LE CONGO DEVANT SON SIÈCLE

Il arrive qu’un peuple regarde son avenir comme on contemple, au loin, une lumière encore incertaine. La République démocratique du Congo porte en elle cette étrange contradiction : l’immensité d’une promesse et la fragilité d’un présent qui semble toujours retarder l’accomplissement de cette promesse.

Dans trente-quatre ans, si la nation demeure unie, le Congo atteindra son premier centenaire. Ceux qui naissent aujourd’hui auront l’âge des souvenirs et des récits transmis à leurs propres enfants. Ceux qui sortent actuellement des universités seront alors des sexagénaires, peut-être appelés à raconter ce que fut l’époque où leur pays cherchait encore sa voie. Ils diront peut-être qu’ils avaient reçu en héritage un pays riche de terres, de forêts, de minerais et d’intelligences, mais pauvre en prévoyance politique.

Car le Congo rêvé n’est pas encore préparé aux épreuves qui viennent. Le siècle nouveau ne sera pas seulement celui des conquêtes technologiques ; il sera aussi celui des grandes vulnérabilités. Le changement climatique frappe déjà les régions qui semblaient éloignées des bouleversements du monde. Dans le centre du pays, les températures extrêmes deviennent une réalité quotidienne. Dans le Sankuru, l’insécurité alimentaire bouleverse l’équilibre ancien des communautés, tandis que la présence inhabituelle des animaux sauvages rappelle que la nature, lorsqu’elle est maltraitée, finit toujours par réclamer des comptes.

Mais il existe un autre mal, plus silencieux encore, qui accompagne depuis trop longtemps l’histoire congolaise : celui des épidémies. Ebola, la fièvre typhoïde, le choléra, le mpox ne sont pas seulement des crises sanitaires ; ils deviennent des marques jetées sur un peuple. Dans l’imaginaire du monde extérieur, le Congolais risque de devenir non plus un citoyen d’une grande nation, mais un corps suspect, un voyageur à surveiller, un voisin dont il faudrait se protéger. Une maladie peut tuer des vies ; elle peut aussi blesser une réputation collective.

À ces menaces s’ajoute la dépendance, cette vieille blessure des États qui ont conquis leur souveraineté politique sans toujours parvenir à conquérir leur autonomie économique. Un pays dont le fonctionnement dépend constamment des secours extérieurs porte en lui une souveraineté inachevée. L’État congolais ne devrait pas être une réalité maintenue par la bienveillance des puissances étrangères, mais une construction solide fondée sur la volonté de son peuple, sur la compétence de ses institutions et sur la responsabilité de ses dirigeants.

La fierté nationale ne peut demeurer une simple formule prononcée dans les discours officiels. Elle doit devenir une expérience vécue : celle d’un citoyen qui se sait protégé par son État, d’un enfant qui croit en son avenir, d’un étudiant qui transforme son savoir en œuvre utile, d’un paysan qui voit son travail reconnu.

Le drame du Congo n’est pas de manquer de richesses ; il est de manquer parfois de vision. Les nations qui survivent aux tempêtes ne sont pas celles qui ignorent les dangers, mais celles qui les prévoient. Il faudra donc un État capable d’anticiper plutôt que de réparer et une classe politique qui cesse de gérer l’urgence pour enfin façonner le futur.

Car un peuple ne reçoit jamais son destin tout fait. Il le construit, jour après jour, avec la lucidité de ceux qui savent que l’histoire ne pardonne pas aux nations qui refusent de se préparer.

José Tshisungu wa Tshisungu

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