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jeudi, mars 12, 2026

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Cinéma — Hommage à Halima Gadji, étoile partie trop tôt

Le cinéma africain est en deuil.
Une voix s’est tue, un regard s’est éteint, une présence s’est retirée de l’écran et de nos cœurs.
L’actrice sénégalo-maroco-algérienne Halima Gadji s’est éteinte hier à Dakar, à l’âge de 36 ans, laissant derrière elle une trace lumineuse, faite de grâce, de talent et d’audace.

Née en 1989, entre les quartiers populaires et vibrants de la Médina et de Sacré-Cœur, à Dakar, Halima portait en elle la richesse de plusieurs héritages :
celui d’une mère maroco-algérienne, et celui d’un père sénégalais. De ce métissage, elle avait tiré une identité ouverte, fière, profondément africaine et résolument universelle.

Actrice, consultante mode, mannequin et entrepreneuse, Halima Gadji ne se limitait pas à un seul cadre. Elle explorait, elle créait, elle osait. Elle incarnait cette génération de femmes africaines modernes, libres, déterminées, conscientes de leur image et de leur pouvoir d’inspiration. Le grand public la découvre et l’adopte à travers la série à succès : Maîtresse d’un homme marié, où son jeu, à la fois intense et nuancé, révèle une actrice capable de porter des personnages complexes, proches des réalités sociales, et profondément humains.

À l’écran, Halima ne jouait pas seulement des rôles : elle racontait des vies. Son rayonnement a dépassé les frontières du Sénégal. En 2023, elle est choisie comme Marraine du 39ᵉ Festival international de cinéma Vues d’Afrique, à Montréal (Canada), aux côtés du parrain Stanley Février.
Un honneur qui consacrait son engagement pour la promotion du cinéma africain et des talents issus du continent et de la diaspora.

Dans la vie comme dans l’art, Halima était aussi une sœur, une présence aimante et inspirante pour son cadet, l’acteur Kader Gadji, avec qui elle partageait non seulement le sang, mais aussi
la passion des projecteurs et de la création.

Aujourd’hui, le rideau tombe trop tôt sur une carrière encore pleine de promesses. Mais les images demeurent, les scènes restent, les souvenirs persistent. Et dans chaque rediffusion, dans chaque évocation de son nom, Halima Gadji continuera de vivre, comme vivent les artistes véritables :
dans la mémoire collective et dans la lumière des écrans. Ma foi d’artiste et le zèle de professionnel de média qui m’habitent font foi.
🕊️ Paix à ton âme, Halima.
Que ton sourire traverse encore longtemps les frontières du temps.

Pour LAUTREINFO
ZADAIN KASONGO  T.

Sur le plateau du temps, Papa Jean a joué sa plus belle partie !

Un membre éminent de « MIMI-SCRABBLE », notre club, s’est allongé pour toujours. Oui une dernière fois. Un peu comme on pose ses lettres après une partie bien jouée, dans le calme et la paix. Il s’appelait Jean Denis surnommé papa Jean par ses amis scrabbleurs. Merci à tous ceux qui l’ont connu. Mais aussi à ceux qui ne l’ont pas connu. Allusion faite notamment à notre très chère Valérie HANG VO, nouvelle venue parmi nous. Elle a appris à l’aimer sans l’avoir rencontré, simplement en écoutant nos récits, nos sourires, nos silences quand son nom revenait autour de la table. Preuve, s’il en fallait, que certains êtres laissent des empreintes si profondes que même ceux qui arrivent après marchent déjà dans leurs pas. Né à Mons en Belgique le 28 mai 1927, il a quitté la vie le 10 janvier 2026 pour rejoindre son épouse Marie-Ghislaine VAN HOUTTE avec qui ils avaient eu 4 enfants : Eric, Michel, Philippe et Isabelle DENIS
Tous les élans du cœur, toutes les pensées de chacun et de chacune seront transmis à son fils, Michel, héritier non seulement d’un nom, mais d’une présence, d’un exemple, d’une manière d’être au monde.
Il est vrai que c’est dommage, infiniment dommage, que certains ne l’aient jamais rencontré.
Car Papa Jean était de ces êtres rares dont la présence marque, même dans le silence d’une partie de Scrabble, même dans l’immobilité d’une salle où seules les lettres glissent et les regards se croisent.
Il s’asseyait, droit, attentif, presque solennel, comme s’il entrait dans un rituel. Puis ses yeux parcouraient le plateau, rapides, précis, éclairés. On aurait dit qu’il conversait déjà avec les mots avant même de les poser. Son intelligence était vive, alerte, parfois malicieusement espiègle.
Un excellent adversaire. Redoutable même.
Il jouait avec une aisance déconcertante, comme si les mots se présentaient à lui d’eux-mêmes, rangés quelque part dans les tiroirs secrets de sa mémoire, prêts à surgir au bon moment. Pendant que nous cherchions encore, hésitants, il avait déjà trouvé. Pendant que nous comptions nos points, lui observait déjà le prochain coup. Ce qui frappait immédiatement, c’était sa rapidité.
Mais plus encore, la richesse de son vocabulaire, patiemment façonnée par toute une vie de lecture, d’écoute, de conversations, de curiosité jamais éteinte. Chez lui, chaque mot semblait avoir une histoire, un poids, une musique.

À 98 ans, Papa Jean était encore capable de jouer au Scrabble plus de deux tours sans faiblir, sans se plaindre, sans demander pause ni répit. Mieux encore — et cela nous faisait sourire — il s’agaçait gentiment de me voir prendre trop de temps à placer mes jetons, alors que lui n’en perdait pas une seconde.

Il me regardait, mi- taquin, mi- sérieux, comme pour dire :
— Le jeu n’attend pas, mon ami. L’esprit non plus.
Cela l’ennuyait presque, comme si l’attente était une petite offense faite au jeu, à l’élan de la pensée, à cette danse rapide entre la main et l’intelligence.
Quel paradoxe émouvant : un jeune plus lent que le plus âgé.
Une leçon silencieuse sur le temps, sur l’expérience, sur la vivacité intérieure qui ne connaît pas les rides.

Papa Jean nous enseignait sans discours, sans leçons, simplement par sa manière d’être.
Il nous montrait que l’âge n’est pas toujours un ralentissement, mais parfois une forme d’aboutissement, une clarté, une maîtrise tranquille. Son parcours, son esprit, sa dignité, sa constance, sa façon respectueuse de gagner comme de perdre, restent profondément inspirants. Il nous rappelait que le vrai talent n’écrase pas, il élève. Que la vraie force n’humilie pas, elle encourage. Que la vraie intelligence sait aussi sourire. Son seul regret est de ne m’avoir jamais battu au tour final m’a-t-il confié l’année dernière lors de la célébration de ses 98 ans

Aujourd’hui, le plateau est là, les lettres sont là, la table est la même…
Mais une chaise est silencieuse.
Et ce silence, paradoxalement, parle très fort.
Il nous dit que Papa Jean a simplement changé de salle, changé de jeu, changé d’éclairage.
Il a posé ses lettres ici, mais il continue sa partie ailleurs, là où les mots ne s’épuisent pas et où le temps ne presse plus.

Paix à son âme.
Vive Papa Jean, mon excellent adversaire, mon discret professeur, notre mémoire vivante.
Et que son souvenir demeure, partie après partie, mot après mot, dans notre cercle de MIMI-SCRABBLE.

ZADAIN KASONGO T.

Pontien Pakoko, mon frère des mots et de la vie !

Il est des frères et des sœurs que l’on ne choisit pas. Ils nous sont donnés à la naissance, ils arrivent avec le sang, le nom, parfois le poids des obligations. Ils sont là, souvent sans notre avis, et personne ne nous les impose vraiment : ils s’imposent d’eux-mêmes. Ils se réclament frères, parfois sans nous demander si nous sommes prêts à l’être aussi. Ils revendiquent des droits sur nos joies, nos peines, nos décisions, parce que la vie les a placés là, à nos côtés.

Et puis, il y a les autres.
Ceux que l’on choisit.

Ces frères là ne naissent pas dans la chair, mais dans le temps. Ils se révèlent au fil des chemins partagés, des épreuves traversées ensemble, des conversations tardives, des silences compris. Ils naissent d’un regard juste, d’une parole droite, d’une manière d’être au monde. Ce sont des femmes et des hommes qui vous acceptent tel que vous êtes, sans vous demander de vous justifier, sans chercher à vous transformer. Des êtres qui se sentent simplement en paix avec vous, et dont la présence devient un lieu sûr.

Ces frères choisis ne réclament rien, mais donnent beaucoup. Ils répondent à des exigences intérieures : le respect, la sincérité, l’honnêteté, l’objectivité, l’amour de l’autre. Ils partagent vos valeurs sans les proclamer, ils les incarnent.
Pontien KADJUO A PAKOKO était de ceux-là.

Le destin l’avait placé sur le chemin de nombreux d’entre nous. Sur ce long et parfois rude chemin qu’on appelle la vie. Nous venions de loin. De l’enfance, de la Ruashi, de ces années où l’on se construit sans le savoir encore. Et de ces années-là, une chose me revient avec une force intacte : je ne me souviens pas du jour où Pontien aurait appelé un proche par son nom ou son prénom. Jamais.
C’était toujours mon frère, mon frérot, ma sœur — prononcés avec une déférence naturelle, presque sacrée. Comme s’il reconnaissait en chacun une dignité préalable. Comme s’il savait que le mot pouvait déjà être un acte de paix.
Face à lui, on se sentait obligé de devenir meilleur. Obligé de lui rendre cette fraternité qu’il offrait sans calcul.
Homme de paix, homme de conviction, homme de bien.
Au sein de notre plateforme, il était le sage. Celui qui ne criait pas, mais dont la parole faisait taire les colères. Celui qui savait calmer les ardeurs des plus révoltés, non pas en éteignant la flamme, mais en lui donnant une direction. Il croyait à la force du dialogue, à la patience, à l’intelligence collective.

Homme de foi aussi, Pontien avait le goût du bien et du beau. Il le cultivait avec une plume rare, exigeante, élégante. À l’écrit comme à l’oral, il excellait sans forcer, sans écraser. Il écrivait comme on éclaire, il parlait comme on ouvre des portes.

Ce jour restera mémorable. Il marque le départ non seulement de Voltaire, mais aussi de Shakespeare de la Ruashi. Oui, car Pontien était de ces esprits complets, capables de la profondeur critique comme de l’élan poétique. D’aucuns l’appelaient la Bibliothèque, d’autres l’Encyclopédie. Non pas parce qu’il accumulait le savoir, mais parce qu’il savait le transmettre, le relier, l’humaniser.

Michel de Montaigne préférait la tête bien faite à la tête bien pleine. Pontien avait les deux. Une intelligence structurée et une mémoire riche, mais surtout un cœur à la hauteur de son esprit. Ironie du sort, c’est ce même cœur qui l’a emporté selon la médecine.

Quelle perte immense pour RUASHI-YETU, quelle absence douloureuse pour LAUTREINFO, où sa plume et sa contribution manqueront longtemps. Frère des mots ,frère de la vie, ses mots nous accompagneront pendant longtemps. Ses phrases résonneront aussi pendant longtemps tant dans nos oreilles que dans nos cœurs, dont une restée indélébile : « Quand nous fumes à la Kafubu et que nous y fumâmes ensemble la cigarette »….. Ce fut du Pakoko pur jus, la quinzaine révolue.

ZADAIN KASONGO T

La plume s’est tue, le frère demeure

J’étais en route vers l’aéroport de Bruxelles National lorsque la foudre s’est abattue sur notre famille. Une foudre sourde, brutale, irrévocable. Elle a emporté avec elle ce que j’avais de plus cher : Pontien PAKOKO A KADJUO .
Un frère.
Un compagnon des lettres.
Un ami sans frontières.

La nouvelle m’est parvenue par téléphone. Au bout du fil, une voix féminine, brisée par les sanglots. C’était celle de Virginie, membre éminente de notre plateforme, grande dame au cœur noble, mais pour nous tous, notre jeune sœur. La nouvelle, bien que prévisible, n’en était pas moins effrayante. Elle m’a d’abord figé, avant de m’asphyxier.

Avec un trémolo douloureux dans la voix, Virginie lâche ces mots que je n’oublierai jamais :
— Papa Zadain… vieux Pakoko est parti. Il nous a quittés.

Mon sang n’a fait qu’un tour.
En un éclair, toute une vie s’est imposée à moi : notre passé commun au théâtre, à la Maison des Jeunes de la Ruashi ; mes débuts hésitants dans la presse ; et surtout, notre dernière rencontre, six jours à peine avant son départ.

Nous nous côtoyions depuis 1967. J’étais encore à l’âge de l’école primaire. Lui avait quelques pas d’avance, sans jamais s’en prévaloir. Il me considérait comme son égal. J’étais son frère. Et je l’appelais, naturellement, frérot.
Frère de rue.
Frère de quartier.
Frère de vie.

Nos parents respectifs étaient liés par une amitié sincère, celle des vrais voisins, des frères sans discours inutiles. Ils partageaient tout et parlaient une langue universelle : celle de l’amour authentique entre les peuples. Pontien a grandi dans ce creuset. Son père, comme le mien, parlait peu. Des hommes discrets, presque silencieux. Mais nos mamans, ah ! Nos mamans… de véritables moulins à parole éducative.

La mienne portait fièrement son surnom de Jeune maman. La sienne était connue sous celui de Madame Français — non pas parce qu’elle était française, mais parce qu’elle aimait passionnément la langue de Molière. Elle ne la maîtrisait pas toujours, mais elle l’aimait, la savourait, la taquinait. Comme la mienne, elle aimait plaisanter en français… ou presque.
Cette familiarité avec la langue a-t-elle influencé leurs enfants que nous sommes devenus ? La question demeure ouverte, mais les faits parlent d’eux-mêmes.

Pontien Pakoko, mon frérot de toujours, n’usurpait rien. D’un humour décapant, d’une intelligence vive, nous partagions des valeurs essentielles, mais surtout l’amour des langues et des lettres. Nous lisions les mêmes livres, admirions les mêmes auteurs. Du classique à la fiction contemporaine, il était un lecteur insatiable. Il lisait tout. Même les bandes dessinées, dont il raffolait avec une jubilation presque enfantine.

Littéraire jusqu’au bout, il ne se limitait pas au latin. Il s’intéressait avec la même ferveur à nos langues africaines. Nos discussions voyageaient librement : du tshokwe au rund, du tshiluba au swahili, du français à l’anglais — une langue qu’il maniait avec une telle élégance que je le surnommais affectueusement « le Shakespeare de la Ruashi ».

Du haut de ses presque deux mètres, il imposait sans écraser. Il charmait par la richesse et la beauté de sa phraséologie. C’est à lui que revenait souvent la mission délicate de rédiger les discours de notre troupe théâtrale AFROZAM. Il avait la plume.
Mieux : il était une plume.

Une plume rare. Une plume qui me subjuguait.
Aujourd’hui, notre plateforme perd sa meilleure plume. Certains de ses écrits mériteraient d’être enseignés dans les meilleures écoles de journalisme — ma foi de journaliste en témoigne. Je perds un allié précieux dans nos groupes de réflexion, tant son verbe était limpide, élégant, profondément humain.

Mon frérot s’est éteint.
Mon Pakoko s’en est allé.
Mes larmes ne suffisent pas à le réveiller.
Frérot, entends mon cri.

Séparés géographiquement durant près de quatre décennies, nous sommes restés unis par la magie de la science : téléphone, internet, courriels. Dieu seul sait combien de fois nos téléphones ont sonné, combien de messages ont circulé entre nous, porteurs de nouvelles, de conseils, de rires.

Il y a deux semaines à peine lors de mon séjour à Lubumbashi, nous célébrions nos retrouvailles à Likasi, sa nouvelle ville d’attache après sa retraite de la Gécamines. J’ai encore dans la chair la chaleur de nos embrassades. Par deux fois, je suis allé le chercher chez lui sans succès : il était aux soins à Lubumbashi. La troisième fois fut la bonne. Et là, enfin, nous avons laissé parler nos cœurs.

Nos souvenirs d’enfance et de jeunesse ont resurgi. Il y avait tant à se dire que le temps nous a paru dérisoire, presque cruel. Je ne savais pas que ce serait la dernière fois.
Avec le recul, Dieu nous parlait déjà. Mais la joie des retrouvailles nous a distraits, au point même d’oublier la remise du cadeau.

Frérot,
repose en paix.
Ton frère ne t’oubliera jamais.

ZADAIN KASONGO T.
Ton frérot de toujours.

LE SAVANT EST PARTI

Il s’est éteint dans la discrétion, comme il a vécu, ce dimanche 14 décembre 2025, aux petites heures du matin. Il venait de célébrer sa nonantième bougie, le 25 novembre dernier.


Avec lui s’éteint une lumière, mais non la clarté qu’il a semée.
Patrice MUFUTA KABEMBA, homme des lettres, Professeur des universités, n’était plus à présenter dans les milieux intellectuels congolais, africains et internationaux. Son œuvre et sa pensée ont franchi les frontières, porté haut la voix des savoirs africains, et inscrit durablement son nom dans l’histoire universitaire.

Tenter de retracer ici son parcours relèverait de l’impossible tant son curriculum vitae, déjà long de plus de dix pages en 1989, débordait de recherches, d’enseignements et d’engagements.
Chercheur infatigable, enseignant jusqu’à son dernier souffle, il a consacré sa vie à transmettre. Transmettre le savoir, son savoir, mais surtout le goût du savoir.


Depuis l’obtention de sa licence en philologie africaine en 1962 à l’Université Lovanium de Kinshasa, jusqu’à son doctorat en ethnologie obtenu en 1968 à Paris Nanterre, combien d’étudiants, combien de professeurs sont passés par son école, façonnés par son exigence, éclairés par sa rigueur et nourris par sa générosité intellectuelle ?
Aux côtés de son épouse, mamu Tshianda NGALULA, il a fondé une famille solide et digne. Cinq enfants perpétuent aujourd’hui son héritage humain et moral : Gabriel MUFUTA KANKOLONGO, Jean-Michel MUFUTA MUKENA, Marie-Tecla MUFUTA MASENGU, Nicole Sophie MUFUTA MUSWAMBA et Muntu Dikanda MUFUTA.

À la Faculté des Lettres de Lubumbashi, sa chaire reste silencieuse. Les étudiants l’appelaient simplement “le Savant”.

Un vieil adage africain dit : « Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »
Mais Patrice MUFUTA KABEMBA était à la fois une bibliothèque et tout un village à lui seul, porteur de mémoires, de traditions, de savoirs et de visions.
Ses œuvres continueront de parler pour lui. Parmi elles, Le Kasala, cette étude magistrale du panégyrique luba, qu’il a su analyser, transmettre et magnifier avec une maîtrise inégalée. Il en demeure le père incontesté. Qui mieux que lui savait chanter les vertus du kasala, lui qui l’a tant enseigné et tant honoré ?
C’est désormais aux poètes de faire résonner cet écho, et de lui offrir, à leur tour, un kasala digne de son nom.

Mon savant est parti.

Notre savant s’est tu à jamais.
Mais jamais le poète, jamais l’enseignant ne meurt tout à fait.
Leurs œuvres parlent, enseignent et demeurent.
Patrice MUFUTA KABEMBA,
insuffle-moi ta sagesse et ton savoir,
afin que je sache te pleurer avec la dignité et la profondeur
que toi seul savais enseigner.

ZADAIN KASONGO

À l’ombre éclatante de l’Intelligence artificielle

Je viens d’achever une session de cours consacrée à l’Intelligence Artificielle (IA). C’est, à n’en point douter, la science du moment, le sujet incandescent qui embrase les conversations, les plateaux télévisés, les amphithéâtres et les cafés du monde. Tout le monde en parle, tout semble désormais tourner autour d’elle.


L’IA s’infiltre dans nos vies avec la discrétion d’une brise et la puissance d’une tempête. Elle se glisse dans nos téléphones, nos voitures, nos maisons, jusque dans nos rêves. On la consulte pour écrire un poème, composer une chanson, diagnostiquer une maladie ou même choisir la robe du lendemain. Personne n’y échappe. Pas même moi.


Alors, ne voulant pas demeurer spectateur sur le quai d’une gare déjà lointaine, j’ai pris la décision de monter dans le train en marche. Il sifflait depuis longtemps, ce train-là. Il avait quitté la gare dans certaines régions du globe, emportant à son bord ingénieurs, chercheurs, rêveurs et curieux. Je me suis dit qu’il n’était jamais trop tard pour embarquer, même en dernière classe, pourvu que le voyage mène quelque part. Quinze jours d’intense initiation ont suffi pour me conduire à destination. Et quelle destination !


J’ai eu la sensation de pénétrer dans une tour noire dont jaillissait une clarté fascinante, un de ces paradoxes qui bouleversent la pensée : à la fois vertige et révélation. Tout semblait neuf, presque magique. Chaque ligne de code m’apparaissait comme une incantation. Chaque réponse de la machine ouvrait une porte que je n’avais jamais soupçonnée. Et tout cela, je le dois à la bienveillance d’un certain Alain, jeune formateur pétri de pédagogie, qui sait faire jaillir la lumière du savoir avec une patience d’orfèvre.


Mais à mesure que s’accumulaient les émerveillements, des questions se levaient, obstinées, comme des ombres au pied de la lampe. Car l’IA, telle que je la découvre, me semble parfois se poser en rivale de l’IH : l’Intelligence humaine. On ne me l’a pas enseigné ainsi, mais c’est la déduction à laquelle je parviens.


Voici qu’un nouvel acteur, invisible et docile, se propose d’écrire, de raisonner, de créer à notre place. L’étudiant s’y réfère pour ses travaux, le journaliste y puise ses titres et ses synthèses, l’artiste lui confie ses esquisses, le médecin ses doutes diagnostiques. Le banquier l’interroge avant d’investir, le juge l’invite à résumer les dossiers les plus complexes. La machine devient l’assistante universelle, la confidente numérique de notre époque.


Et pourtant, une inquiétude sourde m’envahit.
L’IA ne risque-t-elle pas d’endormir, voire d’atrophier l’effort intellectuel ? N’affaiblira-t-elle pas le goût de la recherche, la rigueur de la pensée, le courage de l’analyse, cette noblesse fragile qui fonde les métiers de l’esprit ?


Je repense alors à mon instituteur de sixième primaire, Étienne KAYANZA, dans ma Ruashi natale, à Lubumbashi. C’est lui qui, armé de sa craie blanche et de sa patience d’artisan, m’apprit les subtilités de la grammaire française. Sous sa férule bienveillante, la concordance des temps devint pour moi une musique familière : l’accord du verbe avec la pensée, du passé avec l’avenir. Ses leçons, souvent rythmées par des exemples tirés de la vie — « Si j’avais su, j’aurais appris plus tôt ! » — résonnent encore dans ma mémoire comme un refrain d’enfance.
Ces heures de sueur, de répétition et de rigueur ont forgé en moi l’amour des mots et la discipline de l’esprit. Aujourd’hui, face à une IA qui propose d’effacer cet effort, je frémis. Car ce qui se perd, au-delà de la peine du travail, c’est la saveur du mérite, la joie du chemin parcouru, la lente conquête du savoir.


Faut-il dès lors saluer une révolution libératrice ou s’alarmer d’une dérive qui dévalorise l’intelligence humaine ? Faut-il applaudir la machine qui corrige nos fautes et rédige nos discours, ou pleurer l’élève qui n’éprouvera plus la joie d’avoir trouvé par lui-même la bonne phrase, le bon mot ?


La réponse, peut-être, ne viendra pas des machines, mais de l’usage que nous, humains, choisirons d’en faire. Car l’IA n’est qu’un miroir : elle réfléchit ce que nous lui offrons. Si nous lui donnons notre paresse, elle nous la renverra multipliée ; mais si nous y déposons notre curiosité, notre sens éthique et notre créativité, elle deviendra l’alliée la plus fidèle du progrès humain.


Alors, à l’ombre éclatante de cette Intelligence artificielle, il nous appartient de veiller à ce que l’intelligence humaine demeure le soleil.


ZADAIN KASONGO T.

Adieu, mon frère. Adieu, papa DJECK !

Il est des jours où les mots, pourtant fidèles compagnons, vacillent. Où l’inspiration se fait timide, et où la force intérieure, celle que l’on croyait inépuisable, vous abandonne soudain.


Ce 21 juillet 2025, jour de liesse nationale pour la Belgique, restera pour moi, et pour tant d’autres enfants de la Ruashi, une journée de deuil. Une étoile s’est éteinte. Une voix s’est tue. Jacques Mukaleng Makal, que tous appelaient affectueusement papa DJECK, mon frère, s’en est allé. Et je perds bien plus qu’un ami. Je perds une part de mon histoire.


Il est parti comme il a vécu : humblement, discrètement, mais profondément présent dans nos cœurs.


Nous avons grandi ensemble. Parfois de loin, souvent de très près. De ces amitiés qui ignorent les saisons et traversent les décennies sans jamais se ternir. D’aussi loin que je me souvienne, notre lien a été forgé dans les livres et la vie, entre les pages de Tintin, de Bob Morane, et les coups de dés d’un Monopoly endiablé ou les lettres d’un Scrabble animé et d’un jeu de dames sous les cris de Leng-leng, sa façon à lui de déstabiliser son adversaire. Déjà, il excellait : esprit vif, regard brillant, cœur large. Plus tard, de grands auteurs et célèbres existentialistes nous servaient des sujets cognitifs d’échanges. De François MAURIAC à Jean-Paul SARTRE ou Albert CAMUS et autres, nos envolées littéraires s’étalaient. Tout ça me revient aujourd’hui.


Et puis, il y eut le théâtre. Notre théâtre. Notre rêve commun devenu réalité en 1977, sous le nom de AFROZAM, « les Africains ZADAIN et MAKAL ». Nom inventé et ou trouvé par Hilaire TSHIBANGU un des premiers acteurs de la troupe. De Lubumbashi à Kinshasa, de Kolwezi à Mbujimayi, de Likasi à Musoshi, de Kakanda à Kipushi, papa DJECK était le souffle, la voix, le geste, l’âme de nos pièces. Il était acteur, chanteur, danseur, écrivain, improvisateur hors pair. Un perfectionniste exigeant mais doux, une présence scénique rare, un compagnon de jeu inégalé. Il portait en lui l’héritage de Molière autant que celui des traditions luba, qu’il incarnait avec fierté et talent dans nos ballets, lui le dépositaire naturel des traditions rund. Si Hilaire avait trouvé le nom de la Troupe, papa Djeck y avait ajouté quant à lui le qualificatif qui l’accompagnait et c’était : Les MOLIÈRES CONTEMPORAINS.


En effet, Molières nous le fumes. Notre première pièce de théâtre était « LE MÉDECIN MALGRÉ LUI » œuvre de Molière. Papa DJECK y jouait GÉRONTE pendant que je faisais Sganarelle (le Médecin).


Le reste de spectacles et pièces par la suite était nos propres compositions notamment AURORE son œuvre. Quand il jouait des pièces inspirées et écrites de ma plume on croirait qu’il en était aussi auteur, tellement l’incarnation des personnages était parfaite. Ce fut le cas de :
1°Le Domestique amoureux,


2° la classe des indisciplinés. Pièce qu’il avait débaptisée en : Le Professeur Zadain et la classe des indisciplinés.


Dans cette dernière pièce, il incarnait le rôle de l’élève indiscipliné, vrai délinquant et à la limite voyou comme on en qualifiait à l’époque. Alors avec quel talent papa Djeck rendait ce spectacle attrayant. Gestes, mimiques, démarche, mouvement sur scène et vocabulaires appropriés faisaient complètement oublier l’éloquent Jacques MUKALANG Mukal de grand jour dans la vie réelle. Dans nos ballets, il aimait des rôles qui valorisaient nos traditions.


Il m’appelait toujours « papa ZADAIN ». Et moi, « papa DJECK ». Sans jamais déroger à ce respect mutuel. Il n’avait pas d’âge, parce qu’il avait tous les âges de la tendresse. Il était homme de paix, de dialogue, de convivialité. Jamais encombrant, toujours juste, loyal et honnête. Il savait écouter, consoler, rire. Il savait surtout aimer sans bruit, mais avec fidélité.


Il y aurait tant à dire. Tellement à transmettre.


Il y a eu les années sombres, aussi. En 1981, quand mon père mourut un 25 décembre, il renonça à toutes les fêtes pour pleurer avec moi dix jours durant. Sans compter les jours qu’il passait seul à l’hôpital réconforter mon vénérable patriarche en ses derniers jours.


Il y a eu 1992-1993, les tristes années d’épuration ethnique. Alors que ma mère, Kasaïenne, vivait dans la peur, c’est lui, papa DJECK, qui se fit gardien, soutien, présence fraternelle. Il venait chaque jour apaiser l’angoisse, dire que l’humanité valait plus que la haine. Le tribalisme, il le combattait.


Et puis les années d’éloignement. Moi loin du pays pendant des décennies. Lui, toujours là. Fidèle à la maison, à ma famille, à notre mère, à notre histoire. Même devenu Directeur de la presse présidentielle, il ne changea pas. Il passait, humblement, avec ce petit paquet de vivres, comme on apporte un peu de chaleur, de réconfort. Quelle que soit l’heure, et souvent entre minuit et 3heures du matin, il frappait à la porte. Mes jeunes frères et sœurs ouvraient.


S’adressant à notre mère, il disait : Je suis de service avec le Président. C’est seulement maintenant que je trouve un peu de temps. Mon vol est à 8 heures du matin, je ne pouvais pas manquer de passer dire bonjour à maman. Oui elle était aussi sa maman. De passage en Europe c’est chez moi qu’il venait passer ses nuits et ses jours de repos, abandonnant hôtels de luxe et tout le confort accordé à la délégation présidentielle. Un vrai frère. Il avait toujours une chambre de disponible chez moi pour lui.


À sa mort, ma mère réclama à lui parler, comme à l’un de ses propres fils. Elle l’appréciait comme tel. Et lui aussi, de cette affection rare et noble que les grandes âmes savent donner.


Il n’avait pas de tribu, parce qu’il appartenait à toutes. Il n’était ni ethnique, ni politique, mais humain. Vraiment humain. Nous ne parlions jamais politique.


À ses enfants – Pascal, Sarah, Daniel, Jacques – je veux dire ceci :


« Vous avez perdu un père, mais vous avez hérité d’une légende.
Vous portez en vous la mémoire d’un homme que mille autres auraient voulu avoir pour frère, pour ami, pour guide. Vous avez perdu un papa, mais vous avez gagné des milliers d’autres papas à travers le monde. Eux aussi vous aiment comme votre père aimait sans intérêt les enfants des autres. Je suis de ceux-là. Tel un devoir, tel un testament non écrit qu’il nous lègue.« Soyez en fiers, soyez forts, soyez fidèles à son exemple ».


Quant à moi, je pleure un frère sans lien de sang, mais avec tous les liens du cœur. Un compagnon d’art, un pilier de ma vie, un homme d’honneur.


Paix à toi papa DJECK. Les planches sont vides, mais nos cœurs sont pleins. Tu nous as appris à vivre. Aujourd’hui, tu nous apprends à pleurer dignement.


ZADAIN KASONGO T.
Ton frère de toujours !

Heureux anniversaire, Maître Hilaire KATENDE KATSH’ MBIKA !

Soixante-quinze ou septante-cinq ans ! Sur quasi 2mètres c’est réellement suffisant pour être géant. Cela fait un bel âge, une sorte de grand trois-quarts de siècle, où l’on a déjà écrit sa légende mais où l’on continue, mine de rien, à répéter pour les représentations à venir.

Car Hilaire, notre Hilaire, n’a jamais eu l’air de s’arrêter.


Né à Jadotville, sorti du ventre maternel comme un acteur surgit des coulisses, il est aussitôt entré en scène. Et quelle scène ! Celle de la vie congolaise, vaste théâtre où il a su, à la manière d’un Molière moderne, mêler rires et larmes, satire et tendresse.


Acteur, metteur en scène, écrivain, voyageur infatigable, dramaturge prolifique : il a porté ses pièces du Katanga jusqu’aux rives du fleuve Congo, arpentant villes et villages comme d’autres promènent leur chien. Quatre-vingts pièces de théâtre – excusez du peu ! – dont cinquante-trois publiées. Un journaliste qui le suit depuis des années avance une centaine d’œuvres à l’actif du héros du jour. Voilà qui ferait pâlir d’envie bien des dramaturges de Paris à Saint-Germain-des-Prés, ces messieurs en cravate qui noircissent des pages et s’épuisent pour décrocher un Molière… quand lui, tranquille, collectionne les lauriers comme d’autres collectionnent les timbres.


Et ce soir, il souffle soixante-quinze bougies ! L’affaire n’est pas mince : on imagine déjà l’incendie si toutes devaient brûler ensemble. On aurait besoin d’un bataillon de pompiers, et peut-être même d’un régisseur pour régler l’éclairage ! Mais qu’importe, l’essentiel est que la flamme brille, et qu’elle brille longtemps.


Je lève mon verre – lui qui ne boit pas. Voilà bien un comique de situation digne de Feydeau : trinquer seul mais lever haut, très haut, la coupe de l’amitié. Quant à lui, fidèle à ses habitudes, il préfère une pincée de poudre à renifler – poudre d’inventivité, précisons-le, celle qui fait éternuer les idées et accoucher les répliques.


Alors, en ce jour, saluons l’enfant de PANDA devenu géant du théâtre congolais. Maître Hilaire, vous êtes notre monument vivant, notre Cyrano sans panache à plume d’oie mais à plume dramatique, et, pour paraphraser Rabelais : « Riez toujours, car le rire est le propre de l’homme, et vous en êtes la preuve vivante. » Joyeux 75 printemps, Maître ! Vive l’artiste, et que la scène ne se ferme jamais sur votre nom.


ZADAIN KASONGO

A quand la retraite de MBOSO ?

Les Jeunes Patriotes Congolais de la Diaspora exigent la retraite immédiate du patriarche Mbosso Nkodia Pwanga
12 septembre 2025 – Depuis la Belgique

Sous la direction de Fabrice KASONGO TSHIBANGU, les Jeunes Patriotes Congolais de la Diaspora (JPCD) montent solennellement au créneau pour dénoncer une incohérence flagrante au sein des institutions de la République Démocratique du Congo : le maintien en fonction du patriarche Christophe Mbosso Nkodia Pwanga, bientôt nonagénaire, pendant que de nombreux cadres, parfois bien plus jeunes et encore en pleine possession de leurs capacités, ont été écartés ou envoyés à la retraite.

Il ne s’agit pas ici d’un caprice politique, mais d’une question de cohérence et de responsabilité humaine. Car que signifie, pour une nation avide de renouveau, de laisser un homme approchant les 90 ans affronter la rigueur d’un système institutionnel exigeant, avec ses réunions interminables, ses arbitrages constants et la pression qui épuise même les plus vigoureux ?

L’histoire, qu’elle soit africaine ou mondiale, nous enseigne que les grandes nations savent ménager leurs anciens, mais également préparer leur relève. Nelson Mandela, par exemple, avait compris qu’après un mandat, il fallait transmettre le flambeau, préférant la dignité d’un retrait respectueux à l’acharnement dans l’exercice du pouvoir. Aux États-Unis, Franklin D. Roosevelt, usé par la maladie, avait montré combien la charge d’un État peut devenir insoutenable pour un corps fragilisé, malgré la grandeur d’un esprit. Et en Afrique, de nombreux dirigeants ont sombré dans le ridicule et l’inefficacité pour avoir refusé de quitter la scène à temps, alors que leur peuple réclamait un souffle nouveau.

En comparaison, le cas de l’honorable Mbosso choque davantage lorsqu’on se souvient que Jules Alingete, ancien Inspecteur général des finances, a été mis à la retraite avant même ses 60 ans. Deux poids, deux mesures : là où l’on écarte un cadre encore productif, l’on maintient un patriarche épuisé dans des fonctions de haute intensité. Quelle logique ? Quelle justice institutionnelle ?

Nous, Jeunes Patriotes Congolais de la Diaspora, affirmons que l’honorable Mbosso mérite mieux que cette exposition continue à la fatigue et à l’usure publique. Ce n’est pas une disgrâce que de prendre sa retraite, c’est un honneur lorsque celle-ci est entourée de respect et de reconnaissance. C’est pourquoi nous proposons que l’État congolais organise son retrait avec dignité, en lui attribuant une décoration nationale pour services rendus à la Nation, à l’instar de l’honorable Léon Kengo Wa Dondo, souvent qualifié de « bibliothèque vivante » de la politique congolaise et qui a su se retirer à temps.

Maintenir Mbosso dans une fonction aussi exigeante, c’est prendre le risque de l’épuiser au point de compromettre son image et, pire encore, c’est oublier l’humain derrière la fonction. Un pays qui refuse de se renouveler en sacrifiant ses jeunes cadres au profit du maintien de ses patriarches dans des charges inhumaines, envoie un message de blocage, de stagnation et de contradiction.En définitive, nous interpellons directement et humblement le Chef de l’État, Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, garant des institutions de la République, afin qu’il prenne ses responsabilités. Il s’agit moins ici d’une décision administrative que d’un geste de sagesse et d’humanité.

Car oui, l’histoire jugera. Elle jugera sévèrement ceux qui auront maintenu un patriarche fatigué dans une charge implacable. Mais elle honorera ceux qui auront su lui offrir une retraite digne, respectueuse et reconnaissante.

Fabrice KASONGO TSHIBANGU
Président des Jeunes Patriotes Congolais de la Diaspora (JPCD)

Hommage à Tharcisse TSHIBANDA Tondoy, dit TSHITOND

Par ZADAIN, son frère en humanité, théâtre, média, musique et de toujours.

Le 11 juin 1953, à minuit et une minute, quelque part à Kolwezi, alors que le silence de la nuit couvrait les toits de tôle de la cité minière, une lumière s’allumait dans l’ombre : un enfant venait de naître, dans une maternité modeste, mais remplie d’espérance.

Le destin avait choisi ce lieu, aux confins du Haut-Katanga, pour faire éclore une étoile que rien, ni le temps, ni l’injustice, ni la maladie, ne pourraient jamais éteindre.

Sixième d’une fratrie de treize enfants, Tharcisse TSHIBANDA Tondoy – que nous allions un jour appeler affectueusement TSHITOND – reçut à la naissance le souffle d’une force que seuls les bien-aimés de Dieu portent en eux. Une force discrète, silencieuse, qui puise dans la douleur son chant d’espérance.

Papa Polycarpe Kazadi annonça fièrement la nouvelle à ses collègues : « Un fils nous est né ! » Et maman Gertrude Muswamba MIANDABU, cœur battant d’une famille nombreuse, accueillit les premières visites avec la grâce des femmes de lumière. Ce jour-là, et les jours suivants, furent des jours de fête – car chaque enfant est un miracle, et celui-là allait devenir une légende.

Mais la vie, dès ses premières heures, voulut mettre son courage à l’épreuve. À trois ans, la maladie s’invite. La poliomyélite, cruelle et implacable, s’abat sur le petit corps de Tharcisse. Plus d’une année à l’hôpital, dans les bras d’une mère qui veilla jour et nuit, refusant de céder à la peur. La foi des parents ne vacilla pas. Comme le dit l’Écriture : « La foi est une ferme assurance des choses qu’on espère ». Et ils espéraient.

Transféré à Lubumbashi, l’enfant combat. Il perd la bataille contre la maladie, mais gagne la guerre de l’âme. Le verdict tombe : hémiplégique, colonne vertébrale atteinte. Il ne marchera plus. Mais déjà, dans ce jeune garçon cloué à son lit, battait un cœur de géant.Tandis que ses frères et sœurs remplissaient les salles de classe, lui, dans le silence d’une chambre, éduquait son esprit avec patience et soif. Loin des bancs d’école, il devint élève de la vie, lecteur du monde, guetteur d’âmes. À quinze ans, il reçoit sa première charrette, puis plus tard, son premier tricycle adapté. Ce fut comme une seconde naissance : pour la première fois, TSHITOND découvre les rues, le vent, les odeurs, la poussière chaude des avenues de Makomeno. Le monde s’ouvre.

Et dans ce monde, il se fait des amis – de ceux qui durent, de ceux qui vous voient pour ce que vous êtes. Parmi eux, un certain Alphonse Ntumba Luaba, futur professeur, futur ministre… mais avant tout, camarade de billes et de rêves, de musique.

Puis vient un soir de tempête. Une scène digne d’un roman. Lubumbashi s’assombrit, le vent hurle, la pluie menace. TSHITOND est dehors, seul. Le vent le repousse, la pente est trop rude. C’est alors qu’un inconnu surgit. Il court, il pousse la charrette. Il lui demande juste l’adresse. TSHITOND la lui indique. Il ne dit presque rien. Sur une distance de 4km,il pousse la charrette en courant jusqu’à destination. Il sauve. Ce jeune homme, c’était moi. ZADAIN. Et depuis ce jour, nous ne nous sommes plus quittés.

Cinquante ans d’amitié profonde, de fraternité sans conditions, d’art partagé. Car l’art, chez TSHITOND, coule comme une rivière vivante. Il est notre régisseur, notre mémoire, notre inspiration. Au théâtre, il règne en maître de l’ombre. En musique, il devient feu.

Ah, quand TSHITOND chante !Il porte en lui la voix rauque de Johnny Hallyday, la douceur triste de Salvatore Adamo, la romance de Frédéric François, la poésie de Moustaki.

Et surtout, il fait revivre Franco Luambo avec une fidélité d’âme rare. Il chante comme on respire, comme on prie, comme on se souvient.

Il a su traverser les frontières de la rumba et de la chanson française avec un naturel désarmant. Il n’imite pas les grands : il les incarne. Il ne chante pas la musique : il la devient.

Aujourd’hui, je rends hommage à cet homme qui, toute sa vie, a transformé le handicap en dignité, l’exclusion en création, la solitude en fraternité. TSHITOND est de ceux qui ne demandent rien mais donnent tout. Il a financé les études de ses nièces et neveux. Sur cette photo témoin,un neveu lui cède sa toge en signe de reconnaissance pour avoir payé ses études de la maternelle à l’université. Il est de ceux dont la vie devient enseignement.

Tu es un vivant poème, Tshitond. Un chant qui ne finit jamais.

Que cet éclat qui t’habite ne s’éteigne jamais,

Que les jeunes apprennent ton nom,

Que la mémoire te garde debout,

Et que ton chant résonne, même quand nos voix se tairont.

Ton frère pour toujours,

ZADAIN