Quand les richesses nationales attirent le monde, mais que les enfants du pays cherchent leur avenir ailleurs.
Comment avons-nous pu laisser un pays aussi riche devenir, pour tant de ses enfants, un pays qu’il faut quitter pour espérer vivre dignement ? Une nouvelle récente venue du Lualaba a particulièrement retenu mon attention. La Direction générale de migration y a découvert, au cours d’une opération dans une concession minière, plusieurs dizaines de ressortissants étrangers en situation irrégulière. Je ne peux m’empêcher de rapprocher cette situation de l’exode de nos propres compatriotes. Voilà donc un pays que les Congolais désertent pour chercher du travail ailleurs, tandis que des étrangers viennent jusque dans ses mines exploiter les possibilités qu’offre son sous-sol. Les uns quittent leur patrie faute de perspectives ; les autres viennent chercher chez nous des richesses que nous ne savons pas toujours transformer en bien-être pour notre population. Je ne reproche pas aux étrangers de venir au Congo. Un pays ouvert aux investissements et aux échanges a besoin de partenaires. Mais je m’interroge sur cette inversion des situations : pourquoi les richesses de notre terre profitent-elles si difficilement à ses propres enfants ? Pourquoi nos jeunes diplômés doivent-ils chercher leur avenir à Paris, Bruxelles ou Montréal, alors que des activités économiques considérables se développent dans les provinces minières ? Je pense à nos dirigeants, à nos institutions et à cette longue histoire de mauvaise gouvernance qui a transformé l’abondance en précarité. Le cuivre, le cobalt, le coltan et l’or intéressent le monde entier ; pourtant, tant de Congolais manquent encore d’emplois, de soins et d’écoles convenables. Ce qui me préoccupe, au fond, n’est pas la présence des étrangers, mais l’incapacité de notre État à garantir que les richesses nationales servent d’abord au développement du pays, dans le respect de la loi. Je voudrais que le Congolais puisse travailler dans son propre pays sans être condamné à l’exil pour réussir. Nous avons peut-être fini par accepter une situation qui devrait nous révolter : les richesses du Congo attirent le monde, mais le Congo ne parvient pas à retenir ses enfants. Je ne demande pas à ceux qui sont partis de revenir sans garanties. Je voudrais simplement qu’un jour, rester au pays ne soit plus un sacrifice et que le retour ne soit plus considéré comme un échec.
José Tshisungu wa Tshisungu


