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LE MUET A PARLÉ

Il est des silences qui construisent une légende, et d’autres qui dissimulent une énigme. Pendant près de deux décennies, celui que l’on appelle Joseph Kabila s’est enfermé dans un mutisme presque mythologique, façonnant autour de lui une aura faite d’opacité, de retenue et d’inaccessibilité.
Puis, soudain, le silence s’est brisé.
Sa récente sortie médiatique, loin d’éclairer l’opinion, a ravivé les interrogations. Elle a laissé des traces, non pas parce qu’elle était brillante ou décisive, mais parce qu’elle a mis à nu ce que tant d’années de silence avaient soigneusement dissimulé : des insuffisances, des contradictions, et peut-être une incapacité à soutenir le poids des mots qu’il avait si longtemps refusé de porter.
Durant dix-huit années de règne, l’homme s’était illustré par une rareté presque maladive de la parole publique. Combien de conférences de presse ? Combien d’interviews ouvertes, sans filtre, sans précaution ? La question demeure suspendue, tant le chiffre semble dérisoire face à la longévité de son pouvoir.
On gouvernait, mais on ne parlait pas.
On décidait, mais on ne s’expliquait pas.
Dans les rues de Kinshasa comme dans les chancelleries occidentales, une interrogation persistait : savait-il seulement parler ? Était-ce une stratégie, une posture calculée, ou le masque d’une fragilité plus profonde ?
Certains, dans une indulgence presque paternaliste, évoquaient son rapport à la langue française. Né dans un environnement anglophone, disaient-ils, il aurait abordé tardivement la langue de Molière, celle-là même qu’il devait manier en tant que président du plus vaste pays francophone du monde. Cette hypothèse servait d’excuse commode, comme pour atténuer le malaise d’un peuple face à un chef d’État qui semblait fuir la parole comme d’autres fuient la vérité.
Mais alors, qu’est-ce qui a changé ?
Quelle urgence intérieure, quelle pression invisible, quelle stratégie obscure l’a poussé à convoquer, une fois encore, cette presse belge qui semble être, depuis toujours, le canal privilégié de ses rares confidences ? Pourquoi elle, et toujours elle ? Pourquoi maintenant ?
Les indices abondent, et chacun y projette ses propres conclusions.
Car voici que le taiseux d’hier s’est mué en donneur de leçons. Celui qui gouvernait dans le silence s’autorise désormais à parler de gouvernance. Celui qui évitait les regards distribue aujourd’hui des diagnostics. Et dans ce renversement presque théâtral, l’observateur attentif ne peut s’empêcher de relever l’épaisseur des contradictions.
Comment ne pas s’étonner de voir surgir, dans son discours, des appels à la transparence, à la responsabilité, à la bonne gestion — vertus dont son propre règne fut, aux yeux de nombreux Congolais, dramatiquement dépourvu ?
C’est le paradoxe du bourreau devenu prédicateur, du juge silencieux devenu procureur bavard, du passé qui se maquille en conscience tardive.
La presse congolaise, elle, ne s’y est pas trompée. Elle s’est enflammée, non par passion gratuite, mais par nécessité de mémoire. Elle a rappelé, documenté, confronté. Elle a opposé aux mots récents les silences d’hier, aux déclarations les faits, aux intentions les bilans.
Car un peuple n’oublie pas si facilement dix-huit années d’histoire.
Et au cœur de cette tempête médiatique, un mot a surgi. Un mot lourd, chargé, presque dangereux.
« Soudanisation. »
Ce terme, loin d’être anodin, convoque l’image tragique de la division d’un État, à l’image du Soudan déchiré en deux entités distinctes après des années de conflits. Employer un tel mot, c’est agiter le spectre de la partition, c’est suggérer, même implicitement, l’éclatement d’une nation déjà fragilisée par ses propres fractures.
Est-ce une mise en garde ? Une analyse ? Ou une tentation inavouée ?
Dans un pays comme la République démocratique du Congo, où l’unité nationale est une conquête quotidienne, évoquer une telle perspective n’est pas sans conséquence. Les mots, surtout lorsqu’ils sont prononcés par un ancien chef d’État, ne sont jamais neutres. Ils portent, ils pèsent, ils orientent.
Et pourtant, face à la gravité de ces propos, un silence persiste — celui des institutions judiciaires.
Faut-il s’en étonner ?
L’ancien président, déjà condamné à mort par la justice de son propre pays, demeure une figure à la fois centrale et insaisissable, protégée par les ambiguïtés du pouvoir et les complexités du passé. Mais la question demeure, implacable : un homme de cette stature peut-il, sans être interpellé, tenir des propos qui semblent menacer l’intégrité même de la nation ?
Le silence, encore une fois.
Mais cette fois-ci, ce n’est plus le sien.
C’est celui d’un système.
Ainsi, le muet a parlé.
Et ses mots, loin de dissiper les ombres, les ont épaissies.
Car il est des paroles qui éclairent, et d’autres qui troublent.
Des paroles qui construisent, et d’autres qui fissurent.
Et peut-être, au fond, que le silence d’hier valait mieux que le bruit d’aujourd’hui.

ZADAIN KASONGO T.

LA MORALE NATIONALE

On la porte comme une blessure. Non qu’elle manque de symboles, bien au contraire. Ceux-ci abondent, ils saturent l’air des discours, ils peuplent les mémoires d’enfance. Mais à force d’être invoquée, la nation risque de n’être plus qu’un mot, et ce mot, hélas, peut devenir un refuge commode pour toutes les impostures.

On enseigne aux enfants le nom de Patrice Lumumba comme on leur confie une flamme. Mais que reste-t-il de cette lumière lorsque les adultes, devenus gardiens du temple, s’en servent pour éclairer leurs propres privilèges ? La morale nationale commence dans les écoles ; elle se perd trop souvent dans les bureaux.

Il faut avoir vu de près cette étrange gymnastique des consciences pour se scandaliser. On parle de patrie avec emphase, et l’on détourne sans trembler ce qui devrait la nourrir. On célèbre l’unité, et l’on divise en silence. On invoque le peuple, et l’on ne rencontre jamais que soi-même. Ainsi se fabrique une fidélité de façade, une fidélité qui n’engage rien, sinon la répétition de quelques mots usés.

Sous Mobutu Sese Seko, on avait déjà appris à confondre l’amour du pays avec l’obéissance à un homme dit providentiel. L’histoire a passé, mais certaines habitudes ont la vie dure : elles se glissent dans les replis du langage, elles survivent aux régimes, elles s’accommodent de toutes les alternances. Le patriotisme devient alors un masque ; il couvre aussi bien la vertu que le calcul.

Et pourtant, il serait trop facile de condamner sans nuance. Car il existe, en RDC, une fidélité silencieuse, presque honteuse d’elle-même, qui ne s’affiche pas, qui ne se proclame pas. Elle se reconnaît à des gestes minuscules : un fonctionnaire qui refuse un pot-de-vin, un citoyen qui insiste pour que la loi soit respectée, un jeune qui croit encore que son avenir n’est pas une illusion. Voilà peut-être la véritable morale nationale, celle qui ne fait pas de bruit.

On parle beaucoup de trahison. Le mot est lourd, il écrase tout sous son poids. Mais qui trahit vraiment ? Est-ce celui qui critique, qui dérange, qui refuse de se taire ? Ou bien celui qui, au nom de la nation, la dépouille patiemment de ses ressources et de sa dignité ? La réponse, chacun la connaît, mais peu acceptent de la regarder en face.

La vérité est moins confortable : une nation ne meurt pas seulement de ses ennemis déclarés. Elle s’épuise dans ces petites renonciations quotidiennes, dans ces accommodements avec la conscience, dans cette fatigue morale qui fait que l’on ne croit plus tout à fait à ce que l’on dit. Alors, la patrie devient un décor, et ses enfants des figurants.

Il faudrait réapprendre la fidélité, non comme une soumission, mais comme une exigence. Être fidèle à la République démocratique du Congo, ce ne serait pas applaudir, mais veiller. Ce ne serait pas répéter, mais juger. Ce ne serait pas suivre, mais tenir, tenir bon, surtout lorsque tout invite à céder.

Car au fond, la morale nationale ne se décrète pas. Elle se prouve. Et, dans ce pays plus qu’ailleurs peut-être, elle attend encore ses témoins.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

LES ENNEMIS DU PRÉSIDENT

Il est toujours tentant, sous nos latitudes politiques, de prêter au chef de l’État une cohorte d’ennemis visibles, nommés dans son entourage. Cela donne à la tragédie nationale des contours simples, presque théâtraux. Pourtant, sous le règne de Félix Tshisekedi, l’ennemi n’a pas ce visage net que l’on aime dessiner pour soulager l’esprit. Il est diffus, insinué, souvent intérieur.

On parle de l’Est comme d’un ailleurs, comme si la guerre y était une fatalité géographique, un mal enraciné dans la terre elle-même. Mais ce serait trop facile. Ce qui s’y joue déborde les collines et les frontières ; c’est une certaine idée de l’État qui s’y défait, morceau par morceau, sous la pression des intérêts rwandais, des fidélités flottantes à Kinshasa, des complicités silencieuses au sein des institutions de la république.

À Kinshasa, on voudrait croire que le pouvoir commande encore aux hommes, aux femmes et aux choses. Mais le pouvoir, ici, ressemble parfois à une maison habitée par des hôtes anciens, qui n’ont jamais vraiment quitté les lieux. Les héritages de Joseph Kabila ne se dissipent pas comme un mauvais rêve au matin. Ils persistent, dans les réflexes, dans les réseaux, dans ces lenteurs inexplicables qui défont les décisions du chef avant même qu’elles n’aient pris corps.

Et puis il y a cette rumeur continue, ce bruissement du pays livré aux réseaux sociaux, où chacun devient juge et procureur. La critique est légitime, elle est même nécessaire ; mais elle se dégrade parfois en une sorte de fièvre où la vérité importe moins que l’effet produit. On attaque le président pour éviter de penser son action. On délégitime son statut pour ne pas discuter.

L’Église catholique en République démocratique du Congo sort de son rôle traditionnel. Entre le spirituel et le politique, la frontière est moins une ligne qu’une zone de friction.

La classe politique, quant à elle, joue sa partition coutumière. Elle réclame le dialogue avec une ardeur qui n’exclut pas le calcul. Elle invoque la nation, mais pense souvent à sa place dans la nation. Ici, les ennemis d’hier deviennent les alliés de demain, et l’on s’étonne encore de ces retournements comme si l’histoire congolaise ne nous y avait pas habitués.

On invoque aussi l’étranger. Il est commode, il explique tout, il dispense de se regarder en face. Certes, les convoitises existent, anciennes et persistantes. Mais à force de voir la main de l’autre partout, on finit par ne plus voir la sienne.

Gouverner la RDC en 2026, c’est continuer à diriger malgré la guerre d’agression, malgré les intrigues internes, malgré cette fatigue qui gagne les hommes et les femmes depuis trente ans. L’ennemi, d’ailleurs, renforce ses infiltrations. Gouverner, c’est donc durer. Il faut donc durer. Non par goût, non par vanité, mais parce que partir trop tôt, c’est parfois trahir ce que l’on avait commencé.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

CACHER SON ARGENT

Que celui, parmi nos élites politiques et économiques, qui ne cache pas son argent à l’étranger lève le petit doigt. Le silence qui suivrait serait plus éloquent que n’importe quel discours. Car c’est peut-être là l’un des drames les plus persistants du continent africain : l’argent naît ici, mais il ne veut pas y demeurer. Il traverse les frontières avec une rapidité qui contraste avec la lenteur des routes, des hôpitaux et des écoles que cet argent aurait pu construire.
Il y a dans cette fuite une sorte de confession muette. On ne fuit que ce dont on se méfie. L’élite africaine ne dit pas toujours qu’elle doute de l’État ; mais elle agit comme si elle n’y croyait pas. Elle parle de patriotisme à la tribune et, le soir venu, elle confie ses économies à des banques étrangères, comme on mettrait un enfant à l’abri d’un incendie.
On comprend alors pourquoi l’impôt inspire tant de résistance. Personne ne veut payer l’impôt dans son pays, à moins d’y être contraint par la retenue à la source, avant même que le contribuable ait le temps de réfléchir. Sans cette mécanique, combien verseraient spontanément leur part ?
Et pourtant l’impôt, dans son principe, n’est pas une humiliation infligée au citoyen. Il devrait être la preuve qu’une communauté existe réellement. Payer l’impôt, ce n’est pas seulement remettre de l’argent à l’administration ; c’est reconnaître que l’on ne vit pas seul. C’est admettre que la richesse personnelle doit quelque chose aux routes empruntées, aux institutions qui protègent, à l’ordre public qui rend possible toute entreprise humaine.
Dans une société saine, ce geste aurait presque la simplicité d’un réflexe moral. On paierait l’impôt comme on respecte une promesse : non parce qu’on y est forcé, mais parce qu’on se sentirait diminué de ne pas le faire. La loi fiscale ne serait plus seulement une contrainte extérieure ; elle deviendrait une sorte de miroir moral dans lequel chacun apercevrait l’image de sa responsabilité.
Mais la réalité, hélas, est plus sombre. Lorsque le citoyen voit l’argent public disparaître dans les sables de la corruption, lorsqu’il découvre que ceux qui exigent l’impôt s’en dispensent eux-mêmes, la confiance s’évapore. L’impôt cesse alors d’être un lien ; il devient une suspicion. Le contribuable se sent dupé avant même d’avoir payé.
C’est là que réside le cercle vicieux. L’État, privé de ressources, devient plus faible ; parce qu’il est plus faible, il inspire moins de confiance ; et parce qu’il inspire moins de confiance, chacun cherche à soustraire ce qu’il possède à sa portée. Ainsi l’argent fuit, et avec lui la possibilité même du bien commun.
On parle souvent de réformes fiscales, de nouvelles lois, de modernisation administrative. Tout cela est nécessaire, sans doute. Mais aucune réforme ne remplacera l’exemple. Le jour où les dirigeants d’un pays accepteront de payer leurs impôts comme les autres, peut-être même avant les autres, ce jour-là quelque chose changera dans la conscience publique.
Car la citoyenneté ne se décrète pas ; elle s’apprend par imitation. Les peuples regardent toujours vers ceux qui les gouvernent. Si les puissants cachent leur argent, pourquoi les faibles se montreraient-ils vertueux ?
L’impôt, au fond, révèle la vérité d’une nation. Il montre si les citoyens se sentent liés les uns aux autres ou s’ils vivent côte à côte comme des étrangers. Là où chacun cherche à sauver sa fortune en la mettant à l’abri ailleurs, la patrie devient une simple adresse administrative.
Et pourtant tout commence par un geste minuscule : accepter de contribuer à ce qui nous dépasse. Peut-être est-ce cela, finalement, la première forme du patriotisme. Non pas les grands discours, mais cette décision très simple de ne pas cacher son argent loin de la terre où il a été gagné.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

TRÉSORERIE ET SALAIRE

Il est des États qui ressemblent à ces grandes maisons familiales où l’on parle beaucoup d’héritage et de richesses, tandis que, le premier du mois venu, on fouille les tiroirs pour payer le sac de maïs ou le loyer. Ainsi va la paie des fonctionnaires dans plusieurs pays d’Afrique : non point toujours faute de richesse, mais faute d’argent visible, de cet argent qui circule comme le sang dans les veines de l’État.
Les budgets, sur le papier, sont magnifiques. Ils ressemblent à ces jardins dessinés sur les plans des architectes : allées droites, bassins tranquilles, arbres alignés. Mais la réalité ressemble davantage à une saison de sécheresse. Les recettes arrivent au Trésor par à-coups, comme des pluies rares sur une terre fatiguée. Dans bien des pays, l’économie demeure largement informelle : l’impôt se dérobe comme une ombre dans la lumière du soir. L’État attend, guette, espère. Pendant ce temps, la fin du mois approche avec la régularité d’une marée à Moanda ou à Pointe noire.

En RDC, cette tension prend parfois la forme d’un paradoxe presque tragique. Le pays est riche d’un sous-sol prodigieux. Là-bas, les minerais dorment sous les herbes protéinées, comme des trésors ancestraux. Mais entre ces richesses enfouies et la paie d’un instituteur à Gemena ou à Dekese, il y a tout un labyrinthe administratif, politique et humain où l’argent se perd, se retarde, s’égare.
Car la machine de l’État n’est pas un fleuve limpide ; c’est souvent un delta aux mille bras. Le ministère du Budget prépare les chiffres, le ministère des Finances calcule les ressources, le Trésor organise les paiements, la banque centrale ouvre ses coffres, les banques commerciales distribuent les fonds. À chaque étape, l’argent s’arrête, hésite, se fige un instant comme une eau qui rencontre une digue invisible. Et ce simple instant se décline parfois des semaines.
Il faut ajouter à cela ce que l’histoire laisse derrière elle comme un parfum tenace. Sous le long règne de Mobutu Sese Seko, l’administration avait pris l’habitude de vivre dans une sorte de pénurie chronique.
Les salaires arrivaient tard, maigres, parfois imprévisibles. Les fonctionnaires apprirent alors à survivre autrement : un petit commerce au coin de la rue, une activité parallèle, une solidarité familiale. Ainsi s’installa une étrange normalité où l’État promettait le salaire comme on promet la pluie : avec sincérité peut-être, mais sans certitude.
À ces héritages s’ajoutent les ombres de la gouvernance. Dans certains fichiers administratifs apparaissent des noms qui n’ont ni visage ni bureau. Des fonctionnaires fantômes, silhouettes sans corps, absorbent une part de la masse salariale. L’argent destiné aux vivants se disperse alors comme une fumée. Et pourtant, il ne faut pas croire que tout se résume à la corruption ou au désordre. L’État doit aussi affronter des choix difficiles : la sécurité, les dettes, les routes, les urgences du moment. Lorsque les ressources se raréfient, les dépenses publiques deviennent des rivales silencieuses autour d’une même table. Et la paie des fonctionnaires attend son tour.
Ainsi le problème de trésorerie n’est pas seulement une question de chiffres. Il révèle quelque chose de plus profond : la fragilité d’un État qui cherche encore la cadence de son propre cœur financier. Les richesses sont là, immenses parfois, mais entre la mine et la paie mensuelle s’étend toute la distance qui sépare la promesse de la réalité. Et, pendant ce temps, les fonctionnaires regardent la fin du mois comme on regarde l’horizon : avec patience, mais aussi avec une inquiétude que seule l’habitude rend supportable.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

SE MOQUER DES CONGOLAIS

Il faut croire que le malheur congolais a trouvé ses chroniqueurs les plus zélés parmi ceux-là mêmes qui en furent les administrateurs appliqués. Joseph Kabila, que la justice de son pays a condamné à mort, parle aujourd’hui comme on se confesse, non pour avouer, mais pour corriger Dieu lui-même, dont il juge l’œuvre imparfaite.

Dans La Libre Belgique, ce lundi 23 mars 2026, il s’offre le luxe d’une innocence recomposée. Le voilà menacé, dit-il. Menacé ! Comme si l’histoire n’avait pas de mémoire, comme si les ruines pouvaient trembler devant l’architecte. Il se dit cible, il ne se dit jamais cause. C’est une pudeur nouvelle, une délicatesse de circonstance : on ne dérange pas les morts quand on parle des charniers.

Et voici que l’homme, jadis si peu bavard, découvre la vertu de la parole inquiète. Il ausculte le pays avec la gravité d’un médecin qui aurait lui-même inoculé la maladie. L’État, dit-il, ne protège plus. Mais de quelle protection parle-t-il ? Celle qui se négocie dans l’ombre, celle qui se délègue aux armes, celle qui se monnaie en fidélités précaires ? On croirait entendre un incendiaire se plaindre de la chaleur.

L’année 2019 devient dans sa bouche une sorte de chute originelle. Avant, la paix ; après, le chaos. Avant lui ou plutôt avec lui l’ordre ; après son départ, la désagrégation. Félix Tshisekedi, à qui il a laissé la bombe de l’infiltration tentaculaire, hérite ainsi du rôle commode de responsable universel, comme si le pouvoir se transmettait lavé de ses fautes, comme si les années pouvaient se découper au couteau sans emporter leurs complicités.

La « soudanisation », mot lourd comme une menace prophétique, surgit alors. On convoque les spectres étrangers pour mieux absoudre les responsabilités domestiques. Le pays se défait, dit-il ; mais qui donc en a patiemment desserré les liens, sinon ceux qui aujourd’hui s’étonnent de voir les coutures céder ? Sinon celui qui gérait sous la dictée du Rwanda.

Et voici le plus admirable : la mémoire. Elle devient dans sa bouche une œuvre d’art. On y polit les aspérités, on y efface les taches, on y redresse les silhouettes. Son règne fut marqué par la paix, dit-il. Les silences y sont plus éloquents que les mots. Ceux-ci couvrent les libertés contraintes, les fortunes subites de ses partisans, les fidélités achetées, les violences tolérées.
Il critique la guerre, lui qui en connut les bénéfices ; il prêche le dialogue, lui qui en fixa les limites en vue d’ouvrir les vannes pour les brassages et les mixages. Il invoque la Constitution comme on brandit une relique, et l’article 64 devient ce refuge commode où l’on abrite les rébellions trop visibles pour servir le Rwanda. Ainsi la subversion se fait devoir, et l’ambition se pare des vertus civiques. Il fallait oser ; il ose. Il ne manque à cette construction que la modestie, mais c’est un détail dans une œuvre de cette ampleur.

Sa présence à Goma ? Une mission de cohésion nationale, bien entendu. Il surveille le grand remplacement des autochtones. À relire ses propos dans l’interview, il y a dans son propos quelque chose qui confine à l’ironie.

En vérité, son objectif n’est pas de convaincre, mais d’imposer. Imposer une lecture, une mémoire. Le passé devient un territoire à reconquérir, non par les faits, mais par leur arrangement. On déplace les responsabilités comme on déplace des meubles trop lourds : avec effort, mais sans jamais changer la pièce.

Et le plus grave, peut-être, n’est pas ce qu’il dit, mais ce qu’il suppose : que les Congolais n’entendent rien, ne voient rien, ne se souviennent de rien. Pas des Bundu dia Kongo, pas de Kamwina Nsapu, pas de Makobola, parmi ses funestes œuvres. C’est là, au fond, la seule constance du pouvoir : cette conviction tranquille que le peuple a une mémoire courte, on peut lui vendre, une fois encore, les débris du passé repeints aux couleurs de la paix.
Se moquer des Congolais ? Oui. Les prendre pour un peuple sans mémoire. Une erreur que l’histoire ne pardonne pas.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

IMPORTATIONS TOXIQUES

Il y a des faits qui, à première vue, semblent n’appartenir qu’aux marges de l’actualité, et qui pourtant disent tout d’un pays, d’un temps, d’une fatigue morale. Ainsi ces poissons avariés, interceptés à Kasumbalesa à la frontière de la RDC et la Zambie : l’événement paraît minuscule, presque trivial. Et cependant, il suffit de s’y arrêter un instant pour y lire une vérité plus vaste, plus inquiétante.
Car enfin, que s’est-il passé ? Rien d’autre, en apparence, que la tentative banale de faire circuler une marchandise impropre à la consommation. Mais derrière ce geste, il y a une décision. Et derrière cette décision, une conscience — ou plutôt son effacement. Quelqu’un, quelque part, a jugé acceptable que d’autres tombent malades, pourvu que le gain fût assuré. Il n’y a pas de scandale plus ordinaire, et peut-être pas de scandale plus grave.
On nous parle de normes, de contrôles, de règlements. Et certes, ils existent. Des agents veillent, des textes encadrent, des saisies ont lieu. Il faut leur rendre cette justice : sans eux, le pire serait quotidien. Mais il ne faut pas non plus se payer de mots. Ces dispositifs ne sont que des digues, et chacun voit bien qu’elles cèdent parfois, ou qu’elles sont contournées avec une habileté qui confine à l’habitude.

Ce qui trouble davantage, c’est cette manière dont le commerce s’est peu à peu déchargé de toute inquiétude morale. On dirait qu’il s’est construit comme un monde à part, où la responsabilité s’efface derrière les chiffres, où l’on ne voit plus les visages de ceux qui paieront le prix des compromis. Pourtant, il suffit d’un produit défectueux, d’un aliment corrompu, pour que la réalité reprenne ses droits : le corps souffre, et soudain l’abstraction économique se brise.

Il serait trop simple d’accuser seulement les individus. Le mal est plus diffus. Il tient à ces zones de faiblesse où le contrôle se relâche, où la nécessité économique sert d’excuse, où l’on finit par ne plus distinguer clairement ce qui est permis de ce qui ne l’est pas. Là se loge une forme d’indifférence qui, à force de se répéter, devient presque une seconde nature.
Et pourtant, tout n’est pas perdu. Le fait même que ces marchandises aient été saisies prouve qu’il subsiste des résistances, des hommes qui refusent de fermer les yeux. C’est peu, dira-t-on. C’est beaucoup, si l’on songe à la facilité avec laquelle on pourrait céder.
Au fond, la question est simple, et elle ne relève d’aucune théorie compliquée : peut-on accepter que la recherche du profit justifie le risque infligé à autrui ? Tant que cette question ne recevra pas une réponse claire, incarnée dans les actes autant que dans les lois, nous continuerons de vivre dans cet entre-deux, où la vigilance existe, mais où la tentation de la contourner demeure.
Le commerce, après tout, n’est pas une abstraction. Il est fait d’hommes, de choix, de renoncements. Et c’est peut-être là que tout se joue : dans cette part silencieuse où chacun décide, sans témoin, de ce qu’il est prêt à tolérer — pour lui-même, et pour les autres.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

PRESTIGE SANS MOYENS

La carrière diplomatique africaine appartient à cette catégorie d’illusions persistantes, où l’image, notamment le costume sombre, les salons feutrés, les drapeaux croisés, continue de séduire de loin, tandis que de près, elle s’effrite au contact du quotidien. Car derrière les façades des chancelleries, une autre vérité s’impose, plus âpre, plus silencieuse : celle de diplomates sommés d’attirer des investisseurs sans disposer eux-mêmes des conditions minimales d’existence et de travail.

On attend d’eux qu’ils incarnent la crédibilité économique de leur pays, qu’ils rassurent les partenaires étrangers, qu’ils organisent des rencontres, qu’ils structurent des opportunités, qu’ils défendent des dossiers complexes. Mais comment convaincre des investisseurs de la solidité d’un État lorsque l’agent qui le représente vit dans l’incertitude de sa propre subsistance ? Le retard chronique des rémunérations installe une précarité insidieuse. Le diplomate devient gestionnaire de pénurie avant d’être stratège d’influence. À l’agenda officiel se superpose alors un agenda clandestin : négocier avec un propriétaire, différer un paiement, improviser des solutions pour maintenir une dignité minimale dans un environnement où tout rappelle, pourtant, le rang qu’il est censé incarner.
Le logement, en particulier, cristallise cette contradiction. Dans plusieurs postes, les loyers résidentiels impayés exposent les représentants de l’État à des humiliations feutrées, parfois à des menaces d’expulsion à peine voilées. L’espace privé, qui devrait être un refuge, devient une extension du désordre administratif. À cela s’ajoute l’irrégularité des frais de fonctionnement : missions annulées faute de moyens, événements reportés, incapacité à assurer une présence constante dans les réseaux où se nouent pourtant les décisions économiques. L’action diplomatique par nature continue et stratégique se trouve ainsi fragmentée, réduite à des gestes sporadiques, presque symboliques.
Dans ces conditions, la mission de mobilisation des investissements prend des allures de paradoxe. On demande au diplomate de vendre une promesse de stabilité et d’opportunité, alors même que son propre cadre de travail témoigne d’une instabilité structurelle.
Cette dissonance ne trompe pas toujours les interlocuteurs étrangers, dont la confiance repose autant sur les discours que sur les signes tangibles de sérieux institutionnel. Le diplomate, pris entre l’injonction de performance et la réalité du manque, devient le lieu même de cette contradiction.
Il n’est donc pas surprenant que la carrière diplomatique ne fasse plus rêver les jeunes universitaires. Autrefois perçue comme un horizon d’excellence, de mobilité et d’influence, elle apparaît désormais comme un engagement risqué, où le capital symbolique ne compense plus l’insécurité matérielle. Les nouvelles générations, formées dans un monde globalisé, comparent, évaluent, arbitrent. Elles savent que la compétence peut trouver ailleurs des conditions d’exercice plus stables et plus valorisantes. Le rêve diplomatique s’efface alors devant une lucidité pragmatique.

Et pourtant, tout n’est pas perdu dans ce tableau. Car la diplomatie reste, par essence, un levier décisif de souveraineté et de développement. Mais encore faut-il que l’État qui l’invoque accepte d’en assumer le coût réel : celui de la régularité salariale, de la dignité résidentielle, de la continuité des moyens d’action. À défaut, il ne s’agit plus d’une politique étrangère, mais d’une fiction administrative, portée à bout de bras par des hommes et des femmes dont le dévouement ne peut indéfiniment suppléer les carences du système.

Ainsi se dessine une urgence : réconcilier la fonction diplomatique avec les conditions concrètes de son exercice. Car un diplomate affaibli ne peut être un ambassadeur crédible, et un pays qui néglige ses représentants à l’étranger compromet, en silence, sa propre parole dans le concert des nations.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

DÉMISSION

Voilà un mot que l’on croit simple, presque administratif, et qui pourtant charrie avec lui tout un drame intérieur et tout un théâtre politique. On imagine une lettre brève, quelques formules convenues, et l’on croit l’affaire close. En réalité, rien n’est plus chargé de silence, de calcul, et parfois de remords, que cet instant où un homme consent ou feint de consentir à quitter le pouvoir.
Certes, il y a le droit. Toujours le droit, qui rassure les consciences pressées. La démission obéit à des formes, à des délais, à des signatures. Elle est reçue, enregistrée, classée. L’État, dit-on, continue. Et il est vrai qu’il continue, comme ces grandes machines qui ne s’arrêtent jamais, même lorsque ceux qui les servent vacillent. Mais cette apparente régularité ne doit pas tromper : le droit ne fait ici que couvrir d’un voile discret une réalité autrement plus trouble.
Car, au fond, une démission est un aveu. Aveu timide, parfois déguisé, souvent incomplet, mais aveu tout de même. Un homme se retire, et ce retrait signifie quelque chose qu’il ne dit pas toujours. Est-ce l’échec ? Est-ce la faute ? Est-ce simplement l’usure d’un rapport de forces devenu défavorable ? Il y a des démissions qui sonnent comme des confessions, et d’autres comme des mensonges élégants.
La politique, elle, ne s’y trompe pas. Elle sait que la démission est un langage plus efficace que bien des discours. On sacrifie un homme pour sauver une institution ; on abandonne une position pour en préserver d’autres ; on quitte la scène pour éviter qu’elle ne s’écroule tout entière. Dans ce jeu, la sincérité importe peu. Ce qui compte, c’est l’effet produit : calmer une opinion, détourner une colère, donner l’illusion qu’une responsabilité a été assumée.
Mais il reste la conscience. Et c’est peut-être là que tout se joue, dans ce tête-à-tête muet entre l’homme et lui-même. À quel moment décide-t-on que l’on ne peut plus continuer ? À quel moment comprend-on que rester serait une faute plus grande que partir ? Il y a des démissions qui relèvent de l’honneur, et d’autres qui ne sont que des retraites contraintes. Les premières sont rares. Elles supposent une exigence intérieure que le pouvoir, trop souvent, émousse.
Il faut dire que le pouvoir attache. Il enveloppe celui qui l’exerce d’une épaisseur presque charnelle. On s’y habitue comme à une seconde nature. Le perdre, c’est perdre bien plus qu’une fonction : c’est perdre une manière d’exister, un regard des autres, parfois même une illusion sur soi. Dès lors, on comprend que tant d’hommes s’y accrochent, même lorsque tout commande de partir.
Et pourtant, il arrive que la démission ne soit qu’un détour. On se retire pour mieux revenir, on se tait pour préparer une parole future. Ce geste que l’on présente comme un renoncement peut n’être qu’une ruse. La politique a ses résurrections, et certaines chutes ne sont que des pauses savamment ménagées.
Reste enfin ce que la démission dit à ceux qui regardent. Elle peut être un signe de santé publique, la preuve que nul n’est indispensable et que les institutions tiennent bon. Mais elle peut aussi nourrir le scepticisme, lorsqu’elle apparaît comme une comédie de plus, un rite sans conséquence réelle. Le citoyen, lui, observe et juge, souvent en silence, et son jugement est sans appel.
Ainsi, la démission n’est jamais un simple départ. Elle est révélatrice, elle dit quelque chose d’un homme, sans doute, mais surtout d’un régime, d’une époque, d’une certaine idée que l’on se fait du pouvoir. Là où l’on démissionne encore, il subsiste peut-être une part de pudeur et de limite. Là où l’on ne démissionne plus, il faut craindre que le pouvoir ait cessé de se souvenir qu’il n’est qu’un passage.

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.

PASTEUR-PROPHÈTE

Il est tentant de croire que toute autorité spirituelle n’est qu’un refuge nécessaire, une réponse offerte à l’inquiétude humaine ; il est tout aussi tentant de n’y voir qu’un péril, une aliénation dissimulée sous les apparences de la foi. Entre ces deux jugements contraires se déploie pourtant une réalité plus complexe, où l’adhésion et la dépendance, la lumière et l’ombre, s’entrelacent sans jamais se laisser réduire à une opposition simple. Le pasteur-prophète incarne précisément cette ambiguïté : figure d’apaisement pour les uns, principe d’inquiétude pour les autres, il oblige à interroger la nature même de l’influence et les limites de la liberté.

Le pasteur-prophète appartient à cette espèce d’hommes sans éclat apparent, dont la présence suffit à déplacer le centre de gravité d’une existence. Rien, au premier regard, ne le distingue absolument : une voix, un regard, une manière d’habiter le silence. Et pourtant, autour de lui, quelque chose s’organise, s’ordonne, se hiérarchise. Dans la tiédeur des assemblées, parmi les soupirs, les prières murmurées, les genoux qui cèdent avec une régularité presque rassurante, une confiance se forme, s’épaissit, devient peu à peu une seconde nature.

Il ne faut pas croire que cette influence s’impose comme une tyrannie. Elle est plus subtile, et, pour cette raison même, plus redoutable. Elle épouse les attentes, elle épouse les peurs, elle épouse surtout ce besoin d’être guidé qui sommeille en chacun de nous. On vient chercher une parole, et l’on trouve une direction ; on attend un éclairage, et l’on reçoit une orientation. Rien n’est arraché, tout est consenti — ou du moins semble l’être. Car il est toujours plus doux d’obéir à celui qui nous comprend que de résister dans la solitude. Ainsi se tisse, jour après jour, une dépendance sans chaînes visibles. Le fidèle ne se sent pas diminué : il se croit affermi. Il ne renonce pas à lui-même : il s’imagine enfin trouvé. Et c’est ici que le danger commence, non dans l’excès brutal, mais dans cette pente légère où l’on glisse sans bruit, persuadé de marcher droit. L’autorité spirituelle, lorsqu’elle n’est plus interrogée, cesse d’être un appui pour devenir une mesure ; elle ne guide plus seulement, elle définit. Faut-il alors se retirer du monde, se barricader dans une indépendance farouche ? Ce serait céder à une autre illusion. Car l’homme ne pense jamais seul, et sa liberté même s’élabore dans un tissu de voix, d’exemples, de transmissions. Refuser toute influence serait encore une manière de se soumettre, à soi-même, à ses propres aveuglements, qui ne sont pas moins redoutables.

Il reste donc cette étroite ligne de crête, inconfortable et nécessaire, où la conscience accepte d’être éclairée sans jamais abdiquer. Exercice ingrat, qui ne procure ni l’abandon consolant de la foi passive, ni l’orgueil tranquille de l’autosuffisance. Il demande une vigilance de chaque instant : reprendre ses raisons, éprouver ses adhésions, consentir à douter même de ce qui nous rassure.
La liberté n’a rien d’un drapeau que l’on brandit. Elle est une fatigue, parfois une inquiétude, souvent une solitude. Mais elle est aussi cette fidélité obscure à ce qui, en nous, refuse de se laisser entièrement prendre.
Ainsi, le pasteur-prophète ne saurait être jugé d’un seul regard : il est à la fois celui qui éclaire et celui qui peut obscurcir, celui qui soutient et celui qui risque d’enfermer. Entre la nécessité d’être guidé et l’exigence de rester libre, aucune solution définitive ne s’impose ; il n’y a qu’un équilibre fragile, toujours à reconquérir. Peut-être faut-il alors admettre que la vérité de l’homme ne réside ni dans l’abandon confiant ni dans le refus absolu, mais dans cette tension jamais résolue, où la conscience, lucide et inquiète, persiste à chercher sans jamais se livrer tout entière

José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.