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vendredi, avril 24, 2026

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LA PENSÉE DE NOS ANCÊTRES EXPLIQUÉE (18)

« L’obscurité n’épargne aucun lieu, même les recoins de la maison. »

Ce proverbe énonce une vérité austère : nul espace n’est entièrement à l’abri de l’obscurité. La maison, symbole de refuge, d’intimité et de protection, n’échappe pas à l’invasion de l’ombre. Celle-ci s’insinue dans les recoins, là où le regard se pose rarement, là où l’ordre apparent dissimule ses fragilités. Au-delà de la nuit physique, l’obscurité devient métaphore des épreuves, des conflits, des secrets qui traversent toute existence humaine. Aucune famille, aucune communauté, si soudée soit-elle, ne peut prétendre à une lumière totale. Le proverbe invite ainsi à une lucidité sans complaisance : reconnaître que le trouble, l’incertitude et la faille font partie intégrante de la condition humaine.

Pourtant, affirmer que l’obscurité atteint tout lieu peut aussi occulter une autre réalité : celle de la résistance de la lumière. Même dans les recoins les plus reculés, il suffit parfois d’une flamme, d’un geste, d’une attention pour dissiper l’ombre. Ce qui est obscur n’est pas nécessairement condamné à le rester. L’ombre persiste souvent là où le regard se détourne, là où l’on renonce à éclairer. Ainsi, ce proverbe pourrait être lu comme une exagération, voire une résignation : en proclamant l’universalité de l’obscurité, ne risque-t-on pas de minimiser la capacité humaine à transformer, à éclairer, à assainir ses propres espaces ? La maison, même imparfaite, demeure un lieu où la lumière peut être convoquée.

Entre le constat fataliste et l’espoir actif, le proverbe ouvre un champ de responsabilité. Oui, l’obscurité peut atteindre tous les lieux, même les plus intimes ; mais cette reconnaissance n’est pas une invitation à la résignation. Elle appelle plutôt à une vigilance continue : explorer les recoins, nommer les zones d’ombre, y porter la lumière nécessaire. La sagesse ne consiste ni à nier l’existence de l’obscurité, ni à s’y abandonner, mais à apprendre à cohabiter avec elle tout en la réduisant. La maison devient alors un espace dynamique, traversé par des tensions entre ombre et clarté, où chaque geste d’éclairage est un acte de lucidité et de courage.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

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