Accueil Blog

LA BELGIQUE AU BORD D’UN INCENDIE SOCIAL ?

Quand les exclus du chômage frappent aux portes des CPAS (Centres Publics d’Action sociale)

Il existe des crises qui commencent par des explosions et d’autres qui commencent par des files d’attente.

La Belgique appartient peut-être à cette seconde catégorie.

Pendant que les débats politiques se poursuivent dans les parlements, que les partis négocient, que les experts calculent et que les responsables publics rivalisent de formules savantes, une autre Belgique avance silencieusement dans les couloirs des CPAS(Centre Public d’action Sociale) Elle est moins visible, moins spectaculaire, mais elle porte sur ses épaules une question que personne ne pourra éternellement repousser : que devient celui qui n’a plus droit au chômage, mais qui n’a pas encore retrouvé le chemin de l’emploi ?

La question n’est pas théorique.

Elle possède des visages.

Celui du travailleur licencié après des années de fidélité à son entreprise. Celui de la femme qui a connu les contrats temporaires, les interruptions et les emplois précaires. Celui du quinquagénaire dont l’expérience professionnelle ne suffit plus à convaincre un employeur à la recherche d’un profil plus jeune. Celui encore du demandeur d’emploi qui envoie des dizaines de candidatures et reçoit, invariablement, le même silence.

Puis vient la lettre.

Quelques lignes administratives peuvent parfois bouleverser une existence entière.

Vous êtes exclu du bénéfice des allocations de chômage.

Le vocabulaire administratif est précis. La réalité humaine, elle, est beaucoup plus brutale.

Car perdre une allocation n’est pas simplement perdre une ligne dans un budget mensuel. C’est parfois perdre la possibilité de payer son loyer sans inquiétude, de remplir correctement son réfrigérateur, d’aider un enfant, de régler une facture imprévue ou simplement de dormir tranquillement.

Alors commence le chemin vers le CPAS.

Le CPAS, dans cette situation, devient le dernier quai d’une gare sociale où arrivent ceux que le train du marché de l’emploi n’a pas voulu reprendre.

Mais combien de voyageurs ce quai peut-il encore accueillir ?

Voilà la question que la Belgique devrait avoir le courage de poser.

LA RÉFORME ET SES CONSÉQUENCES

On peut comprendre la volonté politique de réformer le système du chômage, d’encourager le retour à l’emploi et d’éviter qu’une situation temporaire ne devienne permanente.

Mais une politique publique ne peut être jugée uniquement à l’intention qui la porte.

Elle doit aussi être jugée à ses conséquences.

Si l’on réduit la durée d’une protection sans créer parallèlement suffisamment de possibilités réelles de retour vers l’emploi, on ne supprime pas nécessairement la pauvreté : on peut simplement déplacer la pauvreté d’une institution vers une autre.

Du chômage vers le CPAS.

D’une administration vers une autre.

D’une ligne budgétaire vers une autre.

Et surtout, d’une forme de précarité vers une autre.

La question devient alors presque philosophique : avons-nous réellement résolu un problème lorsque nous avons simplement changé l’endroit où il apparaît ?

LE CPAS N’EST PAS UNE POUBELLE SOCIALE

Il faut le dire avec force.

Le CPAS n’est pas une poubelle où la société déposerait ceux que le marché du travail n’a pas réussi à intégrer.

Ses travailleurs sociaux ne sont pas des comptables de la misère. Ils rencontrent des êtres humains, évaluent des situations complexes, accompagnent des familles, recherchent des solutions et tentent de préserver ce qui peut encore l’être.

Mais les CPAS ne sont pas des institutions miraculeuses.

Ils ne peuvent pas, à eux seuls, réparer les défaillances du marché du travail, absorber toutes les conséquences des réformes sociales et devenir simultanément les gardiens de la dignité des personnes fragilisées.

Le risque est donc évident : transformer les CPAS en amortisseurs permanents d’une politique de l’emploi qui n’aurait pas suffisamment anticipé ses propres conséquences.

Ce serait demander à ceux qui réparent les fissures de supporter le poids de tout l’édifice.

LA BELGIQUE N’EST PAS UNE ÎLE

La Belgique regarde l’Europe et pourrait être tentée de croire que les troubles sociaux qui apparaissent ailleurs ne la concernent pas.

Ce serait une illusion.

L’Europe entière traverse une période de profonde transformation. Les classes populaires s’interrogent. Les classes moyennes s’inquiètent. Les jeunes doutent. Les travailleurs redoutent la précarité. Les retraités surveillent leurs dépenses. Les familles découvrent que le logement, l’énergie, l’alimentation et les services essentiels pèsent de plus en plus lourd dans leur quotidien.

Les incendies européens ne prennent pas toujours la forme de barricades.

Ils commencent parfois dans l’esprit des citoyens.

Par une frustration. Puis une lassitude. Puis une colère.

Et enfin une perte de confiance.

Une démocratie peut supporter beaucoup de choses. Elle supporte moins facilement le sentiment croissant d’injustice.

Car lorsque celui qui travaille a le sentiment de ne plus pouvoir vivre correctement de son travail, lorsque celui qui cherche un emploi a le sentiment que personne ne veut de lui et lorsque celui qui tombe dans la précarité a le sentiment que la société le considère comme un poids, quelque chose de plus profond que les statistiques commence à se fissurer.

Le contrat moral entre le citoyen et la société.

MESSIEURS LES RESPONSABLES POLITIQUES…

Il ne suffit donc pas de proclamer que chacun doit retrouver un emploi.

Encore faut-il que les emplois existent.

Il ne suffit pas de demander davantage d’efforts aux demandeurs d’emploi.

Encore faut-il examiner les obstacles qui se dressent devant eux.

Il ne suffit pas de réformer les allocations.

Encore faut-il mesurer les conséquences de ces réformes sur les CPAS, les communes, les familles et les finances publiques.

Et surtout, il ne suffit pas de déplacer les chiffres.

Il faut résoudre les problèmes humains qui se cachent derrière les chiffres.

La politique n’est pas l’art de rendre les statistiques présentables.

Elle devrait être l’art de rendre la vie des citoyens plus supportable.

LE SIGNAL D’ALARME

La Belgique n’est pas en ruine.

Ses institutions demeurent solides. Son économie possède des ressources considérables. Son système de protection sociale reste l’un des piliers historiques de son modèle de société.

Mais précisément parce que le pays dispose encore de moyens importants, il serait dommage d’attendre que les difficultés deviennent explosives pour agir.

Une société intelligente n’attend pas que l’incendie atteigne le toit pour chercher un extincteur.

Elle surveille l’étincelle. Elle écoute les signaux faibles. Elle regarde les files d’attente. Elle écoute les travailleurs sociaux. Elle entend les demandeurs d’emploi. Elle regarde les familles qui commencent à renoncer à certaines dépenses essentielles. Et surtout, elle comprend qu’une personne qui tombe dans la précarité aujourd’hui peut devenir demain une charge beaucoup plus lourde pour la collectivité si aucune politique de réinsertion sérieuse n’est mise en place.

Voilà pourquoi la Belgique doit se garder de toute facilité.

Réformer, oui. Abandonner, non.

Encourager le retour à l’emploi, certainement.

Mais punir indistinctement ceux qui ne parviennent pas à retrouver un emploi serait une autre affaire. Car il existe une différence fondamentale entre refuser de travailler et ne pas parvenir à retrouver du travail.

La politique devrait avoir suffisamment de discernement pour ne pas confondre les deux.

L’AVENIR SE TROUVE AUSSI DANS LES FILES DES CPAS

Un pays se juge parfois moins dans ses palais que dans ses salles d’attente.

La Belgique devrait donc regarder attentivement ce qui se passe dans ses CPAS. Non par peur. Mais par responsabilité.

Car derrière chaque personne qui franchit aujourd’hui la porte d’un CPAS se trouve peut-être le visage d’une Belgique de demain.

Une Belgique plus solidaire ? Ou une Belgique plus divisée ?

Une Belgique où le travail demeure une voie vers l’autonomie ?

Ou une Belgique où l’exclusion devient progressivement une nouvelle catégorie sociale ? La réponse ne se trouve pas seulement dans les discours des gouvernements. Elle se trouve dans les décisions prises aujourd’hui.

L’histoire sociale nous enseigne une vérité simple : les grandes fractures commencent souvent par de petites injustices que l’on a trop longtemps considérées comme supportables.

Alors, Messieurs et Mesdames les responsables politiques, regardez les files des CPAS. Écoutez ce qu’elles racontent.

Car il arrive qu’une file d’attente soit aussi un bulletin de vote silencieux.

Et parfois, avant que la société ne parle dans les urnes, elle commence par parler dans les salles d’attente.

La Belgique a encore le choix.

Elle peut considérer ces files comme un simple problème administratif.

Ou comprendre qu’elles constituent peut-être l’un des avertissements sociaux les plus sérieux de notre époque.

À bon entendeur, salut.

ZADAIN KASONGO T.

LA RÉPUTATION DE LA RDC

Il y a des passeports qui ouvrent des portes et d’autres qui commencent par les fermer. Le passeport congolais appartient trop souvent à cette seconde catégorie. Celui qui le tend à un agent d’aéroport occidental découvre alors une vérité que les discours officiels de Kinshasa s’acharnent à dissimuler : une réputation nationale voyage avec son titulaire.

Je ne parle pas ici de la dignité du Congolais. Celle-là, heureusement, ne dépend d’aucun tampon administratif. Je parle de cette chose plus légère et plus cruelle qu’est la réputation d’un État. Elle précède parfois le voyageur, s’installe dans le regard de celui qui le contrôle et transforme un simple document de voyage en objet de soupçon.

Pourquoi ce regard ? Il serait trop commode d’accuser seulement l’étranger de racisme, de mépris ou de condescendance. Il faudrait d’abord avoir le courage de nous demander ce que nous avons fait de notre propre nom.

Depuis des décennies, la République démocratique du Congo promène derrière elle un interminable cortège de scandales, de fraudes, de guerres, de corruptions, de frontières poreuses, de crises politiques et de promesses jamais tenues. L’époque de Mobutu a laissé dans la mémoire internationale le souvenir d’un État dont les institutions avaient été transformées en instruments de prédation. Les guerres qui ont suivi, ainsi que les controverses et les soupçons entourant les différents pouvoirs issus de cette longue crise, ont ajouté à cette image celle d’un pays vulnérable, disputé, humilié, incapable de faire respecter partout son propre récit.

Et nous voudrions que le douanier n’en sache rien ?

Il faudrait alors que nous soyons nous-mêmes capables d’oublier ce que nous savons.

Le plus triste est que le Congolais ordinaire paie souvent pour des fautes qu’il n’a pas commises. Il n’a ni pillé le Trésor public, ni organisé une guerre, ni détourné les ressources nationales. Il n’a parfois même jamais mis les pieds dans les bureaux où se fabriquent les catastrophes nationales. Pourtant, lorsqu’il arrive dans un aéroport, il peut avoir le sentiment de devoir répondre silencieusement de tout ce que son pays a laissé devenir.

Voilà le paradoxe cruel : l’individu porte une réputation qu’il n’a pas fabriquée.

À cette réputation politique s’ajoute une autre : celle d’un pays régulièrement associé aux épidémies, aux catastrophes sanitaires et aux situations d’urgence. Ici encore, le citoyen ordinaire devient l’ambassadeur involontaire d’une image qu’il n’a pas choisie. Il suffit parfois d’un foyer épidémique, d’une mauvaise communication ou d’un reportage alarmiste pour que toute une population soit enveloppée dans une suspicion sanitaire qui dépasse infiniment la réalité individuelle.

Mais il existe une autre maladie, moins visible et peut-être plus dangereuse : celle que nous fabriquons nous-mêmes.

Nous avons développé au Congo une étrange passion pour la destruction de notre propre réputation. Sur les réseaux sociaux, dans certains médias et jusque dans les conversations ordinaires, des informations invérifiées circulent avec une vitesse qui ferait pâlir les anciens propagandistes. La rumeur devient expertise ; l’insinuation devient preuve ; l’accusation devient vérité par la seule répétition.

Et l’État regarde.

Il regarde souvent comme un homme qui aurait renoncé à fermer sa porte parce qu’il ne sait plus qui, de ses voisins ou de ses ennemis, vient lui demander asile.

Un État sérieux ne peut pourtant pas abandonner son espace informationnel à la rumeur. La liberté d’expression n’est pas la liberté de mentir impunément, pas plus que la critique du pouvoir n’est un permis de fabriquer des faits. La lutte contre la désinformation doit cependant s’exercer dans le respect du droit, sans devenir un prétexte à étouffer les journalistes, les chercheurs ou les citoyens critiques. C’est précisément parce que la réputation d’un pays est une chose fragile qu’elle exige davantage de vérité, non davantage de propagande.

Car une nation ne reconquiert pas son honneur en criant qu’elle est honorable.

Elle le reconquiert en devenant honorable.

Voilà ce que nos gouvernements successifs semblent avoir parfois oublié. Ils veulent améliorer l’image du Congo sans toujours vouloir améliorer ce qui produit cette image. Ils cherchent des slogans lorsque le pays aurait besoin d’institutions ; des campagnes de communication lorsqu’il faudrait des résultats ; des discours patriotiques lorsqu’il faudrait une administration capable de faire respecter la loi.

La réputation internationale d’un État n’est pas une affiche publicitaire. Elle est le miroir, souvent cruel, de sa conduite.

Et le Congolais qui présente son passeport à un guichet étranger n’est pas seulement contrôlé par un fonctionnaire. Il rencontre, en quelques secondes, toute l’histoire récente de son pays.

C’est peut-être cela, la tragédie la plus intime de notre mauvaise réputation : elle transforme chacun de nos citoyens en témoin silencieux des fautes de la République.

Il faudrait donc cesser de demander au monde de changer de regard avant de nous demander ce qui, dans notre propre conduite, nourrit ce regard.

Le Congo ne manque ni de grandeur, ni d’intelligence, ni de richesses, ni de citoyens capables de le servir dignement. Ce qui lui manque trop souvent, c’est cette discipline morale par laquelle une nation décide enfin de ne plus être l’auteur de sa propre humiliation.

Un jour, peut-être, le passeport congolais cessera d’être accueilli comme une question.

Ce jour-là, il ne faudra pas remercier la propagande.

Il faudra remercier l’État de droit, la vérité, la compétence et le temps.

Car les réputations, comme les consciences, ne se blanchissent pas avec des discours. José Tshisungu wa Tshisungu

QU’EST CE QUI OBLIGERAIT L’HOMME CONGOLAIS À ÊTRE PLUS RESPONSABLE DU SORT DE LA RDC ET DES CONGOLAIS ?

L’histoire de l’Afrique, la RDC comprise, a depuis plus de cinq cents ans émaillé d’épreuves douloureuses ayant pour beaucoup influé sur le cours de son développement. La traite des esclaves noirs a fortement déstabilisé l’Afrique tout en la vidant de la force de ses bras mis à profit ailleurs par les négriers, notamment en Amérique. La colonisation qui s’ensuivit vint procéder au partage de l’Afrique à la Conférence de Berlin (1884-1885) pour l’exploitation de ses ressources naturelles au profit de puissances coloniales de l’époque. Et malgré la proclamation des indépendances au profit des États africains, les anciennes puissances hégémoniques et d’autres n’ont jamais manifesté la volonté de lâcher prise sur l’Afrique et ses ressources vitales, revenant en force dans un élan néocolonialiste impitoyable qui ne laisse aucun temps de répit aux Etats africains pour développer leurs pays comme il se doit en fonction de ressources naturelles qu’ils détiennent.

L’intérêt de notre démarche est de chercher à comprendre comment les africains, et en l’occurrence les congolais ont pu d’hier à aujourd’hui réagir à l’exploitation chaque fois leur imposée de l’extérieur.

Dans le but d’étayer nos propos, nous allons en grandes lignes aborder les points suivants : le déterminisme comme solution unique pour ne pas disparaître ; le rôle des uns et des autres dans la défense de la RDC ; des sonnettes d’alarme négligées ; pour un recours à de valeurs traditionnelles africaines afin de juguler des déficits de conscience nés d’un échec de métissage culturel ; et une brève conclusion.

I.LE DÉTERMINISME : UNIQUE MOYEN POUR NE PAS DISPARAITRE.

1.LA RÉSISTANCE DES CONGOLAIS D’HIER FACE À L’OPPRESSION VENUE DE L’EXTÉRIEUR.

La traite des esclaves noirs ne fut pas tolérée, notamment dans le royaume Kongo où le mani kongo dut protester vigoureusement, mais sans succès,à travers ses ambassades accréditées auprès de la cour du Portugal et auprès du Vatican.

Dans un volte-face contre la domination des portugais imposée par la supériorité des armes à feu, tous les dirigeants politiques du royaume Kongo se levèrent à l’unanimité et allèrent combattre les portugais à la bataille d’Ambuila en 1665, où mourut toute la classe dirigeante du royaume.

Plus révélateur encore du refus d’être subjugués par les étrangers, malgré leur faiblesse,fut à l’époque de la traite négrière dans le royaume Kongo, le sacrifice suprême enduré par Dona Béatrice, de son véritable nom Kimpa Vita, qui disait à ses congénères que l’heure allait venir où les autochtones allaient reprendre en main la direction du destin de leur peuple. Ce qui ne dut pas plaire aux portugais qui, sans jouir de la légitimité populaire, détenaient tout de même l’imperium, le pouvoir de commandement leur conféré par la supériorité des armes à feu, qui ordonnèrent que Kimpa Vita fusse brûlée vive sur un bûcher à la manière de Jeanne-d’arc à Rouen. Des sources émanant du milieu de l’Eglise catholique romaine ne s’éloignent pas de cette volonté indépendantiste affichée par Kimpa Vita, en rapportant sur base des données d’archives que Kimpa Vita avait délibérément voulu troubler l’ordre public établi par la congrégation des Spiritains dans le royaume Kongo à l’époque, en annonçant qu’en songe elle avait vu Saint Antoine lui révéler que désormais la foi et les prières chrétiennes devaient être rendues selon un rituel purement africain. De ce fait elle fut condamnée par les Spiritains à subir la très brutale sanction de l’autodafé pour avoir selon eux voulu initier et entretenir une hérésie.
La colonisation belge fut un choc tout aussi brutal que la traite des esclaves noirs, qui ne purent jouir d’aucune considération humaine de la part de l’homme blanc.Et l’histoire politique de la colonisation belge du Congo constitue sans doute un parcours jonché de révoltes ça et là initiées à l’un ou l’autre moments ( notamment celles dites des tetela, des Basanga dans le Katanga, des Topoke de la Province orientale, des Mbuza à l’Equateur, celle des Pende dans l’actuelle province du Kwilu,etc.) qui témoignent de la volonté de résistance des congolais de l’époque à la façon de voir et d’organiser les affaires intérieures émanant du pouvoir colonial belge.Et nous ne pouvons clore ce volet sans évoquer les martyrs de l’indépendance du 4 janvier 1959 à Léopoldville,dont le sacrifice suprême a dû constituer le détonateur ayant conduit la Belgique à mettre fin à la colonisation belge en accordant l’indépendance du Congo le 30 juin 1960.

Une mention toute particulière mérite d’être soulignée à l’endroit du patriarche Simon Kimbangu, référence de la résistance et du don de soi à la cause de la libération de l’homme noir de tous les liens d’asservissement. Il fut condamné, emprisonné, déporté jusqu’à sa mort à Elisabethville ( Lubumbashi), non pas pour une infraction personnelle quelconque, mais tout simplement parce qu’il avait osé déclarer  » qu’un jour les noirs seront des blancs, et des blancs seront des noirs  ». Ce qui en réalité signifiait dans l’entendement du pouvoir colonial belge une fin éventuelle, alors insupportable, de tous les avantages que la colonisation belge du Congo procurait à la Belgique.

La préoccupation majeure à cette étape de notre démarche conduit à nous demander – même si comparaison n’ est pas raison – pourquoi les congolais d’hier qui nous ont légué la RDC comme héritage, avec peu ou pas d’instruction du tout, ont résisté du mieux qu’ils pouvaient, afin de s’affirmer comme des hommes dignes de considération, disposant en commun de valeurs à défendre, tandis que les générations présentes de congolais, suffisamment ouvertes à la culture universelle,qui en leur sein disposent des élites intellectuelles de très haut niveau, peuvent être en train de se fourvoyer en sens divers, sans unanimité autour de grandes questions existentielles qui au vu et au su de tous menacent l’intérêt supérieur de la RDC ? C’est ce que nous allons voir dans ce qui suit.

2.LES DÉFIS D’AUJOURD’HUI ET DE DEMAIN ET L’EXIGENCE D’UN SENS PATRIOTIQUE TRÈS ÉLEVÉ DE LA PART DES CONGOLAIS.

Du point de vue existentiel, les défis d’aujourd’hui et de demain auxquels la RDC se trouve confrontée se résument à mon humble avis en deux groupes :
1°) lutte contre l’invasion économique qui en douce pénètre en RDC sans bruit de bottes, à travers des contrats léonins ou pas de contrat du tout, de la part de multinationales et même des particuliers cherchant à étendre leur influence sur toutes les sphères de l’économie de la RDC, sur le dos du plus grand nombre de congolais qui n’y voient que du feu ! Dans les faits, c’est celui qui contrôle l’économie qui a la mainmise sur l’orientation économique du pays, qui influe sur les décisions politiques à prendre. Pourtant c’est aux congolais que revient la lourde responsabilité souveraine, reprise par un serment dans l’hymne national de la RDC, de posséder et bâtir la RDC.
2°) lutte contre l’infiltration et la balkanisation de la RDC, soutenue par les ennemis de la RDC, qui ne veulent pas d’un pays uni et calme, susceptible de devenir prospère et puissant et d’entraîner à sa suite le processus de développement de l’Afrique, qui en spirale aurait pour conséquence éventuelle la rupture de ravitaillements en matières premières destinées aux industries des grandes puissances.

Il.LE RÔLE ATTENDU DES UNS ET DES AUTRES DANS LA DÉFENSE DE LA RDC.

En fonction du degré de maîtrise des questions qui se posent à la RDC et du degré de la responsabilité qu’ils ont à assumer dans la société congolaise, il y a lieu de distinguer en deux groupes les congolais qui en réalité ne sont pas logés à la même enseigne : d’un côté les gens du peuple, qui ne comprennent rien à la marche du pays par rapport à la marche du monde, ou d’autres qui comprennent partiellement les choses mais sans lien de causalité entre elles, et qui tous finissent les uns et les autres par croire au fatalisme dans tout ce qui arrive à leur pays, oubliant qu’ils ont certainement un rôle à jouer pour faire avancer le pays ; et de l’autre côté des élites intellectuelles et politiques, instruites, ayant la compréhension des tenants et aboutissants de toutes choses par la connaissance pertinente de la marche du pays par rapport à la marche du monde.

1.L’ATTITUDE AMBIVALENTE DES GENS DU PEUPLE.

Les gens du peuple qui en RDC n’ont cessé de gémir de la colonisation belge à l’indépendance, qui crient constamment d’être abandonnés à leur triste sort, de ne pas être associés à la jouissance de retombées qu’offre la mise en valeur des ressources considérables de leur pays – dans un pays riche aux habitants paradoxalement pauvres – sont par contre ceux qui n’exercent, pas encore comme il se doit, leur pouvoir en tant que souverain primaire, qui en principe accorde le pouvoir à ceux qui par délégation dirigent la RDC.! La plupart de leurs votes sont bradés à vil prix, moyennant des histoires de pacotille ou de promesses fallacieuses liées à des sentiments ethniques, tribaux ou à des fréquentations partisanes. En conséquence, ils se rendent incapables de veiller d’un œil soutenu et à l’unanimité, sur la conduite des affaires de l’État. Ils ferment les yeux même sur des fraudes inquiétantes, allant jusqu’à apporter du soutien massif à de mandataires fautifs surpris en flagrant délit ! Drôle aussi est le fait d’entendre dire que des congolais, qui veulent que l’État congolais réponde le plus possible aux attentes du peuple,se soient délibérément permis ça et là d’arracher et voler des tuyaux de conduite d’eau, des câbles de courant électrique, des graviers, moellons et autres matériaux de construction des routes, des ponts… Une chose et son contraire !

Mais il est par contre à saluer avec fierté, l’éveil patriotique des gens du peuple, qui semble monter en puissance beaucoup plus que celui des élites intellectuelles et politiques, qui elles semblent le plus souvent avoir la tête dans les nuages du confort et des intérêts personnels à atteindre que dans la recherche de réponses aux attentes du peuple congolais qu’ils prétendent tous vouloir servir.

Trompés à deux reprises par l’Afdl, cheval de Troie ayant permis aux rwandais et ougandais d’occuper la RDC, et aussi par leur retour en force avec le Rcd et le Mlc – toujours pour des fausses promesses de démocratie et de bien-être général – les jeunes de l’Est de la RDC ont commencé à ouvrir l’œil, le bon, quand à l’avènement du CNDP et du M23 ils ont intuitivement compris après des tueries de congolais et des pillages perpétrés par les hommes de paille de Kagame, qu’ils étaient en danger d’extermination, d’épuration ethnique pour une création graduelle d’un tutsiland ! Les patriotes wazalendo ont largement contrecarré les projets ambitieux déplacés de Kagame. Sans plus aller volontairement renflouer les rangs des troupes rwandaises d’invasion, ils se sont farouchement placés en face des proxies de Kagame pour les combattre.

Il reste permis de croire que si le même esprit de fierté, d’amour propre, de résistance patriotique, pouvait s’emparer de tous les congolais de l’Est de la RDC, l’affairisme odieux qui par ruse les oblige encore d’apporter un soutien malicieux aux rwandais, ADF et autres, s’essoufflerait peu à peu pour céder place à une paix durable. Car des troupes ennemies ne peuvent tenir dans la durée rien qu’avec des ravitaillements fournis à distance, et sans aucune collaboration, même minime, des autochtones.

2.L’ECHEC DÉPLORABLE DES ÉLITES POLITIQUES CONGOLAISES À CONDUIRE LA RDC.

La faillite depuis longtemps décriée de la société congolaise repose pour une très large part sur les épaules des élites politiques congolaises, auxquelles le peuple congolais a abandonné tout le pouvoir entre les mains, et qui de ce fait en ont largement fait à leur tête et sans aucun souci de redevabilité.

Ce sont les élites politiques congolaises qui pour la plupart en RDC – à défaut de former le peuple dans leurs partis politiques,du pouvoir comme de l’opposition, à maîtriser le fonctionnement de l’appareil de l’État, la compréhension des évènements marquants dans le monde, afin qu’il se situe dans le temps et dans l’espace, de manière à saisir quels sont les droits et devoirs exigés de chacun des congolais et de quel côté se situerait son intérêt – prennent le vilain plaisir de le maintenir dans l’obscurantisme, en otage, pour l’asservir à leurs besoins personnels, qu’il fût-ce au moyen de l’exaltation inutile de divisions tribales, ethniques !

Ce sont des élites politiques congolaises et leurs subalternes qui au pouvoir mettent impunément main basse sur les ressources matérielles et financières de l’État afin d’en faire un usage personnel ; qui en vue de siphonner des sous à l’État congolais postulent un seul individu à différents postes de responsabilité politique ( présidence de la république, sénat, députations nationale et provinciale)… avec toutes les magouilles qui en découlent en cas de réussite aux élections !

Ce sont ces élites politiques qui dans l’opposition, même sans disposer d’aucun mandat électif conféré par le peuple congolais ou même brandir un projet alternatif crédible, s’agitent comme de beaux diables, cherchent à contourner la volonté du peuple congolais et accéder au pouvoir au moyen de conciliabules improvisées, et même en faisant corps avec l’invasion extérieure ! Pourquoi des leaders politiques congolais, qui prétendent aimer et vouloir servir la RDC et leurs compatriotes, étaient-ils offrir servilement leurs services à Paul Kagame afin de faire de l’invasion de la RDC une banale affaire congolo-congolaise? Pourquoi l’opposition politique congolaise interne se fait-elle tourner en bourrique en devenant une caisse de résonance des proxies de Kagame,campe-t-elle sur les mêmes revendications ( dialogue, constitution), alors même qu’ils savent que la paix durable à l’Est de la RDC ne devrait pas provenir de la, parce que Paul Kagame – qu’ils ne peuvent oser contrarier – ne cesse de clamer tout haut que Goma, Bukavu… font partie de ses problèmes, que chercher à anéantir le M23 c’est chercher à éteindre le Rwanda ?

Plus grave encore est cette trahison de sang froid, entretenue par des officiers supérieurs de nos forces armées qui comme jamais vu ou entendu – contre le serment, la discipline militaire et l’esprit d’équipe – ont tour à tour délibérément sacrifié la vie de leurs compagnons d’armes dans des embûches programmées ; ont volontairement abandonné du terrain à l’ennemi, des armes et munitions… juste en vue d’acquérir des richesses personnelles tout aussi éphémères que la vie d’un homme sur la terre !

Que dire encore de toutes les cabales montées contre la RDC, qui remontent les filières de l’infiltration jusqu’à atteindre les arcanes du pouvoir de Kinshasa ! Non, congolais de la RDC, nous sommes tombés au plus profond de la déchéance morale, qui à son tour entraîne à sa suite la déchéance de la vie politique et économique de la RDC.
Tous les regards objectifs au pays et à l’étranger convergent, à mon humble avis, à reconnaître que le régime de Félix Tshisekedi, contrairement à ceux qui l’ont précédé au cours des trente dernières années, amorce un nouveau départ, celui de la renaissance de la RDC.

Le régime de Félix Tshisekedi constitue une étape charnière,marquante de l’histoire politique de la RDC, qui sur tous les plans contribue – malgré des difficultés inhérentes à un système de gouvernance longtemps resté désorienté – à la refondation de l’État congolais sur le plan diplomatique où la RDC reprend petit à petit sa place dans le concert des nations ; sur le plan politique où la mainmise du Rwanda est en train d’être déboulonnee, sur les plans économique et social où des infrastructures diverses poussent comme jamais auparavant, le budget augmente, des salaires aussi,… malgré une conjoncture économique très éprouvante du fait de la pandémie de COVID-19, de l’atroce et injuste guerre de l’Est imposée à la RDC par le Rwanda, les ADF,…

De la même manière que l’invasion de la RDC par l’Afdl de triste mémoire avait mis fin toutes affaires cessantes à l’ordre politique ancien hérité de la deuxième république, le régime de Félix Tshisekedi doit être porté par tous les congolais à mettre un terme à la domination politique et l’humiliation de la RDC par le Rwanda et ses soutiens extérieurs !

Le pays était déjà parti aux mains des envahisseurs , et il n’est pas question dans un esprit patriotique, de lésiner sur les moyens pour éliminer la constitution des belligérants qui fait l’affaire des ennemis de la RDC. Pas besoin non plus de respecter des échéances électorales d’une démocratie purement formelle, qui jamais n’a eu à servir les attentes du peuple congolais longtemps meurtri !

Mais le plus dur, même quand des institutions publiques pourraient être changées en faveur du peuple congolais, reste de savoir qu’est-ce qui changerait la mentalité des dirigeants politiques congolais et leurs subalternes, pour que des manquements graves, débordements,abus de fonctions, ne viennent plus nuire au bon fonctionnement de l’appareil de l’État, ne viennent plus éroder et anéantir les critères vitaux du peuple congolais.

III.DES SONNETTES D’ALARME NÉGLIGÉES.

Certains membres faisant partie de l’élite intellectuelle congolaise n’ont de tout temps pas gardé le silence devant la descente aux enfers du pays. Déjà dans les années consécutives à l’indépendance de la RDC, Mabika Kalanda a écrit un livre qui reste une référence indispensable à l’éveil patriotique des congolais, gouvernants et gouvernés : La remise en question – Base de la décolonisation mentale.

Dans les années 1990, Alex Tshimanga Membu Dikenia a eu à s’attaquer à un phénomène particulier qu’il a qualifié de  » la république des professeurs  », quand des profs d’université étaient en nombre parvenus à se faire nommer ministres, conseillers de cabinets politiques ou chefs d’entreprises, mettant pour la plupart leur intelligence à développer des astuces aidant à permettre ou couvrir des fautes ou crimes d’État. Il fut particulièrement très virulent à l’endroit du professeur Kabuya Lumuna,dont l’influence en tant que directeur de cabinet du maréchal Mobutu avait conduit ce dernier à adopter et mettre en pratique le développement séparé consacré par la territoriale des originaires ayant favorisé la montée du tribalisme, des divisions internes qui en soi préparaient le lit à l’affaiblissement du sentiment national et à la balkanisation.

Péremptoire et sans détours, est la théorie des équations fatales, émise en 1979 par le professeur Rudolph Ilunga Kabongo, qui par anticipation dans ses études prospectives avait prédit que si rien n’était fait pour vite arrêter et redresser la situation, dans les années à venir :

  • le pays allait avoir des routes délabrées, des ponts cassés, alors qu’il aurait formé beaucoup d’ingénieurs ;
  • le pays allait connaître des problèmes de ravitaillements et de famine, alors qu’il aurait à sa disposition des agronomes, vétérinaires et même des ingénieurs agronomes en grand nombre ;
  • allait avoir des problèmes de santé et même assister à la résurgence de certaines épidémies depuis longtemps enrayées, alors qu’il aurait formé un très grand nombre de médecins et pharmaciens ;
  • que des niveaux scolaires et académiques auraient à baisser, alors que le pays aurait à compter un très grand nombre d’enseignants de bonne formation à tous les niveaux,etc.
    Ce n’est pas que des finalistes formés dans le moule des universités et instituts d’études supérieures de la RDC manquent de la hauteur pour pouvoir assumer la tâche à laquelle ils ont été préparés, mais c’est l’État congolais qui n’aurait pas suffisamment développé des créneaux pour les utiliser de manière efficiente – car dans les institutions privées et dans d’autres pays où ils sont allés prester leur rendement a toujours été très apprécié.

La conséquence est que des travaux de génie vont être exécutés par des ingénieurs étrangers, fournissant parfois des ouvrages douteux et sans longue vie ; et que des déficiences dans le domaine de la santé allaient être de plus en plus couvertes par des organismes des Nations-Unies ( OMS, UNICEF, FAO…) et par des organisations caritatives internationales ( Médecins Sans Frontières, MSF, Médecins du Monde, Save the children,…); tandis que la baisse des niveaux scolaires et académiques résultera de la modicité et l’irrégularité des salaires payés aux parents, aux enseignants, et des absentéismes et décrochages scolaires au cours de l’année,etc.

D’actualité reste jusqu’à présent, la théorie de la dysfonctionalité, émise par le professeur Kayemba Ntambala, Jiji pour les intimes, qui indique en gros que de très bons projets sont tour à tour conçus et mis en chantier par des dirigeants politiques, mais finissent par ne pas donner des résultats escomptés annoncés avec pompe ! Tout simplement par manque de suivi, ou encore que certains projets seraient lancés dans le but unique d’accaparer par ruse l’argent de l’État et disparaître en toute impunité !

IV. À LA CROISÉE DES CHEMINS : VAINCRE OU MOURIR, OU VIVRE DANS LA HONTE.

C’est ici que revient se situer l’inévitable question de savoir pourquoi des générations antérieures de congolais ont jusqu’au sacrifice suprême livré leur vie pour cause de la libération, tandis que les générations présentes de congolais, plus instruites et ouvertes au monde que celles du passé, semblent attirées à vivre dans le moindre effort, dans les détournements et la rapine, seraient tentées, sans amour patriotique et sans respect avéré du bien public et du bien privé, de brader même à vil prix même la RDC, la poule aux oeufs d’or, héritage de nos aïeux !

Aux grands maux, de grands remèdes ! La faillite tant décriée de la gouvernance en RDC provient logiquement de la chute des valeurs, de l’échec de moralisation de la vie publique, le sous-développement étant surtout mental, dans un pays paradoxalement pourvu d’atouts convoités de partout.

Et le monde extérieur qui nous observe se demande, dépité, comment on peut échouer d’avancer avec ça… jusqu’à se retrouver, avec des statistiques injurieuses, classés du point de vue du développement humain, dans le peloton de queue, celui des pays les plus pauvres du monde !

La réponse me semble provenir tout droit du métissage culturel en panne. La métamorphose découlant de la rencontre des cultures n’a pas abouti : on n’a pas totalement perdu la culture africaine, de même qu’on n’a pas totalement acquis celle de l’homme blanc. Le mimétisme tragique qui en découle du fait de chercher à vivre comme l’homme blanc et même être constamment tenté d’aller vivre chez lui, laisse des dégâts derrière, en très grand nombre ! On ne voit chez la plupart part des élites politiques congolaises, naître un sentiment d’abnégation, de sacrifice au profit de la nation, à la manière des Horaces et des curiaces dont parle Tite Live dans Histoire romaine, qui disputèrent jusqu’au sacrifice suprême, le monopole de domination recherché entre Rome et la ville d’Elbe !

Quand un ancien ministre des Finances ose déclarer sans froid aux yeux que  » nous sommes des jouisseurs, quand l’argent vient, on se le partage d’abord, et on réfléchit après  », ceci démontre que la gestion prédatrice de l’État congolais, érigée en système, constitue un mal profond, et qu’aucun changement de paradigmes ne peut conduire au redressement de la RDC, s’il n’est pas précédé d’un changement radical des mentalités !

C’est le cas de dire que quel que soit le degré d’instruction acquis par le congolais de la RDC, la culture occidentale d’emprunt n’a pas réussi à forger la conscience personnelle et collective des élites politiques congolaises pour la conduite à bon port de la RDC ! Dans le même ordre d’idées nous pouvons dire – sans renier nos convictions chrétiennes – que les religions importées n’ont pas au fond réussi à tailler l’homme politique congolais de manière à devoir assumer avec responsabilité et abnégation la conduite des affaires de l’État. Car ceux des congolais qui volent, violent, pillent,tuent, trahissent la RDC au détriment de leurs compatriotes, de l’intérêt supérieur de la nation… appartiennent à des églises… auxquelles ils partagent une part de leur butin en soutien à l’œuvre de Dieu… recevant indulgence, absolution en lieu et place du rejet, ou à tout le moins de réprimandes !

Ces élites politiques congolaises, gestionnaires de la RDC, qui ne peuvent pas se plier uniquement aux prescriptions de la Bonne gouvernance, qui chercheraient à tricher dans l’ombre malgré des contrôles, audits et sanctions administratives et judiciaires à brandir par le pouvoir, devraient au mieux être recalés par des gardes-fous émanant des interdits et coutumes de nos milieux traditionnels congolais, qui dans les royaumes et empires anciens, et même dans nos villages, ont longtemps contribué à faire régner la paix, le respect du bien commun et du bien privé. Car la malédiction resterait brandie sur la conscience personnelle de quiconque oserait enfreindre l’interdit même à l’insu de toute la communauté. Tout bien de l’État appartient à tous et chacun des congolais !

En pratique, la proposition consiste à soumettre à l’occasion de chaque prestation de serment,les élus du peuple congolais et les gestionnaires de l’État congolais à prêter serment devant d’un côté, des serviteurs de Dieu représentant toutes les confessions religieuses de la RDC, qui devraient prononcer sur eux des bénédictions et en même temps leur rappeler avec autorité le mal auquel ils ne doivent pas se livrer dans l’accomplissement de leur tâche ; et de l’autre côté devant les autorités coutumières et chefs de terres représentant toutes les communautés qui constituent le peuple congolais, qui leur brandiront des malédictions inévitables qui les frapperaient chacun en ce qui le concerne s’ils dérobaient à la règle – malédictions que personne ne peut effacer sur le coupable, même l’un de ceux les ayant prononcées, qui ne disparaîtraient que moyennant remise, en catimini ou en public, du bien volé au peuple congolais.

Les dirigeants politiques congolais seraient de la sorte exposés à une double sanction en cas de dérapage : sanction des hommes par le respect de la déontologie professionnelle et de la justice nationale, et sanction des congolais vivants et morts, reliés entre eux en esprit.

Des détracteurs ne manqueront pas de critiquer de vouloir associer de la superstition à la gestion des affaires publiques. Nous disons que non ! Chaque prestation de serment, sur la bible, le coran, la main en l’air… constitue un engagement, un acte de foi résultant de croyances religieuses ou politiques indicibles. En Israël antique les bénédictions étaient prononcées par six tribus sur le Mont Garizim, et les malédictions par six autres tribus sur le Mont Ebal.

En guise de conclusion et sans avoir la prétention d’avoir touché tous les contours qu’offre ce débat d’idées, nous disons qu’un autre Congo est possible, où il ferait bon vivre pour tous ses enfants en tant que pays où coulent le lait et le miel. Mais si et seulement s’il est mis un terme sérieux à des malversations financières et des exactions de toutes sortes qui se commettent encore au détriment de la RDC et des congolais.

Les États forts dans le monde sont ceux dont les gouvernants et gouvernés participent dans l’abnégation, dans un même esprit, au développement de leur pays. La RDC, lancée sur cette voie nouvelle peut vite, au vu de ses immenses ressources aujourd’hui encore dérobées par effraction avec la complicité très déplorable de ses fils et filles égarés, atteindre un développement économique et social exponentiel, qui devrait faire d’elle le moteur de l’Afrique qu’elle mérite d’être.

Pour ce faire, le type d’homme capable de produire un tel comportement nous est suggéré par Ralph M.Escandon dans son livre dont le titre est Vers la victoire, où il affirme en substance que les hommes dont le monde a besoin du Nord au Sud, sont ceux qui ne se vendent pas, qui ne s’achètent pas… qui ne vivent que de ce qu’ils produisent eux-mêmes.

Hilaire Mfute, historien.

UNE RENCONTRE EN 2018

On disait de l’abbé Mulaka Bintu qu’il avait quitté le sacerdoce à la suite d’une vie errante où ses engagements s’étaient dissous dans ses passions. Était ce vrai ? Était ce seulement une légende inventée par une ville qui préfère les biographies aux idées ? Je n’en savais rien. Je savais seulement qu’il vivait désormais dans une petite maison aux murs défraîchis, près d’un cimetière, avec quelques livres rongés par l’humidité et un jardin où les fleurs semblaient hésiter entre la vie et la poussière.
Il m’invita à m’asseoir sous un manguier.
— Vous écrivez encore contre les politiciens ? demanda-t-il en souriant.
— Je n’écris contre personne. J’écris contre les illusions.
Il éclata d’un rire discret.
— C’est beaucoup plus dangereux.
Nous restâmes quelques instants silencieux. Une femme passa avec une bassine de légumes sur la tête. Deux enfants couraient derrière un vieux pneu. Plus loin, un groupe d’hommes discutait de la prochaine nomination ministérielle comme si le destin du monde dépendait d’un décret présidentiel.
L’abbé suivit mon regard.
— Vous voyez. Ici, tout le monde parle du pouvoir. Personne ne parle de l’être humain.
— Peut-être parce que le pouvoir promet davantage.
— Non, répondit-il. Parce qu’il dispense de se connaître soi-même.
Il se leva, cueillit une mangue.
— Savez-vous pourquoi la théologie de la différence des sexes dérange autant ?
Je haussai les épaules.
— Parce qu’elle parle d’une différence à une époque qui ne supporte plus les limites.
Il secoua doucement la tête.
— Non. Elle dérange parce qu’elle interdit deux mensonges : celui de la domination et celui de l’indifférenciation. Elle dit à l’homme : tu n’es pas tout. Elle dit à la femme : tu n’es pas tout. Et elle dit aux deux : vous ne devenez pleinement vous-mêmes qu’en reconnaissant que l’autre n’est ni votre rival ni votre propriété.
Je regardai les nuages s’étirer au-dessus de Kananga.
— Si cela est vrai, pourquoi notre pays ressemble-t-il à une immense compétition où chacun veut posséder l’autre ?
L’abbé sourit avec une lassitude qui semblait plus ancienne que lui.
— Parce que nous avons fini par croire que gouverner, c’est remplacer les autres au lieu de leur permettre d’exister.

Il prononça cette phrase comme on récite une prière oubliée. Je pensai aussitôt aux interminables cérémonies officielles. Les discours promettaient toujours un avenir plus vaste que la réalité. Les photographies montraient des dirigeants entourés de femmes en pagnes aux couleurs du parti. On célébrait la femme congolaise avec un enthousiasme proportionnel au peu de pouvoir qu'on lui confiait ensuite.
Je fis part de cette réflexion à mon interlocuteur. Il éclata d'un rire presque tendre.
— Notre République possède un talent extraordinaire : elle transforme les hommages en substituts de la justice. Plus les éloges deviennent éloquents, moins les responsabilités sont partagées.

— Vous êtes sévère.
— Non. Je vieillis.
Le vent fit bruisser les feuilles du manguier.
— Lorsque j’étais prêtre, poursuivit-il, je croyais que le péché consistait seulement à désobéir à Dieu. Aujourd’hui, je crois qu’il consiste souvent à vouloir occuper toute la place. Un mari qui traite son épouse comme une servante. Une épouse qui méprise son mari. Un chef qui confond le pays avec son bureau. Un parti qui imagine que la nation commence à son siège et s’arrête à ses intérêts. C’est toujours la même tentation : supprimer l’autre pour n’avoir plus à dialoguer avec lui.
Je demeurai silencieux. Depuis quelques jours, je relisais les philosophes. Ils parlaient de liberté, de responsabilité, d’existence. Aucun ne m’avait expliqué pourquoi un pays si riche pouvait devenir si pauvre en confiance. L’abbé sembla lire cette pensée sur mon visage.
— Les économistes comptent les minerais. Les politiciens comptent les sièges. Les démographes comptent les habitants. Mais qui compte encore la confiance ?
Au loin, les haut-parleurs d’un meeting politique promettaient une nouvelle ère. Les applaudissements montaient comme une marée.
L’abbé leva les yeux vers ce vacarme.
— Écoutez-les. Ils parlent comme si l’histoire commençait chaque fois qu’ils prennent la parole.
— Et pourtant ?
— Pourtant l’histoire commence toujours plus discrètement : lorsqu’un père respecte la mère de ses enfants, lorsqu’une femme refuse de laisser la haine gouverner sa maison, lorsqu’un responsable accepte enfin que l’autorité soit un service.
Nous quittâmes le jardin.

Dans la rue, les affiches électorales se décollaient déjà sous l'effet de la chaleur. Elles avaient le destin de toutes les promesses qui oublient l'homme et la femme pour ne célébrer que le pouvoir.

Je demandai à l’abbé :
— Pensez-vous que le Congo puisse changer ?
Il s’arrêta au milieu du chemin.
— Oui. Mais il faudra d’abord que chacun renonce à cette vieille illusion selon laquelle il suffit de conquérir une place pour donner un sens à sa vie. Les nations ne sont pas sauvées par ceux qui veulent être les premiers. Elles le sont par ceux qui acceptent que nul ne se suffit à lui-même.
Nous nous séparâmes près de l’hôpital général.
Je poursuivis ma marche vers la Procure catholique. La nuit tombait. Les étoiles apparaissaient une à une, avec cette lenteur qui semble rappeler aux hommes et aux femmes que les vérités essentielles ne s’imposent jamais dans le fracas. Elles descendent sur les consciences comme la rosée sur les herbes sèches : sans bruit, mais avec une persévérance qui finit parfois par transformer le paysage.

José Tshisungu wa Tshisungu

LOGIQUE ET RÉALITÉ

Les peuples du Congo se trompent parce qu’ils confondent la logique avec la réalité. La logique est une admirable géométrie ; la réalité, elle, est une forêt. Les lignes droites y deviennent des sentiers interrompus, les certitudes s’y brisent contre des pierres invisibles. La République démocratique du Congo nous rappelle chaque jour cette vieille leçon que les philosophes enseignent sans toujours parvenir à convaincre les gouvernants.
La logique dit qu’un pays immense, doté d’un sous-sol prodigieux, traversé par le deuxième fleuve du monde, riche de forêts, d’eaux, de terres arables et d’une jeunesse innombrable, devrait être une puissance africaine incontestée. Le raisonnement est impeccable. Il satisfait les économistes, les statisticiens et les géologues. Les chiffres s’emboîtent avec une précision presque mathématique. Les rapports internationaux ressemblent parfois à ces démonstrations dont aucune étape n’est contestable.
Pourtant la réalité répond avec une ironie dont l’histoire est coutumière. Les richesses ne produisent pas mécaniquement la prospérité. Les ressources naturelles ne fabriquent pas des institutions. Les constitutions n’engendrent pas automatiquement la justice. Les élections ne suffisent pas à créer la confiance. Entre la logique et le réel s’étend cet espace mystérieux où interviennent les passions humaines, les intérêts particuliers, les habitudes héritées, les peurs anciennes et les ambitions nouvelles. On croit souvent gouverner un pays comme on résout une équation. Il suffirait d’ajouter quelques réformes, de retrancher quelques abus, de multiplier les investissements et de diviser les dépenses inutiles. La nation retrouverait alors son équilibre, comme une balance enfin rétablie. Cette illusion accompagne toutes les époques. Elle est rassurante parce qu’elle dispense de regarder les hommes.
Or la réalité congolaise rappelle avec obstination que les institutions vivent de la qualité morale de ceux qui les habitent. Un ministère n’est pas une vertu. Une loi n’est pas une conscience. Un tribunal n’est pas la justice lorsque ceux qui y siègent redoutent davantage le puissant que leur propre jugement. Les textes demeurent alors irréprochables tandis que la vie publique s’éloigne silencieusement de leur esprit.
La logique administrative exige que chaque fonction corresponde à une responsabilité précise. Mais la réalité sociale introduit les fidélités familiales, les appartenances régionales, les solidarités ethniques, les clientèles politiques. Il ne s’agit pas ici de condamner des traditions qui ont parfois permis aux communautés de survivre lorsque l’État s’effondrait. Il s’agit de reconnaître qu’une logique ancienne rencontre une logique moderne, et que leur affrontement produit souvent une troisième réalité que les constitutions n’avaient pas prévue.
Le même décalage apparaît dans l’économie. Les experts calculent des taux de croissance. Les habitants des quartiers populaires calculent le prix du pain, du transport ou du cahier d’école. Les premiers raisonnent en pourcentages ; les seconds en journées de survie. Aucun des deux calculs n’est faux. Ils appartiennent simplement à des univers différents. Là encore, la logique ne suffit pas à épuiser le réel.
Il existe également une logique internationale. Les grandes puissances parlent de stabilité régionale, de minerais stratégiques, de chaînes d’approvisionnement, de sécurité collective. Le Congo devient alors un dossier, une carte, une réserve de cobalt, de cuivre ou de coltan. Mais la réalité, elle, demeure faite d’enfants qui marchent jusqu’à l’école, de cultivateurs qui attendent une route, d’infirmières qui espèrent des médicaments, de magistrats qui voudraient exercer leur métier sans recevoir d’instructions. La géopolitique oublie parfois que les nations sont d’abord composées de visages. Ce qui inquiète davantage n’est pas l’écart entre la logique et la réalité. Cet écart accompagne toutes les sociétés humaines. Ce qui devrait nous inquiéter est l’habitude que nous prenons de vivre dans cette contradiction comme si elle constituait un ordre naturel. Lorsqu’une population cesse d’être surprise par ce qui devrait l’indigner, la réalité finit par absorber la logique elle-même. Les anomalies deviennent des coutumes. Les exceptions deviennent des règles. La résignation prend le masque de la sagesse.
Pourtant l’espérance commence peut-être là où l’on renonce aux raisonnements trop simples. Un pays ne renaît pas parce qu’il possède des richesses, mais parce qu’il produit de la confiance. Il ne devient pas une puissance parce qu’il exporte davantage, mais parce que ses citoyens croient que la loi vaut également pour tous. La véritable logique politique ne consiste donc pas à imposer au réel des schémas abstraits ; elle consiste à comprendre le réel afin de l’élever progressivement vers davantage de justice. Le Congo ne manque ni de ressources ni d’intelligence. Il manque encore de cette fidélité obstinée à la vérité qui oblige les sociétés à regarder sans complaisance leurs propres contradictions. La logique, lorsqu’elle s’éloigne de la réalité, devient une rhétorique. La réalité, lorsqu’elle renonce à la logique, sombre dans le désordre. Entre les deux se trouve le difficile métier de gouverner : non celui qui consiste à proclamer des évidences, mais celui qui transforme peu à peu les vérités abstraites en habitudes vécues. C’est peut-être là que réside la plus sévère leçon de l’histoire congolaise. Les peuples ne sont pas condamnés par le manque de richesses. Ils le sont davantage lorsqu’ils finissent par croire que la réalité n’a plus aucun devoir envers la logique, et que la logique n’a plus aucun compte à rendre à la réalité.

José Tshisungu wa Tshisungu

MONSIEUR LE MINISTRE

Dans la culture politique congolaise, le mot de ministre évoque les cortèges officiels, les fauteuils capitonnés, les salons où l’on parle bas parce que le pouvoir exige toujours un peu de théâtre. Et pourtant, si l’on consent à écouter ce mot avec la patience que l’on réserve aux vieux vocables, il murmure tout autre chose : SERVIR. Il est étrange que le pouvoir ait choisi pour se nommer un mot qui rappelle le service. L’histoire de la RDC est pleine de ces ironies.

Je me demande parfois si les fonctions publiques ne finissent pas par dévorer ceux qui les exercent. Au commencement, un homme croit entrer au gouvernement pour accomplir une œuvre ; quelques mois plus tard, il découvre que l’œuvre consiste souvent à préserver sa place. Ce glissement est presque imperceptible. Il ne résulte pas d’une faute spectaculaire, mais d’une lente acclimatation. On s’habitue aux honneurs comme on s’habitue au bruit du fleuve Congo : on ne l’entend plus.

La RDC n’échappe pas à cette vieille loi des sociétés humaines. Pourquoi y échapperait-elle? Les ministères s’y négocient parfois avec une ardeur qui ferait croire qu’ils renferment un trésor. On discute des portefeuilles comme si le destin d’un peuple se résumait à leur répartition. Pendant ce temps, les écoles attendent, les hôpitaux attendent, les routes attendent. Les citoyens, eux aussi, attendent. L’État ressemble alors à une maison où l’on se dispute les clés avant d’avoir réparé le toit.

Il serait pourtant injuste de réduire chaque ministre à cette caricature. Gouverner est une solitude que les observateurs sous-estiment volontiers. Celui qui signe une décision sait rarement jusqu’où iront ses conséquences. Les administrations résistent, les habitudes survivent aux gouvernements, les intérêts particuliers parlent plus fort que l’intérêt général. L’homme que l’on croit puissant découvre qu’il dépend d’engrenages qu’il ne maîtrise qu’à moitié. Le pouvoir lui-même connaît ses servitudes.

Mais cette difficulté ne dispense personne de répondre à la question essentielle. Qu’a laissé derrière lui celui qui a exercé le pouvoir ? Les discours ? Ils jaunissent plus vite que les journaux qui les rapportent. Les photographies officielles ? Elles deviennent les archives d’une époque oubliée. Il ne demeure finalement qu’une seule mesure : la vie quotidienne des hommes et des femmes s’est-elle trouvée un peu moins lourde après son passage ?

Je songe souvent que les peuples ne demandent pas des héros. Ils réclament quelque chose de plus rare : des serviteurs qui ne se prennent pas pour des propriétaires. Il y a dans cette confusion entre servir et posséder une des maladies les plus anciennes de la politique. On entre dans un ministère comme on entrerait dans une demeure provisoire ; on finit parfois par croire que les murs vous appartiennent.
La RDC s’avance vers un avenir qui ne pardonnera plus les illusions. Une jeunesse innombrable, des villes débordantes, des ressources immenses, mais exigeantes, un monde où la science transforme les rapports de force plus rapidement que les lois : voilà les véritables ministres de demain. Ils imposeront leur agenda à ceux qui prétendent gouverner. Le responsable public ne pourra plus se contenter d’occuper une fonction ; il lui faudra prévoir, décider, expliquer et rendre compte au peuple.
Il n’est pas interdit d’espérer. Les civilisations survivent souvent grâce à quelques hommes qui prennent les mots au sérieux. Si un ministre redevenait simplement un homme chargé de servir, ce ne serait pas une révolution institutionnelle. Ce serait mieux encore : une révolution intérieure. Toutes les autres commencent par celle-là.

José Tshisungu wa Tshisungu

L’impatience du pouvoir

La politique a parfois ceci de singulier qu’elle ne laisse pas aux hommes le temps d’achever ce qu’ils ont commencé. À peine un dirigeant a-t-il engagé une œuvre qu’une partie de l’opinion s’interroge déjà sur son successeur. Notamment d’éventuels candidats à la fonction suprême sans programme fiable, réel ni palpable pour la Nation. Comme si la démocratie ne consistait plus à évaluer une action, mais à organiser son interruption permanente.

Le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo est un homme. À ce titre, il est mortel. Cette évidence biologique ne mérite ni démonstration ni commentaire. Mais il est vivant. Il exerce les fonctions que lui confie la Constitution et poursuit un mandat que seul le peuple est appelé à juger dans les formes prévues par les institutions. Entre la certitude de la mort et l’exercice du pouvoir, il existe un espace que l’on appelle le temps politique. C’est ce temps-là que certains semblent refuser pour leurs intérêts. Lesquels intérêts n’ont pas reçu l’aval du peuple.

Il est étonnant d’observer combien la question du remplacement précède désormais celle du bilan. Dans toute société organisée, on commence par apprécier l’œuvre avant d’ouvrir le débat sur la succession. Chez nous, il arrive que la succession devienne un objectif en soi, indépendamment des résultats obtenus. Le débat quitte alors le terrain de la raison pour entrer dans celui de l’impatience. Y sont célèbres,incompétents, démagogues et autres frustrés. Ils ne lésinent point sur les méthodes propices à créer le chaos.

La démocratie ne saurait pourtant être confondue avec une agitation permanente. Elle n’est pas une mécanique destinée à produire de nouveaux visages au simple rythme des frustrations. Elle repose d’abord sur un principe plus exigeant : la souveraineté populaire éclairée par les faits. Un peuple ne choisit pas seulement entre des personnes ; il compare des visions, des réalisations, des projets et des capacités.

Personne ne prétend que la République démocratique du Congo manquerait d’hommes ou de femmes capables de gouverner demain. L’histoire d’une nation ne s’arrête jamais avec un seul dirigeant. Les générations se succèdent, les responsabilités changent de mains, les institutions demeurent. Mais cette évidence ne dispense pas d’une autre exigence, infiniment plus difficile : démontrer que l’alternative proposée constitue un progrès réel et non une simple alternance des visages.

La critique est indispensable à la démocratie. Elle empêche le pouvoir de se refermer sur lui-même. Mais la critique perd sa noblesse lorsqu’elle cesse d’être comparative. Elle ne peut se contenter d’affirmer qu’il faut remplacer ; elle doit établir pourquoi, par qui et pour quoi faire. Une démocratie adulte ne remplace pas un responsable par lassitude. Elle le remplace lorsqu’une offre politique supérieure convainc la majorité des citoyens.

L’histoire politique est remplie d’exemples où l’impatience collective a interrompu des dynamiques dont les effets n’étaient pas encore pleinement visibles. Les grandes transformations nationales exigent souvent davantage de persévérance que d’enthousiasme. Le temps des institutions n’est presque jamais celui des réseaux sociaux, où l’immédiateté tient lieu de réflexion et où l’émotion prétend parfois remplacer l’analyse.

Il est donc légitime d’interroger toute action gouvernementale. Il est légitime d’en relever les insuffisances, les erreurs ou les lenteurs. C’est même un devoir citoyen. Mais il est tout aussi légitime de reconnaître les avancées lorsqu’elles existent et de ne pas condamner un processus avant que son terme politique n’ait été atteint.

Une nation ne se construit pas dans la précipitation. Elle se construit dans la continuité des politiques publiques, dans la stabilité des institutions et dans la capacité des citoyens à distinguer le désir de changement de la nécessité du changement.

Le véritable débat n’est donc pas de savoir si Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo est remplaçable. Tous les dirigeants le sont. La véritable question est ailleurs : l’alternative actuellement proposée offre-t-elle à la République démocratique du Congo une perspective objectivement supérieure à celle qui est aujourd’hui en cours ? Tant que cette démonstration n’est pas faite avec rigueur, le débat demeure davantage passionnel que politique.

Une démocratie solide ne change pas de cap parce que le vent souffle plus fort. Elle change de cap lorsqu’elle a acquis la conviction que l’horizon proposé est meilleur que celui qu’elle poursuit déjà. C’est à cette hauteur d’exigence que devrait désormais se situer notre débat public.

ZADAIN KASONGO T.

Le temps politique ne se conjugue pas au conditionnel

Le Président Félix Tshisekedi mourra un jour, comme tout être humain. Cette vérité est celle de notre commune condition. Mais il n’est pas encore mort aujourd’hui. Pourtant à lire sur certaines plateformes, certains semblent déjà vouloir écrire l’épilogue d’une histoire qui continue de s’écrire. Sans toujours l’avouer publiquement, ils nourrissent l’impatience de le voir quitter la scène, comme si l’urgence n’était plus de juger une œuvre, mais d’en interrompre l’auteur.

Or, la politique ne se construit pas sur les impatiences, encore moins sur les procès d’intention. Elle se mesure aux faits, aux réalisations et à la capacité d’un dirigeant à transformer les promesses en actes. Ceux qui réclament son remplacement immédiat devraient d’abord répondre à une question simple : pourquoi interrompre un chantier dont ils reconnaissent eux-mêmes, parfois à demi-mot, qu’il produit des résultats ?

Nul ne prétend que le destin de la République démocratique du Congo repose sur un seul homme. L’histoire de notre pays ne s’arrêtera ni avec Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo ni avec aucun autre président. D’autres Congolais viendront, c’est une évidence. D’autres générations prendront le relais. C’est le principe même de la continuité de l’État.

Mais gouverner ne consiste pas à changer de capitaine au simple motif que le navire navigue encore. Encore faut-il démontrer que celui qui aspire à tenir la barre fera mieux que celui qui l’occupe. Jusqu’à présent, les prétendants se sont succédé dans le débat public, mais peu ont présenté une vision plus convaincante, un projet plus solide ou un bilan comparable. Les discours abondent ; les preuves demeurent rares.

La démocratie ne consiste pas seulement à vouloir l’alternance. Elle consiste aussi à reconnaître, avec honnêteté intellectuelle, les acquis lorsqu’ils existent et à laisser le suffrage populaire décider, le moment venu, de la poursuite ou non d’une action politique.

Remplacer un dirigeant simplement parce que le temps passe est une logique biologique, non une logique politique. Ce qui devrait guider le choix d’une nation, ce n’est ni l’usure des visages ni la fatigue des slogans, mais la qualité des résultats obtenus et la pertinence des perspectives proposées.

Dans une compétition sportive, on ne remplace pas un joueur au seul prétexte que le match avance. On le remplace lorsqu’il ne répond plus aux exigences de la rencontre ou lorsqu’un autre est objectivement en mesure d’apporter davantage. Vouloir changer un capitaine alors que son équipe estime être en train de maîtriser la partie est un pari dont les conséquences méritent d’être soigneusement pesées.

En définitive, ce n’est ni l’émotion ni l’impatience qui devraient dicter l’avenir politique de la République, mais le jugement souverain du peuple, éclairé par les faits, le bilan et les projets. Car, en démocratie, ce sont les urnes qui prononcent le dernier mot, et non les souhaits, les rumeurs ou les impatiences.

ZADAIN KASONGO T.

LES QUATRE LANGUES OFFICIELLES

LES QUATRE LANGUES OFICIELLES

Il est des questions qui paraissent modestes parce qu’elles ne font pas trembler le Palais du peuple, qu’elles ne remplissent pas les colonnes des journaux et qu’elles ne provoquent pas les passions immédiates des foules. La langue appartient à cette catégorie de réalités silencieuses. Elle ne porte ni uniforme ni drapeau, elle ne défile pas dans les avenues, et pourtant elle habite chaque conscience, elle accompagne chaque naissance, elle recueille chaque mémoire. Une nation peut perdre bien des choses avant de perdre sa langue ; mais lorsqu’elle perd ses langues, elle risque de perdre la voix même par laquelle elle se reconnaît.

En regardant la République démocratique du Congo d’aujourd’hui, il faut avoir l’esprit tourné vers demain. Car le Congo de 2060 ne sera pas seulement un territoire plus peuplé, plus urbanisé, plus connecté au monde ; il sera aussi un immense espace de paroles où plus de deux cent cinquante millions d’hommes et de femmes chercheront les mots pour dire leur avenir. Cette multitude future ne sera pas seulement un défi démographique ; elle sera une épreuve linguistique.

Le Congo est une terre où les langues ressemblent aux grands fleuves qui traversent son sol. Certaines coulent dans des régions précises, d’autres irriguent plusieurs provinces, toutes portent des histoires, des visions du monde, des manières particulières de nommer les choses. Dans cet immense paysage sonore, quatre langues ont reçu une reconnaissance nationale : le ciluba, le lingala, le kikongo et le kiswahili. Elles sont comme quatre grandes artères de la conscience congolaise.

Le lingala, langue des villes, de l’armée et de la police, des chansons populaires et des échanges transprovinciaux, a conquis une place singulière dans l’imaginaire national. Le kiswahili, tourné vers l’Est et vers les grands espaces de l’Afrique orientale, rappelle que le Congo a des liens anciens avec les riverains de l’Océan indien. Le kikongo conserve la mémoire ancienne des peuples de l’Ouest et des civilisations qui ont façonné cette partie du continent. Le ciluba, langue du cœur du Kasaï, porte dans ses mots la profondeur d’une culture, d’une sagesse proverbiale et d’une littérature qui cherche encore toute sa place dans l’espace national.

Mais l’histoire des langues est rarement une histoire tranquille. Derrière les langues officielles et les langues nationales se joue une lutte discrète entre la mémoire et la modernité, entre l’enracinement et l’ouverture. Le français, héritage historique de la colonisation et aujourd’hui langue de l’État, demeure dominant dans l’administration, l’université, la justice et les sciences. Il est à la fois un instrument d’unité et le signe d’une dépendance culturelle qui interroge.

Le problème n’est donc pas de choisir entre le français et les langues congolaises. Les nations modernes ne grandissent pas en fermant leurs fenêtres au monde. La véritable question est celle d’un équilibre : comment faire du français une ouverture vers l’universel sans que les langues nationales deviennent des témoins silencieux d’un passé folklorisé ?

Car une langue qui n’entre pas dans l’école, dans la science, dans le numérique et dans les institutions risque progressivement de devenir une langue de la maison, de la conversation intime, parfois de la nostalgie. Or une nation ne construit pas son avenir avec des langues confinées dans la mémoire affective ; elle le construit avec des langues capables de produire du savoir, de transmettre la connaissance et de penser le monde contemporain.

À l’horizon 2060, le Congo devra donc répondre à une question fondamentale : quelle place donnera-t-il à ses propres voix dans la construction de son avenir ? Une population de plus de deux cent cinquante millions d’habitants ne pourra être durablement gouvernée, éduquée et unie par une seule langue héritée de l’histoire coloniale. La diversité linguistique ne sera pas un obstacle à surmonter, mais une richesse stratégique à organiser.

Il faut imaginer un Congo où le ciluba puisse enseigner la philosophie, où le lingala puisse porter la recherche scientifique, où le kiswahili puisse renforcer l’intégration régionale, où le kikongo puisse transmettre les savoirs historiques et culturels. Il faut rêver d’une République où les langues nationales ne soient plus seulement les voix du passé, mais aussi les instruments de l’avenir.
Les langues sont les archives vivantes d’un peuple. Les négliger, c’est laisser disparaître des bibliothèques entières dont les livres seraient écrits dans la mémoire des hommes. Les promouvoir, c’est préparer une nation capable de parler au monde sans cesser de se parler à elle-même.
Le Congo de 2060 sera peut-être jugé sur ses routes, ses industries, ses universités et ses technologies. Mais il sera aussi jugé sur une question plus profonde : aura-t-il su préserver et transformer les mots avec lesquels ses peuples racontent leur existence ?
Car une nation qui perd ses mots finit toujours par emprunter ceux des autres pour dire ce qu’elle est.

José Tshisungu wa Tshisungu

KIFRE, entre deux avions, un anniversaire au rythme de « Ni Batoto ! »

Heureux anniversaire, papa Frédéric KITENGIE KINKUMBA ! Plus connu sous le tendre diminutif de KIFRE auprès de ses proches.

La nuit qui a précédé cette journée a certainement paru bien longue à ceux qui avaient à cœur d’être les premiers à lui adresser leurs vœux. Car certains anniversaires ne se contentent pas de marquer le calendrier : ils célèbrent une vie, un parcours, une passion et un homme dont le nom est désormais intimement lié à l’une des plus grandes institutions sportives du continent africain.

Le « bébé du jour » est aujourd’hui un père de famille accompli. Il partage cette date mémorable avec d’autres personnalités nées un 18 juillet, parmi lesquelles l’immense Nelson Mandela, symbole universel de courage, de résilience et de réconciliation. Il la partage également avec notre Rossi KASONGO. Deux jumeaux astrologiques, certes, mais que nos traditions africaines autorisent volontiers à considérer comme un père et son fils. Une belle manière de rappeler que les liens du cœur dépassent parfois ceux du sang.

Mais présentement, tous les projecteurs sont tournés vers KIFRE.

Car derrière cet homme discret se cache un grand professionnel qui, au fil des années, a su imposer son savoir-faire dans un univers où rien n’est jamais acquis. Journaliste de formation et de carrière, il est la parfaite illustration de ce vieil adage selon lequel « le journalisme mène à tout ». Son parcours en est une démonstration éclatante.

Le destin l’a conduit au sommet de la plus prestigieuse institution footballistique de la République démocratique du Congo :

le Tout-Puissant MAZEMBE, véritable monument du football africain. En qualité de Manager, il contribue chaque jour à faire rayonner ce club mythique bien au-delà de nos frontières.

Le TP Mazembe, ce n’est pas seulement un club de football. C’est une histoire, une légende, une fierté nationale. C’est cette équipe qui, depuis notre enfance, nous a fait vibrer, rêver et parfois même retenir notre souffle. C’est une institution qui a porté très haut les couleurs de notre pays sur les pelouses d’Afrique et du monde.

Et comment évoquer Mazembe sans entendre résonner dans nos mémoires cette mélodie devenue légendaire ? Ce chant qui électrise les tribunes, rassemble les générations et fait battre les cœurs des supporters :

« Ni Batoto !… Ni Batoto !… »

À lui seul, ce refrain suffit à réveiller des souvenirs impérissables. Il accompagne les victoires, console après les défaites et rappelle que Mazembe est bien plus qu’une équipe : c’est une passion populaire. Les concurrents chantent aussi la même chanson. Pour l’heure, c’est KIFRE et MAZEMBE.

Le hasard du calendrier ajoute d’ailleurs une touche particulière à cette journée de fête. Pendant que KIFRE souffle une nouvelle bougie, les amateurs de football ont également les yeux rivés sur la petite finale de la Coupe du monde opposant la France de Kylian Mbappé à l’Angleterre de Harry Kane. Deux grandes nations du football qui croiseront le fer, pendant que l’un des artisans du plus grand club congolais célèbre discrètement une nouvelle année de vie.

Et connaissant l’homme, il y a fort à parier que cet anniversaire se déroule… entre deux avions, un téléphone à la main, un dossier sous le bras et l’esprit déjà tourné vers le prochain déplacement de son équipe. Car la vie d’un manager de haut niveau ne connaît ni repos ni calendrier.

Voilà pourquoi, ce soir, nous levons nos verres en son honneur.

Nous chantons avec lui, pour lui et autour de lui :

« Ni Batoto !… Ni Batoto !… »

Non seulement pour célébrer les exploits du TP MAZEMBE, mais aussi pour saluer un homme de valeur, un professionnel respecté, un père de famille exemplaire, un frère et ami d’enfance dont la simplicité n’a jamais quitté la grandeur. Il vient de marquer aujourd’hui son 70ème but pour son 70ème match de vie.

Heureux anniversaire, KIFRE wa KIFRE !

C’est ainsi que je prends un malin plaisir à t’interpeller chaque fois que l’envie de te taquiner me gagne. Puisse cette nouvelle année t’apporter une santé de fer, une sérénité durable, de nouvelles victoires personnelles et professionnelles, ainsi que d’innombrables succès avec notre cher Tout-Puissant MAZEMBE.

Que le Très Haut continue d’éclairer chacun de tes pas, de bénir tes projets et de t’accorder encore de longues années au service de ce club qui fait battre le cœur de millions de Congolais. Levons donc nos verres de Champagne David Florimond à cette occasion!

Heureux anniversaire, cher KIFRE ! Et que la fête continue… au rythme éternel de :

« Ni Batoto !… Ni Batoto !… »

ZADAIN KASONGO T .