Le discours rassembleur tenu par le président de la république, Félix Tshisekedi, en date du 27 août 2026, en faveur de la préparation et l’organisation d’un dialogue pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État en RDC, donne le ton de l’inauguration d’une nouvelle ère politique en RDC. Et il s’agit en substance d’une volonté politique déterminée qu’affiche le président de la république dans un souci d’imprimer une nouvelle marche à ce pays depuis l’indépendance tour à tour éprouvé par des crises sans fin, de nature politique, économique et sociale.
Contrairement à des époques anciennes où les politiques se réunissaient entre eux et décidaient des conclusions politiques à imposer au peuple congolais, la nouvelle donne inspire à faire prévaloir dans une vision managériale les attentes objectives des congolais à partir de la base dans toutes les provinces et toutes les entités territoriales de la RDC. Là où les assises se terminaient toujours par le partage de responsabilités politiques entre acteurs politiques congolais, même en contournant la volonté du peuple congolais souverain primaire pour accéder au pouvoir, il est désormais préféré la consolidation des institutions publiques existantes pour la stabilité effective du pays, qui ne devrait plus être exposé à vaciller à tous les coups d’humeur aventureux. La prime à l’impunité ne devrait plus être garantie comme ce fut le cas à Sun City,car le statut de belligérant ne devrait plus constituer un crédit permettant à son détenteur de s’ouvrir les portes de l’exercice d’un pouvoir démocratique quelconque.
Notre intérêt particulier en abordant ce sujet de très haute importance, consiste à naviguer, à lire entre les lignes, afin d’en tirer – face à la conjoncture actuelle de l’histoire que traverse la RDC – des idees-forces à même de guider les choix politiques incolores de notre peuple dans sa détermination responsable vis-à-vis des enjeux de l’heure, mais aussi de faire appel à l’opposition politique congolaise d’opérer des orientations politiques qui s’imposent, qui ne mettraient en mal ni leur existence propre,ni celle de la nation congolaise qu’ils aspirent à servir. Car il n’est pas indiqué à l’opposition de ne s’affirmer qu’en prenant de façon réflexe et mécanique le contre-pied de tout ce que le pouvoir arrive à proposer, à poser en actes, même quand ceci va dans le sens avéré de l’intérêt supérieur de la RDC.
La refondation de l’État ainsi prônée en RDC procède par essence, comme partout ailleurs dans le meilleur des mondes, de l’affirmation de soi en tant qu’être humain ,de sa dignité singulière et collective, de l’aspiration à autodétermination – les principes de libertés et de droits de l’homme, de démocratie, de bien-être général, étant reconnus par la Déclaration universelle des droits de l’homme et des peuples comme étant des revendications légitimes pour tous les peuples de la terre.
Il s’agit ici des objectifs à la portée des congolais de la RDC, mais rendus difficiles depuis l’accession du pays à sa souveraineté nationale et internationale, non seulement par l’irresponsabilité tour à tour affichée par des dirigeants politiques congolais, mais aussi et surtout par la main noire, néocolonialiste, qui continue dans la chaîne des valeurs économiques à l’échelle de la planète, à maintenir la RDC et l’Afrique dans la pauvreté, par l’exploitation de ses ressources brutes et de sa population, comme à l’époque de la colonisation, au service des grandes puissances. Le Rwanda qui impose à la RDC depuis trente ans une guerre atroce et injuste, ne dispose pas sur son sol d’atouts économiques avérés susceptibles de lui permettre d’oser entreprendre une guerre de longue durée contre la RDC. Comme il n’est plus un secret pour personne, on assiste en RDC à une guerre de prédation des minerais dont profitent les grandes puissances hégémoniques par l’entremise des entreprises multinationales. Paul Kagame et tous les relais exploités à cette fin par le capitalisme international sauvage, font figure de négriers des temps actuels, résolus à déstabiliser et empêcher la RDC et l’Afrique de se libérer des griffes du sous-développement. Avec l’avantage des armes à feu leur conférés par des commanditaires tapis dans l’ombre sans pouvoir totalement se dissimuler,ces dirigeants politiques africains et leurs relais inféodés font au profit des milieux politiques extérieurs puissants, le même travail de sape, de razzias, de pillages comme ont eu à le faire jusqu’au 19e siècle des personnes comme Tipo-Tip, Ngongo Lutete, Mpania Mutombo,Lumpungu et bien d’autres qui après avoir écumé l’Afrique à la très grande satisfaction des commanditaires esclavagistes extérieurs, sont à ce jour tombés dans les poubelles de l’histoire.
La refondation de l’État en RDC passe dans un élan de conscience patriotique, dans un sursaut d’orgueil, pour une question de vie ou de mort,dont chacun et chacune des congolais est tenu de s’approprier comme une affaire personnelle. Il n’est pas admissible qu’un pays doté de ressources fabuleuses comme la RDC, après s’être affranchi de la colonisation belge, accepte redevenir une colonie du Rwanda et ses soutiens impénitents, ou accepte de faire vivre son peuple dans une pauvreté paradoxale que rien ne devrait autoriser – tout simplement parce des dirigeants politiques inconscients et cupides auraient accepté de sacrifier la nation sur l’autel de leurs intérêts personnels éphémères !
L’intérêt à provenir de la refondation de l’État en RDC ne peut pas à l’avenir profiter qu’à la RDC seule, car la paix durable et la croissance économique qui en découleraient ne devraient pas manquer d’impacter positivement le développement de l’Afrique tout entière.
La guerre injuste imposée à la RDC par le Rwanda, avec tout son cortège de malheurs qui s’abattent sur l’Est de la RDC et le poids de son impact sur le budget de la république, loin de demeurer comme par le passé un instrument de domination et de soumission des congolais aux exigences capricieuses et récurrentes du Rwanda de Kagame, est par contre devenue, à la faveur de la montée du patriotisme des congolais depuis l’avènement de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême, un instrument fédérateur qui pousse à se serrer les coudes pour une cohésion nationale afin de ne pas demeurer servilement dans l’opprobre. Un regard attentionné porté sur les réactions exprimées par les congolais à travers les médias dès le soir où le discours du président en faveur du dialogue avait entamé de bénéficier d’une très large médiatisation révèle au grand jour l’adhésion d’un très grand nombre des congolais à la volonté politique manifestée par le président de la république. Cet indicateur sui generis de la confiance du peuple, de la légitimité populaire dont Félix Tshisekedi est entouré de la part de ses concitoyens est absolument révélateur de l’aspiration effective du plus grand nombre des congolais de partout à vivre une paix durable à provenir du recouvrement de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC
Cette aspiration croissante des congolais à vivre comme des hommes libres dans un pays indépendant laisse présager, sans beaucoup de risques d’être contredit, de la volonté soutenue des congolais à très vite faire table rase de tous les instruments de l’occupation rwandaise,y compris la constitution du 26 février 2006, sans qu’il ne soit question de tergiverser autour du pot quand se présente l’occasion de sauver la nation en danger et garantir l’intérêt général de tous les congolais.
En venant occuper la RDC par ruse sous couvert de l’Afdl,du Rcd et autres mouvements guerriers d’obédiences étrangères, le Rwanda et l’Ouganda ont dès le 17 mai 1997 mis fin à l’ordre politique ancien sans en référer à aucun congolais ! La prise de parole du président Yoweri Museveni le jour de la prestation de serment de Laurent Désiré Kabila à Kinshasa, est révélatrice, pour ceux qui peuvent encore se donner la peine d’en visionner les images, d’un mépris qui s’écarte de toutes les considérations diplomatiques dues à un pays souverain. L’homme fort de Kampala a sans froid aux yeux osé appeler la RDC un » espace », qu’il aurait souhaité appeler » bantuphone » plutôt qu’autre chose !
Le pays était déjà parti entre les mains des étrangers, qui croyaient déjà vouloir en faire tout ce qu’il voulaient .L’accession de Joseph Kabila à la présidence de la RDC, à la manière d’un cheveu tombé dans la soupe, et l’ordre politique imposé à Sun City par la volonté des belligérants, n’ont fait qu’enfoncer la RDC dans la merde, comme en témoignent des concessions indigestes signées en faveur du M23 par le truchement d’un Raymond Tshibanda lié aux ordres de Joseph Kabila.
L’avènement de Félix Tshisekedi au sommet du pouvoir en RDC constitue à bien d’égards un tournant historique et une opportunité hors pair à saisir en vue de sauver la RDC de la balkanisation qui la guette depuis trente ans, de sortir les congolais de l’humiliation, réhabiliter la mémoire des congolais fauchés en victimes innocentes ou sur le champ d’honneur, tout en maintenant le cap vers le développement de la RDC et le rayonnement attendu d’elle sur l’échiquier international depuis plusieurs décennies,en fonction de ses ressources fabuleuses.
La volonté politique manifestée par Félix Tshisekedi apparaît dès les premières heures de sa prise de pouvoir quand, bien avant d’avoir les coudées franches dans la configuration d’un pouvoir confisqué par l’omniprésence de son prédécesseur dans les institutions sous la coalition Fcc- Cach, il a osé affirmer devoir » déboulonner le système » en vérité alors contrôlé par le Rwanda de Kagame. Des efforts intenses sur les plans diplomatique, militaire, judiciaire ont depuis lors permis à la RDC d’espérer revenir à la condition indispensable d’un État indépendant et souverain. Cependant sur le plan économique et social interne – et ce malgré une conjoncture très difficile imposée par la guerre de l’Est de la RDC, la pandémie de COVID-19, la guerre d’Ukraine, celle du Moyen-Orient,…- des réalisations palpables ont été entreprises, comme l’augmentation du budget, la hausse des salaires des fonctionnaires publics, la gratuité de l’enseignement ( primaire) et de la maternité, ainsi que – comme aucun régime au pouvoir en RDC n’avait pu le faire avant lui – l’érection d’infrastructures diverses dans toutes les provinces de la RDC, qui peu à peu viennent combler certaines insuffisances de très longues durées et résoudre des problèmes structurels d’enclavement, notablement avec la mise en marche des corridors de Lobito et de Banana.
Multa nondum facta !Beaucoup de choses restent encore à faire, à parfaire, en rapport avec l’État de droit et la bonne gouvernance. Mais en RDC, comme partout ailleurs dans le monde, il est indéniable que la RDC renaît peu à peu de ses cendres. Ce constat, que les ennemis de la RDC ne tolèrent pas de voir, coïncide pourtant parfaitement avec la vision de Joseph-Arnold Toynbee, quand dans sa théorie du challenge, du défi, il indique que c’est quand une civilisation, une société se trouve dos au mur et semble vouée à la disparition qu’apparaissent parfois des hommes du destin pour sauver la nation et la remettre dans le sens de la marche vers le progrès.
Dans tous ces efforts que le régime de Félix Tshisekedi entreprend contre vents et marées vers la libération politique, économique et sociale de la RDC, et que de son côté le peuple congolais appuie et salue de partout,quel est le rôle et la part de l’opposition politique congolaise ? Il n’est pas excessif de dire que l’opposition politique congolaise fait piètre figure,se trouve dans une confusion terrible qui la pousse à ne pas objectivement identifier les défis et les priorités à aborder, ainsi que des adversaires à affronter ! Pour cette opposition politique congolaise plurielle, le problème majeur de la RDC en ce moment serait Félix Tshisekedi et le fauteuil présidentiel qu’il occupe ! Pourtant les faits de tueries et pillages perpétrés à l’Est de la RDC, qui témoignent de la menace existentielle qui plane sur la RDC,émanent de la volonté délibérée de Paul Kagame, qui crie haut et fort que Goma, Bukavu, etc… font partie de ses problèmes personnels – qui ne cachent ni son refus de respecter les frontières de la RDC reconnues par le droit international,ni son ingérence dans les affaires intérieures d’un autre Etat indépendant, qui constitue une infraction grave.
Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es ! Sans ancrage officiel attesté par un électif populaire, qui colle à la peau de presque tous les acteurs politiques actifs de l’opposition politique congolaise interne, ils empruntent – à contre-courant de l’intérêt supérieur de la RDC – les mêmes mêmes chevaux de bataille ( constitution, dialogue,…) que l’ennemi de la RDC dont ils répercutent à souhait des revendications, jusqu’à exiger en sa faveur l’impunité portant sur des crimes imprescriptibles, qui n’honore ni la mémoire des congolais vivants,ni celle des disparus.
L’opposition politique congolaise donne la nette impression de ne pas disposer de réponses – jamais clairement évoquées à la face du monde – aux défis de l’heure. Pourtant il aurait été à son honneur de soutenir, dans un élan patriotique avec le pouvoir en place, l’impératif de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC, tout en activant en interne le combat loyal dans le domaine de l’État de droit et de la bonne gouvernance. Puisque la RDC aura à tout jamais besoin d’avoir dans sa sphère politique une opposition politique forte et républicaine, destinée à faire le contrepoids au pouvoir tout en proposant, par des thèmes plausibles, une alternance fiable. Ce qui aurait pour effet bénéfique à la RDC que le pouvoir n’ait pas à somnoler, à reposer sur ses lauriers ! À défaut de s’adapter au temps, on s’expose à la disparition, comme prévient l’évolutionnisme de Darwin.
À première vue l’opinion pourrait dans une analyse superficielle être égarée, croyant que des opposants politiques congolais qui embrassent et défendent les mêmes thèses farfelues de l’envahisseur rwandais seraient des couards résignés à la volonté de Kagame,dont l’absence de voix au chapitre empêcherait la RDC de se tirer de ses pétrins. Loin de là ! Ce sont au fond des fins calculateurs,se recrutant dans les rangs de ceux qui sont arrivés au pouvoir, pour leur satisfaction personnelle, à la faveur de l’invasion de la RDC, et aussi dans les rangs de ceux qui par un pèlerinage à Kigali aspirent à goûter à leur tour aux délices du pouvoir- mais qui en ce moment précis regrettent amèrement de voir la porte du pouvoir se fermer à leur nez.
Décidément, la scène politique congolaise a besoin de procéder, à mon humble avis,à une cure de jouvence, par une remise en question personnelle de chacun des acteurs politiques, à la manière de la nature qui se régénère, qui se renouvelle pour faire du bien à son environnement. Tous ces partis politiques qui pullulent par plusieurs centaines à la manière des champignons en éclosion, ne font pas honneur à l’image de l’homme politique congolais,dont la posture s’apparente beaucoup plus à l’opportunisme, en vue de positionnements pour l’atteinte des intérêts personnels faciles et illicites ,qu’à un foisonnement d’idées et de projets destinés à promouvoir la RDC. En outre tous les budgets ça et là rassemblés pour permettre à ces différents états-majors de fonctionner, constituent un gâchis, une perte énorme de fonds qui, s’ils avaient été orientés vers des secteurs productifs entrant en compte dans l’économie de la RDC,lui auraient tant soit peu apporté un plus, en terme de multiplicateur keynésien, susceptible de déclencher des effets d’entraînement en amont et en aval. De la sorte, on n’est pas encore en RDC sorti de l’ornière de ce défaut que Raymond Verlon, professeur à Harvard, dès les années 1960 dans son ouvrage, Les entreprises multinationales, attribuait à la responsabilité des élites politiques africaines : celui de s’être précipitées dès l’avènement des indépendances africaines, à occuper des postes politiques, plutôt que de se donner la peine de s’investir dans la promotion du domaine économique et social.
Enfin il se dégage à nos yeux, à titre de leçon de l’histoire, un phénomène particulier, qui plusieurs décennies après, à quelque ressemblance près, semble revenir sur la scène politique congolaise. Si à l’avènement de la deuxième république Mobutu avait par la force mis un terme au libéralisme politique à l’époque afin de stabiliser la situation politique du pays et relancer le fonctionnement normal des institutions publiques, l’avènement au sommet du pouvoir de Félix Tshisekedi, semble par la force des idées, de projets à impact visible et dans un jeu purement démocratique,devoir pousser hors piste nombre de formations politiques, qui éprouveraient le besoin de se refaire, de se projeter autrement sur des bases saines, dans le but de se mettre au service du peuple congolais souverain, plutôt que de chercher comme par le passé, à se servir de lui par ruse, à la manière d’un tremplin, vers l’atteinte des intérêts personnels illicites.
Hilaire Mfute, historien.


