Bruxelles, l’Heure de la Dignité Congolaise !
Le 15 mai dernier, un spectacle aussi étrange qu’affligeant s’est déroulé sur une partie du territoire bruxellois. Un groupuscule d’individus, surgis presque de nulle part, défilait sous les couleurs de la République démocratique du Congo. Drapés de drapeaux congolais comme d’un déguisement emprunté, mégaphones à la main, ils tentaient de galvaniser une assistance clairsemée à coups de slogans mal articulés et d’invectives dirigées contre le gouvernement congolais et le Président de la République.
Ils se présentaient comme des Congolais. Pourtant, ni dans la forme ni dans le fond de leur manifestation, rien ne trahissait véritablement l’âme congolaise. L’organisation approximative, les discours confus, la diction hésitante,affreuse et l’accent aisément identifiable à un peuple voisin ne laissaient guère de place au doute. Oui, il s’agissait bien de ces relais d’une propagande devenue familière aux oreilles de ceux qui suivent depuis des décennies le drame de l’Est congolais.
Car derrière cette mise en scène se profile l’ombre d’un conflit qui ensanglante la République démocratique du Congo depuis plus de trente ans. Trente années de deuils, de déplacements forcés, de villages incendiés, de femmes violées, d’enfants arrachés à leur innocence, de ressources pillées avec une avidité insatiable. Trente années durant lesquelles le peuple congolais a vu son or, son coltan, son cobalt et tant d’autres richesses quitter son sol tandis que ses fils et ses filles enterraient leurs morts dans l’indifférence presque coupable d’une partie de la communauté internationale.
Les rapports d’experts, les enquêtes internationales et de nombreuses organisations de défense des droits humains ont, à plusieurs reprises, documenté les responsabilités et les soutiens extérieurs ayant alimenté les violences dans l’Est du Congo. Ces documents constituent aujourd’hui une mémoire écrite que nul ne peut effacer d’un simple discours ou d’une opération de communication.
Mais l’histoire enseigne une vérité immuable : aucun peuple ne demeure éternellement courbé sous le poids de l’humiliation.
Après les larmes, le réveil
Pendant longtemps, les Congolais ont pleuré leurs morts dans le silence. Ils ont regardé leurs terres convoitées, leurs frontières menacées, leurs souffrances minimisées ou relativisées. Beaucoup ont cru que la lassitude finirait par étouffer leur voix. Ils se sont trompés. Car quelque chose a changé. Le peuple congolais se réveille. Comme un géant longtemps blessé mais jamais vaincu, il redécouvre la force de son unité. De Kinshasa à Lubumbashi, de Kisangani à Goma, de Mbuji-Mayi à Matadi, jusque dans les communautés de la diaspora dispersées à travers le monde, une même conscience émerge : celle d’un peuple décidé à défendre son intégrité territoriale, sa souveraineté, sa dignité et son unité.
Ce réveil n’est pas celui de la haine. Il est celui de la mémoire.
Il est celui d’un peuple qui refuse d’être réduit à une simple réserve de matières premières. Il est celui d’une nation qui réclame le droit fondamental de vivre en paix sur sa propre terre.
À l’image des peuples qui, dans l’histoire, ont résisté aux entreprises de domination et aux tentatives de démembrement, les Congolais comprennent désormais que leur salut passe d’abord par leur propre cohésion. Leur unité inébranlable.
La marche de la dignité
C’est dans cet esprit que les Congolais authentiques, de père ou de mère, ainsi que tous les amis sincères du Congo, se donnent rendez-vous ce 25 mai 2026 à Bruxelles.
Cette marche, prévue entre la Place du Trône et la Place Schuman, ne constitue pas seulement une manifestation de plus dans l’agenda européen. Elle se veut une réponse citoyenne, digne et solennelle à toutes les tentatives de manipulation visant à brouiller la vérité historique et politique du conflit qui ravage l’Est de la RDC.
Les marcheurs viennent porter un message simple mais puissant :
Le Congo n’est pas à vendre.
Le Congo n’est pas à diviser.
Le Congo n’est pas condamné à la souffrance perpétuelle.
À travers leur présence, ils entendent rappeler à l’Europe, aux institutions internationales et à l’opinion mondiale que la paix dans les Grands Lacs ne pourra être bâtie sur le mensonge, le révisionnisme, la négation des faits ou l’impunité. Ils réclament la justice pour les victimes. Ils réclament la paix pour les populations meurtries du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri.
Ils réclament que les responsables des crimes documentés répondent enfin de leurs actes devant l’histoire et devant les juridictions compétentes.
Ne pas confondre un peuple et un régime
Toutefois, la quête de justice ne doit jamais devenir une condamnation collective.
Car s’il existe des responsabilités politiques clairement identifiées, il existe aussi des femmes et des hommes rwandais qui ne se reconnaissent ni dans la violence ni dans la logique de prédation. Beaucoup souffrent eux-mêmes du poids des silences imposés, de la peur de parler et des contraintes qu’exerce toute machine politique lorsqu’elle devient répressive.
L’histoire des peuples est toujours plus complexe que les slogans.
Elle est faite aussi d’amitiés qui résistent aux tempêtes.
Je pense à cette amie rwandaise dont la famille et la mienne demeurent unies depuis plus d’un demi-siècle. Malgré les crises, malgré les discours de haine, malgré les blessures accumulées, nos liens ont survécu. Ils témoignent qu’au-delà des conflits politiques subsistent des relations humaines capables de rappeler que l’avenir ne peut être construit que sur la vérité, la justice et le respect mutuel.
L’heure du Congo
L’heure n’est plus aux lamentations stériles.
L’heure est au réveil. Le temps est venu pour les Congolais de relever la tête, de défendre leur histoire, de protéger leur territoire et de transmettre à leurs enfants la fierté d’appartenir à une nation qui refuse désormais l’humiliation. Car les peuples meurtris peuvent tomber. Ils peuvent vaciller. Ils peuvent traverser les ténèbres. Mais lorsqu’ils prennent conscience de leur force collective, ils deviennent irrésistibles.
Et aujourd’hui, de Bruxelles à Kinshasa, de Goma à Lubumbashi, souffle un vent nouveau. Le vent du réveil. Le vent de la dignité retrouvée.
Le vent d’un Congo debout.
ZADAIN KASONGO T.


