre ne s’achèverait pas avec l’entrée triomphale à Kinshasa. Au contraire, elle changeait seulement de visage. Dès 1998, les anciens alliés se déchirèrent. La deuxième guerre du Congo éclata, impliquant plusieurs États africains et une multitude de groupes armés. L’est du pays devint un immense champ de ruines morales où les minerais, les frontières poreuses, les ambitions régionales et les faiblesses de l’État congolais nourrirent un conflit interminable.


Les chiffres des morts, plusieurs millions selon diverses estimations humanitaires dépassent l’entendement. Mais le plus terrible n’est peut-être pas le nombre. C’est l’habitude. Le Congo a fini par s’accoutumer à l’inacceptable. Des villages brûlent ; on continue les cérémonies. Des enfants grandissent parmi les milices ; les capitales rédigent des communiqués. Des femmes traversent la nuit avec la peur au ventre ; les élites discutent des alliances électorales. Une nation entière semble condamnée à vivre dans l’interruption de son propre avenir.


Le 17 mai pose donc une question presque spirituelle : que célèbre-t-on exactement ? La chute d’un tyran ? Oui, sans doute. Beaucoup de Congolais avaient des raisons profondes de vouloir la fin du mobutisme. Mais célèbre-t-on aussi l’ouverture d’un cycle de dépendances, de guerres régionales et d’infiltrations armées dont le pays ne s’est jamais relevé ? Là réside le malaise.


On voit dans cette histoire l’une de ces ironies tragiques où les peuples, comme certains hommes, détruisent leur prison avec une telle impatience qu’ils ne remarquent pas immédiatement qu’une autre porte se referme derrière eux. Car les nations aussi ont leurs aveuglements passionnels. Elles veulent croire au salut immédiat. Elles acclament les libérateurs avant d’examiner les blessures qu’ils apportent.


Il demeure aujourd’hui une vérité douloureuse : la chute de Mobutu ne fut pas seulement une révolution congolaise ; elle fut aussi un basculement géopolitique régional dont les conséquences continuent d’ensanglanter l’est de la République démocratique du Congo. Et tant que cette mémoire restera prisonnière des slogans, les morts continueront de marcher silencieusement derrière les intrigues politiques.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

TSHISEKEDI : ÉTAT DE DROIT ET VOLONTÉ DÉMOCRATIQUE

Il existe des moments dans la vie d’une nation où la Constitution cesse d’apparaître comme une protection et commence à ressembler à une porte verrouillée de l’intérieur. Les juristes parlent alors avec gravité de la stabilité des institutions ; mais le peuple, lui, parle avec son inquiétude quotidienne, avec son espérance, avec sa mémoire des humiliations passées. Entre le texte et la foule, entre l’encre des articles et le tumulte des marchés, lequel possède la légitimité suprême ?

Lorsque Félix Tshisekedi affirme qu’il ne recherche pas un troisième mandat, mais qu’il répondrait à l’appel du peuple si celui-ci le demandait, ses adversaires voient déjà l’ombre d’une transgression. Pourtant, une autre lecture est possible : celle d’une démocratie qui refuse d’être enfermée dans le tombeau glacé des procédures.

Car enfin qu’est-ce qu’une Constitution sinon l’expression d’une volonté populaire à un moment donné de l’Histoire ? Et si cette volonté évolue, si les circonstances changent, si une majorité de citoyens estime qu’un homme doit poursuivre son œuvre, pourquoi le texte devrait-il devenir plus sacré que ceux qu’il prétend servir ? Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans ces démocraties où l’on proclame la souveraineté du peuple tout en lui interdisant de modifier son propre destin politique.

On invoque alors la peur des dérives. On rappelle les présidents à vie, les dictatures africaines, les régimes étouffants. Certes. L’Afrique a connu les hommes qui s’accrochent au pouvoir comme des naufragés à une épave. Mais faut-il condamner toute continuité politique au seul motif que le passé fut parfois tragique ? Un peuple adulte ne peut être traité éternellement comme un enfant incapable de discerner ses intérêts.

La vérité est plus troublante. Derrière certains discours constitutionnalistes se cache, parfois, une méfiance envers le suffrage lui-même. On accepte volontiers la démocratie lorsque le peuple choisit l’alternance ; on la redoute lorsqu’il réclame la continuité. Beaucoup d’intellectuels célèbrent la volonté populaire tant qu’elle confirme leurs préférences, puis invoquent brusquement « l’État de droit » dès que cette volonté les inquiète.

Or la démocratie n’est pas seulement l’obéissance aux règles ; elle est d’abord la reconnaissance de la souveraineté collective. Une Constitution qui ne pourrait jamais être adaptée aux aspirations profondes d’un peuple finirait par devenir un objet de musée : respectable, mais séparé de la vie réelle. Les nations ne sont pas des machines administratives ; elles respirent, elles changent, elles désirent.

Dans un pays longtemps blessé par les guerres, les rébellions, les transitions inachevées et les fractures régionales, beaucoup de Congolais recherchent moins l’élégance des principes que la continuité de l’État. Ils jugent un dirigeant non à la pureté des théories politiques, mais à sa capacité de maintenir l’unité nationale, d’éviter le retour du chaos et d’incarner une espérance commune. La démocratie concrète est souvent moins philosophique que les salons où on la commente.

Il faudrait d’ailleurs poser la question avec honnêteté : qu’est-ce qui menace le plus une nation fragile ? Est-ce un président que le peuple souhaiterait reconduire ? Ou bien des alternances mécaniques imposées au nom des textes, même lorsque la population n’y croit pas profondément ? La stabilité aussi possède ses droits.

On voit dans cette querelle une vieille opposition humaine entre la loi et la vie. La loi rassure les consciences ; la vie déborde toujours les limites qu’on veut lui imposer. Les peuples, surtout lorsqu’ils traversent l’incertitude, cherchent parfois moins un système qu’une incarnation. Ils veulent reconnaître leur destin dans une voix, dans un visage, dans une continuité.

Alors oui, il peut arriver qu’une nation considère que sa volonté présente vaut davantage qu’un article rédigé autrefois. Non parce qu’elle méprise la Constitution, mais parce qu’elle estime que la source véritable de toute légitimité demeure le peuple lui-même.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

AIDER OU INVESTIR

Il y a, dans les grands sommets internationaux consacrés à l’Afrique, une étrange liturgie des mots. On y parle d’aide, de solidarité, de développement durable, comme autrefois les missionnaires parlaient du salut des âmes. Les puissances riches arrivent avec leurs statistiques comme les prêtres d’hier arrivaient avec leurs catéchismes. Elles distribuent des promesses, des plans quinquennaux, des crédits, des sacs de riz, des vaccins, des experts, des consultants, des économistes bardés de diplômes qui traversent les capitales africaines sans jamais entendre le souffle des quartiers populaires où les enfants jouent pieds nus dans la poussière.

Mais l’Afrique n’est pas seulement pauvre ; elle est humiliée par la manière même dont on prétend la secourir.

Depuis les indépendances, combien de milliards ont été annoncés avec des accents de trompettes bibliques ? Combien de conférences internationales ont proclamé la renaissance africaine tandis que les maternités demeuraient sans électricité, les universités sans bibliothèques, les routes transformées en cicatrices de boue ? À force d’aider l’Afrique sans la transformer, le monde a fabriqué une dépendance qui ressemble à une longue enfance administrée. Une partie du continent attend désormais des subventions comme certains villages attendaient autrefois la pluie. L’aide internationale, lorsqu’elle devient permanente, finit par produire une psychologie de l’assistance. Elle nourrit des bureaucraties voraces, enrichit des oligarchies locales et permet parfois aux régimes les plus médiocres de survivre à leurs propres échecs.

Le drame est là : on aide souvent l’Afrique à demeurer pauvre.

Car aider n’est pas investir. L’aide soulage ; l’investissement construit. L’aide calme momentanément la faim ; l’investissement crée des récoltes. L’aide distribue des médicaments ; l’investissement bâtit des laboratoires, des universités, des industries pharmaceutiques. L’aide maintient en vie ; l’investissement prépare l’avenir.

Pourtant, il faut se méfier aussi des nouveaux prophètes de l’investissement massif. Ils parlent désormais le langage des marchés avec la même certitude dogmatique que les anciens missionnaires parlaient celui de la civilisation. Ils ne viennent plus avec la Bible ni avec les discours humanitaires, mais avec les contrats miniers, les prêts géants et les infrastructures monumentales. Ils construisent des ports, des barrages, des autoroutes, parfois même des villes entières surgies au milieu des savanes comme des mirages de béton. Mais derrière ces chantiers éclatants se cache souvent une autre forme de conquête.

L’Afrique connaît trop bien ces investisseurs qui emportent le cuivre, le cobalt, l’or, le coltan et laissent derrière eux des villages sans eau potable. Les rails servent parfois davantage à évacuer les minerais qu’à unir les peuples. Les investissements étrangers peuvent devenir des machines silencieuses d’extraction, des empires sans drapeaux où les multinationales remplacent les anciennes puissances coloniales. Le continent risque alors de changer de maître sans changer de destin.

Voilà pourquoi la véritable question n’est pas de choisir entre l’aide et l’investissement. Elle est de savoir au service de qui ils sont organisés.

Un investissement qui ne crée pas d’écoles techniques, qui ne transfère pas de compétences, qui ne transforme pas localement les matières premières, qui ne respecte pas les travailleurs africains, n’est qu’un pillage modernisé. Mais une aide qui entretient des États prédateurs ou qui humilie les populations sous prétexte de générosité n’est qu’une charité de façade.

L’Occident aime parfois contempler l’Afrique comme une blessure éternelle afin de mieux se donner le rôle du médecin. Pourtant, le continent africain n’est pas un malade condamné ; il est un géant empêché. Sa jeunesse déborde comme un fleuve immense. Ses terres sont vastes, ses ressources innombrables, ses cultures anciennes, ses langues vibrantes, ses intelligences souvent contraintes à l’exil. Ce qui manque le plus à l’Afrique n’est peut-être ni l’aide ni l’investissement, mais une architecture morale capable de protéger le bien commun contre les prédateurs de l’intérieur et de l’extérieur.

Car il faut avoir le courage de le dire : les responsabilités africaines existent aussi. Les fortunes détournées, les élections truquées, les guerres entretenues pour le contrôle des minerais, les administrations rongées par la corruption ne sont pas des inventions étrangères. Certaines élites africaines parlent du colonialisme avec des accents de procureurs tout en reproduisant elles-mêmes les mécanismes de domination contre leurs propres peuples. Elles réclament des investissements mais placent leurs enfants dans les universités européennes ; elles dénoncent l’impérialisme tout en déposant leurs milliards dans les banques étrangères.

La tragédie africaine devient alors une immense circulation de culpabilités où chacun accuse l’autre pour éviter de se regarder lui-même.

Et cependant, malgré tout, il demeure dans les villes africaines une espérance obstinée. Elle se voit dans les marchés populaires, dans les étudiants qui lisent sous les lampadaires faute d’électricité à domicile, dans les femmes qui reconstruisent chaque matin les économies familiales, dans les paysans oubliés par les plans internationaux mais qui continuent à nourrir les nations. Cette Afrique réelle ne demande pas qu’on la plaigne. Elle demande qu’on cesse de l’enfermer dans la dépendance ou dans la prédation.

Peut-être la communauté internationale devrait-elle commencer par considérer l’Afrique non comme un objet humanitaire ni comme un simple réservoir de matières premières, mais comme une partenaire historique capable de participer pleinement à la création de la richesse mondiale.

Alors l’aide deviendrait exceptionnelle et l’investissement deviendrait humain. Alors la solidarité ne serait plus une aumône diplomatique, mais une alliance entre peuples décidés à construire ensemble un avenir moins injuste.

José Tshisungu wa Tshisungu

VISITE EN AFRIQUE DE L’OUEST

Plusieurs États de l’Afrique occidentale sont écartelés entre des urgences visibles et des blessures invisibles. On inaugure une route avec des fanfares, on coupe des rubans devant des stades éclatants de peinture neuve, on élève des statues aux héros du jour ; mais dans l’ombre des villages bambara, peul, malinké, soninké, dioula ou haoussa une autre question demeure, plus grave, plus silencieuse : qu’est-ce qui doit être sauvé d’abord ?

Il y a dans les capitales de ces pays une étrange fatigue des consciences. Les gouvernements ressemblent parfois à ces pères de famille qui, pour cacher la misère de leur foyer, achètent un costume brillant à crédit. On bâtit des échangeurs gigantesques tandis que les écoles manquent de craie ; on finance des concerts où la foule danse pour oublier sa faim ; on acclame des équipes nationales de football comme si un but marqué dans un stade pouvait effacer soixante-cinq années de dépendance économique. La musique couvre alors le bruit des chaînes invisibles.

Car la vraie question n’est peut-être pas celle des infrastructures, ni même celle des universités et écoles supérieures. La vraie question est celle de la liberté intérieure des nations. Un pays peut posséder des ponts immenses et demeurer traversé par une servitude plus profonde que les fleuves qu’il domine. Il peut avoir des ministères resplendissants et penser encore avec les mots, les rêves et les intérêts d’autrui. La dépendance économique n’est pas seulement une affaire de dettes ; elle finit par devenir une manière de respirer, presque une habitude morale. Les peuples finissent par demander la permission d’exister en dehors du franc CFA.

Pourtant, il serait injuste de mépriser les infrastructures. Une route ouvre parfois davantage qu’un territoire : elle ouvre une dignité. Une université peut devenir un sanctuaire où une jeunesse apprend à nommer le monde avec sa propre voix. Mais encore faut-il savoir quel homme l’on veut former. Car une université qui ne produit que des diplômés rêvant de fuir leur pays n’est qu’un port d’exil financé par l’État lui-même.

Et que dire des salaires des élites politiques ? Là se révèle souvent le drame moral de l’Afrique occidentale. Dans certains pays, le député roule à travers des avenues sans écoles, comme un prince traversant un royaume de cendres. Les gouvernants parlent de patriotisme depuis des hôtels climatisés où le peuple n’entre jamais. Ils invoquent le sacrifice national tout en multipliant leurs privilèges. Cette obscénité tranquille finit par détruire plus sûrement les nations que les guerres des islamistes. Un peuple pardonne longtemps la pauvreté ; il pardonne difficilement l’indifférence.

On objectera que le sport rassemble, que la musique console, que les festivals donnent une âme aux nations. C’est vrai. L’Afrique occidentale a toujours chanté au bord de ses blessures. Elle danse parfois non parce qu’elle est heureuse, mais parce qu’elle refuse de mourir. Le football, les groupes musicaux, les griots sont souvent les derniers refuges de la fraternité. Mais un gouvernement qui remplace la justice sociale par le divertissement ressemble à un médecin distribuant des fleurs dans une salle d’opération.

Alors, qu’est-ce qui est prioritaire ? Peut-être ceci : rendre aux peuples de l’Afrique occidentale la maîtrise de leur destin. Tout le reste devrait découler de cette exigence. Les routes doivent conduire à l’indépendance économique ; les universités doivent former des consciences libres ; la culture doit cesser d’être une simple imitation servile des éclats de la Seine ou de la Tamise ; les dirigeants doivent redevenir des serviteurs et non des propriétaires de l’État.

Sans cela, l’Afrique occidentale continuera de construire des palais sur une terre intérieurement colonisée. Et les peuples, comme des voyageurs perdus dans la nuit, applaudiront des lumières qui ne les réchauffent pas.

José Tshisungu wa Tshisungu

Le désert de l’opposition

Chronique d’un silence dangereux au Congo

Il est des absences plus bruyantes que les cris. Au Congo, aujourd’hui, c’est le silence de l’opposition qui résonne avec le plus d’inquiétude.
À mesure que s’approche la fin du mandat de l’actuel Président de la République, une évidence s’impose : ceux qui devraient incarner l’alternative semblent avoir déserté l’essentiel — le terrain des idées.
Où sont les programmes ?
Où sont les visions ?
Où sont les projets capables de parler au peuple autrement que par la colère , la peur ou l’injure ?
La politique, pourtant, n’est pas une improvisation. Elle est une science, un art exigeant, une discipline qui se nourrit de réflexion, d’analyse et d’anticipation. Elle s’apprend, se travaille, se construit. Mais au lieu de cela, une partie de l’opposition congolaise donne le sentiment de naviguer à vue, sans boussole, sans cap, sans profondeur.
À défaut de proposer, certains préfèrent diviser.
Et c’est là que le danger commence.
Car lorsque les idées manquent, les instincts prennent le relais.
Lorsque les programmes font défaut, les passions deviennent des armes.
Ainsi voit-on émerger des stratégies inquiétantes : instrumentalisation de l’identité, insinuations tribales, discours codés qui opposent les communautés au lieu de les rassembler. Plus grave encore, certains acteurs politiques choisissent des voies détournées pour diffuser ces tensions : financement de productions musicales ou médiatiques où, sous couvert de divertissement, s’installent des messages de rejet, de stigmatisation, parfois de haine.
L’histoire récente du Congo devrait pourtant vacciner contre ces dérives.
Les événements tragiques de 1992-1993 — ces épisodes de violences intercommunautaires qui ont meurtri durablement des régions entières — rappellent une vérité simple : la haine est un feu que l’on allume facilement, mais que personne ne contrôle une fois qu’il s’embrase.
Des familles déplacées.
Des quartiers vidés.
Des cicatrices encore ouvertes dans les mémoires.
Et malgré cela, certains semblent prêts à rejouer le même scénario, comme si la mémoire collective s’était dissoute dans l’opportunisme politique.
L’histoire mondiale, elle aussi, nous enseigne les dangers de la propagande et de la manipulation des masses. Partout où la parole politique s’est transformée en machine à désigner des ennemis intérieurs, les conséquences ont été dramatiques. Le glissement est toujours le même : d’abord les mots, ensuite les fractures, enfin les tragédies.
Aujourd’hui, au Congo, les signaux faibles existent.
La banalisation de l’injure. La normalisation du mépris.
La réduction du débat politique à des attaques personnelles ou identitaires.
Or, l’injure n’est pas un argument.
Elle est, bien souvent, l’ultime refuge de ceux qui n’ont plus d’idées à défendre.
Pendant ce temps, les véritables enjeux attendent :
l’éducation,
l’emploi des jeunes,
la sécurité,
les infrastructures,
la gouvernance économique,
la place du Congo dans un monde en mutation.
Sur ces sujets, le silence est assourdissant.
Une opposition digne de ce nom ne se définit pas par sa capacité à s’opposer, mais par sa capacité à proposer. Elle doit éclairer, structurer, offrir une alternative crédible, rassurante, mobilisatrice.
Sans cela, elle ne devient pas une force démocratique…
mais une simple caisse de résonance des frustrations.
Le Congo mérite mieux que des querelles stériles.
Le peuple congolais mérite mieux que des appels déguisés à la division.
Car au bout du compte, une question demeure, implacable :
Peut-on construire une nation en opposant ses propres enfants ?
Si l’opposition ne se ressaisit pas, elle ne sera pas seulement absente du pouvoir. Elle sera absente de l’histoire. Et une démocratie sans opposition forte et vraie n’est pas une démocratie apaisée.
C’est une démocratie fragile ,par la faute des pseudo opposants.

ZADAIN KASONGO T.

L’AMOUR DU CONGO

Depuis ce 30 juin 1960 où le soleil de l’indépendance se leva sur les eaux lourdes du fleuve, les Congolais n’ont cessé de parler à leur pays comme à une mère imprévisible, tantôt nourricière, tantôt dévorante. On croit souvent que les peuples ne savent aimer que dans le calme ; c’est faux. Les peuples aiment davantage encore dans le désastre, parce que le malheur leur arrache les paroles qu’ils taisaient dans les jours heureux.

Ce matin-là, le Congo entra dans une nouvelle histoire avec une gravité d’enfant couronné trop tôt. Les discours vibraient sous les ventilateurs des palais coloniaux ; les drapeaux nouveaux tremblaient dans l’air de Léopoldville ; et dans les villages perdus du Kasaï, du Kivu, de l’Équateur ou du Bas Congo, des hommes et les femmes levèrent les yeux vers un avenir qu’ils imaginaient immense comme le fleuve lui-même. Ils ne demandaient pas le paradis. Ils demandaient seulement que la terre leur appartienne enfin. Il y avait dans cette espérance une innocence tragique, semblable à celle des familles pauvres qui croient qu’un héritage suffira à effacer des siècles d’humiliation.

Mais l’indépendance congolaise fut aussitôt poursuivie par les vautours. Les ambitions étrangères, les rivalités ethniques, les appétits miniers et les vanités militaires transformèrent très vite la jeune nation en maison assiégée. Et pourtant, chose admirable, le peuple continua d’aimer son pays avec une fidélité que les élites elles-mêmes trahissaient souvent.
Le Congo officiel parlait parfois la langue du pouvoir ; le Congo profond, lui, parlait la langue de l’attachement.
Je songe souvent à ces femmes des marchés de Kinshasa, de Kananga ou de Matadi. Elles portent le pays sur leurs dos comme elles portent leurs enfants : sans plainte spectaculaire. Les historiens racontent les coups d’État, les rébellions, les conférences internationales ; mais qui écrira l’histoire silencieuse de ces mères qui, malgré les pillages et les guerres, continuaient à vendre quelques tomates au bord des routes pour que le Congo survive un jour de plus ? Les nations ne tiennent pas par les constitutions. Elles tiennent par la patience obscure des pauvres.
Puis vint le long règne de la peur familière. Beaucoup de Congolais apprirent à aimer leur pays en murmurant, comme on aime un parent tombé dans l’alcool ou la folie.

Sous le règne du maréchal Mobutu, les foules chantaient parfois par contrainte, mais au fond des maisons, près des radios grésillantes, une autre vérité circulait : le pays était plus vieux et plus grand que ceux qui le gouvernaient. Cette conviction empêcha le désespoir total. Car le Congo possède ce génie paradoxal : il survit toujours à ceux qui annoncent sa mort.

Et lorsque les guerres déchirèrent l’Est, lorsque les enfants apprirent trop tôt le bruit des armes, le miracle douloureux continua. On aurait pu croire que le pays finirait par se haïr lui-même. Or il se produisit l’inverse. Les chansons, les églises, les matches de football, les proverbes en lingala, en ciluba, en swahili ou en kikongo devinrent des refuges de patriotisme intime. Les Congolais se disputaient entre eux avec violence, mais qu’un étranger humilie le Congo, et aussitôt renaissait cette susceptibilité nationale presque animale, cette fierté blessée qui prouve qu’un peuple demeure vivant.

Le plus bouleversant, peut-être, est que cet amour du Congo n’a jamais dépendu de sa prospérité. D’autres patries séduisent par leur puissance ; le Congo, lui, est aimé malgré ses ruines. Voilà ce qui déconcerte les observateurs étrangers. Ils voient les routes éventrées, les promesses non tenues, les hôpitaux pauvres, les politiciens arrogants ; ils concluent avec hâte que le lien national est brisé. Ils ne comprennent pas que le Congolais porte son pays moins dans les institutions que dans la mémoire affective : le goût du manioc partagé, la voix d’une rumba dans la nuit, le fleuve aperçu au coucher du soleil, le souvenir d’un parent disparu pendant les troubles, la tombe ancestrale abandonnée derrière une ligne de front.

Le Congo est peut-être l’un des rares pays où la souffrance a renforcé l’attachement au lieu de le dissoudre. Chaque génération a cru toucher enfin l’aube ; chaque génération a connu une nouvelle obscurité. Pourtant, au matin, les enfants continuent de réciter l’hymne national dans les écoles poussiéreuses. Il faut avoir vu cela pour comprendre. Les nations véritablement mortes sont celles dont les enfants ne chantent plus.

Il existe dans l’âme congolaise une fidélité qui ressemble à la foi religieuse. Elle résiste aux présidents, aux guerres, aux frontières poreuses, aux humiliations diplomatiques et même aux trahisons internes. Cette fidélité n’est pas naïve : elle sait les crimes, les corruptions, les lâchetés.
Mais elle refuse de réduire le pays à ses blessures. Aimer le Congo, pour beaucoup de Congolais, ce n’est pas nier ses drames ; c’est croire obstinément qu’au-dessous des décombres demeure une promesse.
Et peut-être est-ce cela, au fond, le patriotisme véritable : continuer d’aimer une terre même lorsqu’elle ne vous récompense plus.

José Tshisungu wa Tshisungu

LA PENSÉE DE NOS ANCÊTRES EXPLIQUÉE (25)

« Le sommeil est comme une dette, vous finirez par payer. »

Le sommeil est un créancier silencieux de la chair. On croit lui dérober quelques heures; on s’imagine plus fort que cette humble nécessité animale ; on prolonge la lampe, on force l’esprit, on violente les paupières. Pourtant, sous cette apparente victoire de la volonté, une comptabilité secrète se tient. Le corps inscrit tout. Chaque veille excessive ajoute une ligne à ce registre obscur où s’additionnent les déficits de repos. Et vient l’instant où la nature, qui ne discute jamais ses créances, présente sa note : une lassitude épaisse, une intelligence brouillée, des gestes incertains. Alors l’homme ou la femme (des citadins ou des ruraux) découvrent que le sommeil n’était pas une faveur, mais une loi ; non un luxe qu’on s’accorde, mais un tribut qu’on doit à sa propre condition mortelle. Ce que l’on refuse de donner librement, la chair l’arrache tôt ou tard avec une souveraineté sans appel.

 Cependant, l’existence humaine n’est jamais si simple. Il y a des êtres qui semblent vivre dans une entorse continuelle à cette ordonnance du repos. Certains apprennent à fractionner leurs nuits, d’autres à survivre dans une discipline sévère où quelques heures suffisent, du moins pour un temps, à maintenir debout l’édifice fragile de leurs tâches. Le corps lui-même, soumis à l’habitude, paraît consentir à ces arrangements provisoires ; il retarde l’échéance, ajourne le châtiment, donne l’illusion d’un contrat renégocié. Et puis, tout sommeil n’a pas la même densité : une heure de paix profonde vaut parfois davantage qu’une longue nuit traversée d’angoisses. En ce sens, comparer le repos à une dette rigide serait peut-être oublier qu’il existe dans l’organisme une mystérieuse souplesse, une capacité d’accommodement, presque une diplomatie intime entre la fatigue et la volonté. Le proverbe, en parlant d’un paiement fatal et uniforme, simplifie donc cette relation mouvante où la biologie, les habitudes et les circonstances sociales introduisent d’infinies nuances.

Néanmoins, ces accommodements ne sont que des sursis. Ils ressemblent à ces indulgences que l’on obtient d’un créancier patient, non à une remise de dette. Car si l’homme peut déplacer l’heure du règlement, il ne peut supprimer le règlement lui-même. La fatigue oubliée revient avec plus de gravité ; le repos négligé réclame un jour sa restitution entière. C’est ici que la sagesse ancienne retrouve son accent de vérité : le sommeil peut être administré, réparti, amélioré, mais non supprimé de l’économie fondamentale de la vie. Il demeure ce rendez-vous inévitable où le corps exige qu’on lui rende ce qu’on lui a pris. Ainsi, la véritable prudence n’est pas de croire qu’on triomphe du sommeil, mais d’apprendre à vivre avec cette dette en homme prévoyant, sans multiplier les emprunts inconsidérés. Car le sommeil n’est pas seulement le prix de notre fatigue ; il est la condition même de notre permanence. En s’y abandonnant à temps, l’être humain ne s’humilie pas devant sa faiblesse : il consent à cette obscure justice intérieure sans laquelle aucune force durable n’est possible.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

“LE CREPUSCULE SILENCIEUX DES EQUILIBRES AFRICAINS ”

Il est des silences qui en disent long.
Et celui qui entoure aujourd’hui l’accroissement du nombre de femmes célibataires et divorcées en Afrique est peut-être l’un des plus lourds de conséquences.Car derrière ce phénomène, que certains célèbrent comme une conquête de liberté, se dessine en réalité une fracture profonde, presque invisible, mais déjà active : celle de la dislocation progressive de nos repères sociaux.


L’Afrique avance, dit-on. Mais vers quoi ?
À force de vouloir imiter des modèles venus d’ailleurs, sans en comprendre les racines ni les mutations historiques qui les ont façonnés, nos sociétés se livrent à des expérimentations hasardeuses. L’émancipation de la femme — noble en soi — se transforme parfois en une rupture brutale avec les équilibres ancestraux, comme si modernité et tradition ne pouvaient coexister.
On parle d’égalité des sexes.


Mais parle-t-on encore de complémentarité ?
On revendique l’autonomie.
Mais construit on réellement des capacités durables, fondées sur des compétences solides et une vision commune du vivre-ensemble ?
Dans cette confusion, certains repères vacillent. Le mariage n’est plus un horizon, mais une option incertaine. L’union devient fragile, provisoire, négociable. Et dans cette instabilité, les frustrations s’accumulent, les attentes deviennent irréalistes, et la quête du partenaire idéal se transforme en impasse.
Alors surgissent d’autres chemins — parfois périlleux.
La marchandisation du corps, la quête d’une beauté artificielle, l’illusion d’un pouvoir fondé sur la séduction ou la domination… autant de dérives qui promettent une victoire individuelle, mais accouchent d’un vide collectif.


Et les hommes ?
Déconcertés, souvent désorientés, ils reculent. Certains fuient leurs responsabilités, d’autres se replient dans des existences parallèles, abandonnant peu à peu leur rôle dans l’édifice familial.
Entre affirmation et confrontation, le dialogue s’efface.


Et les enfants ?
Ils grandissent trop souvent dans des structures fragiles, recomposées à la hâte, exposées à des modèles contradictoires, cherchant des repères dans un monde qui en propose de moins en moins.
Ce qui est en jeu ici dépasse la question du couple.
C’est l’âme même de la société africaine qui vacille.
Car une société ne tient pas seulement par ses institutions, mais par ses liens invisibles : la famille, la transmission, la responsabilité partagée.


La modernité ne devrait pas être une rupture, mais une continuité éclairée.
Alors la question demeure, insistante, presque urgente :
l’Afrique peut-elle évoluer sans se renier ?
Ou continuera-t-elle à avancer en perdant, pas à pas, ce qui faisait sa force ?

Professeur Dr. WEMBONYAMA Okitotsho Stanislas (WOS)

« Le théâtre vide des ambitions creuses »

“Opposition congolaise ”


Il faut cesser de tourner autour du pot.
L’opposition congolaise, aujourd’hui, n’est pas en crise.
Elle est en faillite.
Faillite des idées.
Faillite du courage.
Faillite de la responsabilité.
À l’approche d’une échéance politique majeure, là où l’on devrait entendre des voix fortes, voir émerger des projets solides, assister à un foisonnement d’idées…
il n’y a rien.
Rien, sinon du bruit.
Rien, sinon des querelles.
Rien, sinon du vide.
Une opposition sans programme, c’est une illusion.
Une opposition sans vision, c’est un danger.
Au lieu de construire, elle détruit.
Au lieu d’éclairer, elle obscurcit.
Au lieu d’unir, elle fracture.
Et quand elle ne sait plus parler au peuple, elle parle aux instincts les plus bas.
Alors on attise les tensions ethniques.
Alors on souffle sur les braises identitaires.
Alors on finance, dans l’ombre, des relais culturels — chansons, discours, slogans — où la politique se transforme en poison lent.
C’est cela, aujourd’hui, la stratégie ?
Remplacer les programmes par des refrains haineux ?
Substituer la réflexion par l’insulte ?
Triste naufrage.
Car la haine est une arme primitive :
elle ne construit rien,
elle ne propose rien,
elle ne gouverne rien.
Elle détruit. Toujours.
Et l’histoire congolaise l’a déjà prouvé.
Les violences de 1992-1993 n’étaient pas une fiction.
Elles étaient réelles.
Brutales.
Dévastatrices.
Des populations traquées.
Des communautés brisées.
Des mémoires encore hantées.
Et pourtant, aujourd’hui, certains jouent avec les mêmes allumettes,
comme des enfants inconscients dans une poudrière.
Faut-il rappeler que ceux qui hier excitaient les foules
ont souvent fini dans le silence… ou dans le regret ?
Mais la mémoire politique congolaise semble courte.
Dramatiquement courte.
On insulte.
On provoque.
On divise.
Parce que c’est plus facile que de penser.
Parce que c’est plus rentable que de travailler.
Parce que c’est plus immédiat que de construire.
Pendant ce temps, les vrais problèmes restent intacts :
le chômage explose,
les jeunes désespèrent,
les infrastructures stagnent,
l’État peine à convaincre.
Et face à cela, que propose l’opposition ?
Des slogans.
Des colères.
Des fantasmes.
Rien qui ressemble à un projet de société.
Alors posons la seule question qui vaille :
veut-on gouverner… ou simplement exister dans le vacarme ?
Car un pays ne se dirige pas avec des insultes.
Il ne se construit pas avec des haines recyclées.
Si l’opposition congolaise ne se réinvente pas,
elle ne sera pas seulement inutile.
Elle deviendra complice du chaos qu’elle prétend dénoncer.


ZADAIN KASONGO T.

REFONDER L’OPPOSITION CONGOLAISE

« De la contestation à la construction”

Le débat démocratique congolais traverse une phase critique.
À l’approche d’échéances politiques importantes, une interrogation légitime s’impose : l’opposition joue-t-elle pleinement son rôle ?
Force est de constater que des insuffisances existent.
La première concerne le déficit de propositions structurées. Trop souvent, la critique du pouvoir en place ne s’accompagne pas d’alternatives claires. Or, dans toute démocratie, une opposition crédible ne se limite pas à contester : elle doit offrir une vision, un projet, une direction.
La deuxième faiblesse réside dans la personnalisation excessive du débat politique. Les attaques ciblées, les discours émotionnels et parfois identitaires prennent le pas sur les enjeux de fond. Cette dérive fragilise la qualité du débat public et détourne l’attention des priorités nationales.
Enfin, certaines formes d’expression — notamment à travers des canaux informels ou culturels — peuvent contribuer, volontairement ou non, à amplifier des tensions sociales, voire communautaires. Dans un pays marqué par des épisodes douloureux de conflits internes, cette tendance mérite une vigilance particulière.
Mais au-delà du constat, l’essentiel reste à construire.

  1. Repenser la production politique
    L’opposition doit investir dans l’élaboration de programmes solides, fondés sur :
    • des données économiques fiables
    • des diagnostics sectoriels précis
    • des objectifs mesurables
    Par exemple : proposer un plan chiffré de création d’emplois pour les jeunes, ou un programme concret de réforme du système éducatif.
  2. Former une nouvelle génération politique
    La politique ne peut plus être improvisée.
    Il devient essentiel de :
    • créer des écoles de formation politique
    • renforcer les compétences en gouvernance, économie et droit public
    • encourager l’émergence de profils techniques, au-delà des figures traditionnelles
  3. Sortir des logiques identitaires
    Le recours aux discours ethniques ou communautaires constitue une impasse.
    L’opposition gagnerait en crédibilité en développant un discours national inclusif, capable de rassembler au-delà des appartenances tribales.
  4. Structurer une communication responsable
    Les artistes, les médias et les influenceurs jouent un rôle clé dans la formation de l’opinion.
    Plutôt que d’être des vecteurs de tensions, ils peuvent devenir des relais de sensibilisation sur :
    • la citoyenneté
    • la cohésion sociale
    • les enjeux de développement
  5. Redonner confiance aux citoyens
    Une opposition efficace est celle qui inspire confiance.
    Cela passe par :
    • la transparence
    • la cohérence des discours
    • la constance dans les engagements

Le Congo ne manque ni de talents, ni d’intelligence, ni de ressources humaines. Ce qui fait défaut aujourd’hui, c’est une structuration cohérente de l’alternative politique. L’opposition a donc un choix à faire :
rester dans une posture de contestation dispersée,
ou devenir une véritable force de proposition.

Car au final, une démocratie ne se mesure pas seulement à la qualité de son pouvoir…mais aussi à la solidité de son opposition. Présentement il n’y a pas d’opposition ,elle a été laminée, décimée réduite à néant par l’autre force en face. Incapable de se réinventer, elle s’enterre elle même par incapacité de se réinventer. Mais aussi par l’usage de l’injure comme arme de conquête du pouvoir. Une opposition sans vision, préoccupée par le tribalisme. Elle ne fait qu’accuser sans jamais rien proposer.

ZADAIN KASONGO T.