Kabaala. — Dans cette localité reculée, accessible par une piste qui s’enfonce dans la brousse, certains habitants continuent de consulter un « foudroyeur », figure associée à des pratiques mystiques censées agir sur le destin ou régler des conflits. Une réalité qui coexiste avec les institutions modernes, souvent perçues comme défaillantes.
C’est dans ce contexte que nous avons accompagné un homme venu chercher une solution à un différend conjugal. Il accuse un responsable religieux d’être à l’origine de la rupture de son couple. Estimant ne pas pouvoir obtenir réparation par les voies judiciaires, il a choisi de se tourner vers ce praticien traditionnel.
« Je n’ai plus confiance dans les tribunaux », confie-t-il en chemin. Comme lui, plusieurs habitants évoquent la lenteur des procédures, le coût des démarches ou encore le sentiment d’injustice. Dans ces conditions, le recours à des figures traditionnelles apparaît, pour certains, comme une alternative.
La demande du visiteur reste toutefois imprécise. Il parle de « faire cesser » une situation qu’il juge insupportable, sans expliciter clairement les moyens attendus. Cette ambiguïté est fréquente dans ce type de consultation, où les attentes oscillent entre la protection, la réparation symbolique et le désir de représailles.
Contrairement aux représentations spectaculaires souvent associées à ces pratiques, la case du foudroyeur se distingue par sa simplicité. Aucune mise en scène particulière, aucun signe ostentatoire. Le lieu est sobre, presque ordinaire.
L’homme qui nous reçoit ne correspond pas non plus aux images véhiculées par la rumeur. Calme, posé, il adopte une attitude mesurée. Il écoute longuement avant de répondre, sans élever la voix ni chercher à impressionner.
Au cours de l’entretien, le foudroyeur insiste d’abord sur la nécessité de dire la vérité. « Si tu mens, cela se retournera contre toi », prévient-il. Il affirme également qu’il ne s’engage pas dans des actions visant à nuire gravement sans justification sérieuse.
« Le sang humain parle », explique-t-il, suggérant que certains actes auraient des conséquences irréversibles. Il ne rejette pas la demande, mais en fixe les limites, laissant entendre que toute intervention doit être encadrée.
Ce type de consultation révèle moins une adhésion totale à des pratiques mystiques qu’un besoin de donner un sens à des situations vécues comme injustes ou incompréhensibles. Pour certains, il s’agit de retrouver une forme de contrôle face à des événements qui échappent aux mécanismes institutionnels.
Sur place, il apparaît que le rôle du foudroyeur dépasse celui d’un simple exécutant de rituels. Il agit aussi comme un interlocuteur, un médiateur symbolique, voire un régulateur moral dans certaines situations.
À la sortie, rien ne permet de mesurer immédiatement les effets de la consultation. Le visiteur repart sans réponse définitive, mais avec le sentiment d’avoir été entendu.
À Kabaala, comme dans d’autres régions, ces pratiques continuent de s’inscrire dans le quotidien de certaines populations. Elles traduisent à la fois la persistance des croyances traditionnelles et les limites perçues des institutions modernes.
Entre la justice formelle et le recours aux pratiques coutumières, les habitants naviguent souvent dans un espace hybride. Le cas observé à Kabaala illustre cette tension : face à l’incertitude, certains choisissent des voies parallèles pour tenter de résoudre leurs conflits.
José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.


