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LITTÉRATURE

Un récit littéraire est paru en 2025 chez l’éditeur britannique MediaComX, à Bristol. Il s’agit de l’ouvrage intitulé : Itinérances sans itinéraires, œuvre de Ndolamb Ngokwey. L’auteur est connu comme professeur de sociologie et d’anthropologie, et comme essayiste dont les travaux ont été salués par la communauté scientifique. On peut examiner la portée littéraire et sociopolitique de l’ouvrage, en mettant en lumière la tension entre le regard anthropologique, l’écriture subjective du voyage et le silence critique face aux régimes politiques observés. On peut alors se demander comment un intellectuel, formé à la sociologie et à l’anthropologie et ayant exercé des responsabilités au sein du système des Nations Unies, transforme son expérience internationale en matière littéraire, et que révèle son choix d’atténuer la critique politique explicite des contextes qu’il décrit. On peut avancer l’hypothèse selon laquelle l’ouvrage procède d’une stratégie d’écriture fondée sur la suggestion plutôt que sur la dénonciation frontale ; le silence politique apparent constituerait moins une défaillance critique qu’une posture diplomatique et esthétique, visant à privilégier l’observation culturelle et humaine.
Itinérances sans itinéraires se compose de huit chapitres d’inégale longueur, rédigés sous la forme d’un carnet de voyage. Chaque étape correspond à un pays où l’auteur a exercé les fonctions de représentant d’une organisation relevant du système des Nations Unies.
À l’île du Cap-Vert, il est frappé par l’accoutumance de la population à une sécheresse qui dure depuis sept ans. Au Bénin, qui sortait d’un régime marxiste-léniniste, l’humour populaire à l’égard de la politique contraste avec les préjugés qu’il nourrissait, fondés surtout sur la connaissance des élites intellectuelles. Au Sénégal, il se rend à l’évidence que l’excellence de la production culturelle nationale n’est pas un mythe. L’islam irrigue la société sénégalaise, laquelle a cependant laissé prospérer une dérangeante industrie de la mendicité. En Guinée, s’impose la figure du « Grand Timonier » Sékou Touré, disparu, mais toujours présent par sa stature politique et son discours anti-impérialiste. L’auteur évoque également le Ballet national et le Bembeya Jazz, emblèmes culturels du pays. Vient ensuite le séjour ivoirien, où l’aliénation onomastique surprend l’auteur : il y découvre l’étendue du malaise identitaire engendré par la colonisation française. À peine installé, il suit l’itinéraire chanté par le soliste congolais docteur Nico Kasanda dans Nakeyi Abidjan, afin de parcourir le pays profond et d’en rencontrer les habitants. Dans les Caraïbes anglophones, il concentre son attention sur les violences faites aux femmes, qu’il dénonce avec vigueur. Le Mozambique, pays bantou sur la façade de l’océan Indien, le rassure. Il y admire un art foisonnant — peinture, musique, danse — qui s’épanouit pourtant dans un contexte de paupérisation avancée. Ngokwey adopte un style sobre, relevé d’un humour incisif qui rend la lecture particulièrement agréable. Il convient toutefois de noter que l’auteur semble avoir volontairement tu toute critique politique explicite des régimes en place dans les pays où il a vécu. Ce silence intrigue, d’autant qu’il disposait manifestement de données objectives pour nourrir une telle analyse. L’ouvrage, fort de deux cent vingt-cinq pages, se lit d’un trait.

Lu par

José Tshisungu wa Tshisungu

QUEL EST L’AVENIR DES ÉTUDES DE LETTRES EN RDC ?

Il est des chiffres qui tombent comme des feuilles mortes, sans bruit, et qui pourtant annoncent une saison froide. La baisse des inscriptions en lettres, dans nos universités de la République démocratique du Congo, appartient à ces signes que l’on feint d’ignorer parce qu’ils ne font pas scandale. Aucun tumulte, aucune émeute, aucune revendication tapageuse : seulement des bancs plus clairsemés, des amphithéâtres où l’écho répond au professeur, et cette question muette qui rôde entre les murs fatigués des facultés… Qui viendra encore aimer les mots ?

L’objet de ces lignes n’est pas de pleurer sur un âge d’or qui n’a peut-être jamais existé. Il est de comprendre pourquoi la jeunesse se détourne des lettres comme d’un parent pauvre, et d’examiner si ce renoncement est un arrêt de mort ou l’annonce d’une métamorphose. Car il ne suffit pas de constater la diminution des effectifs ; il faut sonder ce qu’elle révèle de notre temps, de nos peurs, de nos appétits, de notre foi – ou de notre absence de foi – dans la puissance du langage.

La problématique est simple et redoutable : les études de lettres sont-elles devenues inutiles dans un pays où l’urgence économique dicte sa loi, ou bien souffrent-elles d’un mal plus profond, d’un divorce entre leur vocation et la réalité contemporaine ? Autrement dit, assistons-nous à la fin d’une tradition ou à la sanction d’un immobilisme ?

Je risquerai cette hypothèse, qui n’est ni indulgente ni désespérée : les lettres ne meurent pas ; elles sont désertées parce qu’elles n’ont pas su convaincre qu’elles étaient encore nécessaires. Ce n’est pas leur essence qui est en cause, mais leur visage. Elles se présentent encore sous les traits austères d’un savoir clos sur lui-même, quand le monde exige des ponts, des passerelles, des preuves.

Dans nos familles, l’angoisse est la conseillère la plus écoutée. Elle souffle aux parents que l’ingénieur survivra mieux que le poète, que le médecin rassurera davantage que le critique littéraire. On ne choisit plus une filière par inclination, mais par stratégie. Le diplôme est devenu une armure contre le chômage, pas une promesse d’accomplissement intérieur. Dans cette économie de la peur, les lettres paraissent fragiles, presque indécentes.
Et pourtant, quel paradoxe ! Jamais nous n’avons autant parlé, écrit, publié, commenté. Les réseaux sociaux bruissent, les discours prolifèrent, les rumeurs se répandent avec la rapidité des incendies de savane. Le pays a plus que jamais besoin d’esprits capables de distinguer le vrai du faux, d’analyser un discours politique, de comprendre les ressorts d’une narration médiatique. Mais nous avons laissé croire que ces compétences étaient accessoires, qu’elles relevaient d’un loisir cultivé, non d’une nécessité civique.

La crise est aussi matérielle. Comment aimer les lettres dans des bibliothèques exsangues, devant des rayonnages qui portent la poussière comme un linceul ? Comment séduire une génération numérique avec des programmes figés, étrangers aux mutations technologiques, sourds aux industries culturelles qui naissent sous nos yeux ? Ce n’est pas la jeunesse qui trahit les lettres ; ce sont parfois les lettres qui trahissent la jeunesse en refusant de se risquer hors de leurs habitudes.
Et pourtant, je demeure convaincu que leur avenir n’est pas scellé. Dans un pays aux langues multiples, où le ciluba, le lingala, le kikongo et le swahili portent des mémoires séculaires, les lettres pourraient devenir le lieu d’une réconciliation entre la tradition et la modernité. Elles pourraient embrasser le numérique sans renier la profondeur, accueillir la communication digitale sans sacrifier l’exigence critique, dialoguer avec les médias, l’édition, la traduction, la création audiovisuelle.

Encore faut-il qu’elles consentent à cette conversion. Qu’elles cessent de se retrancher derrière la dignité blessée et acceptent de prouver leur utilité sans renoncer à leur âme. Les lettres n’ont pas vocation à flatter le marché, mais elles ne peuvent ignorer le monde où vivent ceux qu’elles prétendent former.

Ainsi, la question n’est pas de savoir si les études de lettres survivront en République démocratique du Congo ; elle est de savoir si nous voulons encore former des consciences capables de lire au-delà des apparences, de nommer l’injustice, de raconter notre histoire sans la trahir. Si nous renonçons à cela, ce ne sont pas seulement des facultés qui se videront ; c’est une part de notre vigilance collective qui s’éteindra.
Les chiffres, alors, ne seront plus de simples statistiques. Ils deviendront l’épitaphe d’une société qui aura cru pouvoir se passer des mots.

José Tshisungu wa Tshisungu

Les naufragés du verbe

La récente sortie médiatique de Franck Diongo laisse pantois quiconque observe, avec un minimum de lucidité, la scène politique congolaise. À l’entendre — ou plutôt à tenter de le comprendre — il n’y aurait jamais eu d’agression du Rwanda contre la République démocratique du Congo. Selon lui, le Rwanda ne porterait aucune responsabilité dans la guerre qui ensanglante l’Est du pays, qui endeuille les familles, qui jette sur les routes des foules hagardes, qui transforme les collines verdoyantes en cimetières sans croix.
Ainsi donc, les milliers de morts congolais seraient une illusion collective ? Les rapports internationaux, les déclarations répétées, les aveux mêmes de l’agresseur relèveraient ils du fantasme ? Les villages incendiés ne seraient que mirages ? Les cris des femmes violées, violentées, les regards perdus des enfants déplacés, les villes occupées par l’armée rwandaise, notamment Goma jusqu’à aujourd’hui, les larmes des mères n’auraient jamais existé ?
À l’écouter, tout ce que nous savons — ou croyons savoir — sur cette tragédie ne serait qu’hallucination nationale.
Il faut un certain courage pour nier l’évidence. Mais il faut surtout une étonnante légèreté morale pour jouer ainsi avec la mémoire des morts. L’homme, coutumier des déclarations tapageuses et des provocations calculées, semble confondre la politique avec l’art du vacarme. Il gratte sur la corde de la polémique comme d’autres cherchent désespérément l’attention. Mais à force de crier contre la vérité, on finit par dévoiler le vide de son propre discours.

Le temps du mensonge éhonté s’effrite pourtant sous le poids des preuves et de l’Histoire. Nous ne sommes plus à l’époque où l’on pouvait façonner la réalité à coups de slogans. La parole publique engage. Elle oblige. Elle inscrit celui qui la prononce dans le grand livre des responsabilités. Plus grave encore, au cours de cette interview, il reproche au Président de la République et à son régime de pratiquer la politique du bouc émissaire. Celle qui consisterait à accuser l’agresseur Rwandais de tous les maux du Congo, y compris l’insalubrité de la ville ironise-t-il. Et lui notre homme fait exactement ce qu’il croit reprocher au Président et à son régime. Justifier l’échec par son incapacité à gérer la chose publique, croit il enfoncer le clou. Il croit surtout nous faire oublier ses responsabilités d’opposant, ses incohérences. Aucune vision. Aucun développement d’idées d’opposant digne ni d’intelligent au cours de cette fatigante interview vide de sens.

Personne n’ignore les derniers déboires de ce tribun improvisé à Kinshasa, ni les circonstances de son exil. Certains diront que l’exil nourrit l’amertume. D’autres, qu’il aiguise les ambitions. Toujours est-il que le statut de réfugié ne saurait devenir un fonds de commerce politique où l’on monnaye l’indignation contre sa propre patrie. Accuser son pays pour consolider sa posture d’opposant est un exercice dangereux : il transforme la critique légitime en opportunisme bruyant.
Il y a peu encore, le même homme se plaignait de n’avoir été nommé ni ministre ni responsable d’aucune institution. Aujourd’hui, il voudrait se draper dans la toge du pourfendeur du pouvoir, convainquant — peut-être — quelques esprits crédules qu’il incarne l’alternative. Mais l’opposition n’est pas un refuge pour frustrations personnelles. Elle est une vision. Elle est un projet. Elle est une espérance structurée.

Le pays cher à Patrice Eméry Lumumba mérite mieux que ces spectacles sans consistance. Il mérite une parole ferme, enracinée dans la vérité et tournée vers la dignité nationale. Il mérite des femmes et des hommes capables de dépasser leurs rancœurs pour embrasser le destin collectif.

À force de confondre agitation et engagement, certains finissent par ne plus savoir ni d’où ils viennent ni où ils vont. La politique n’est pas une scène où l’on improvise son rôle au gré des caméras. Elle est une vocation exigeante, un service, un sacrifice.
Sinon, elle n’est qu’un naufrage du verbe.

ZADAIN KASONGO T .

Aux portes du tunnel

Est-ce la fin du cauchemar ? Pas encore. Mais à bien des égards, cela y ressemble. La diplomatie congolaise est à l’épreuve de la constance. Comme une lueur timide au bout d’un long couloir obscur, les dernières avancées diplomatiques autorisent, sinon l’enthousiasme, du moins une prudente espérance. Lentement, calmement, presque à pas de tortue, la diplomatie congolaise avance. Et, fait nouveau, elle commence à faire parler d’elle autrement que par le sarcasme ou la condescendance.


Longtemps raillée, souvent caricaturée, cette diplomatie que d’aucuns jugeaient erratique ou inexistante semble aujourd’hui actionner des leviers longtemps grippés. La machine, patiemment mise en place, fait bouger les lignes. De l’intérieur comme de l’extérieur, les langues se délient. Les chancelleries, jadis indifférentes, se montrent plus attentives. Les partenaires internationaux, autrefois frileux, réapprennent à écouter. Même les opposants, habitués à prospérer sur le vacarme et l’invective, paraissent à court d’arguments — il est vrai qu’ils n’en proposaient déjà que de peu plausibles.


L’achat des consciences, cette vieille monnaie politique, faiblit. Le mensonge, trop longtemps recyclé en discours, s’effondre sous le poids de ses propres contradictions. Pendant des années, la diplomatie congolaise fut la cible des moqueries, présentée comme une diplomatie d’aéroport, réduite à des allers-retours sans boussole. Aujourd’hui, tout porte à croire qu’elle est en train de renaître de ses cendres, portée par une stratégie de constance et de persévérance.


Il ne manquait plus qu’un événement symbolique pour accélérer cette dynamique. Ce moment est venu lorsqu’un Président des États-Unis, Donald Trump, a publiquement salué le leadership du Président congolais, soulignant sa capacité à tenir contre vents et marées. L’instant est fort, historiquement marquant : voir un Président américain demander au public présent d’ovationner le Président de la République démocratique du Congo n’est pas un geste anodin. Cette séquence restera mémorable, n’en déplaise aux ennemis du Congo et à ceux qui pariaient sur son effacement diplomatique.


À ceux qui critiquaient, ou feignaient de s’interroger, sur cette agitation permanente d’un Président “toujours dans les avions”, la réponse apparaît désormais limpide. Derrière les déplacements, il y avait une vision. Derrière l’endurance, une méthode. Derrière la répétition des rencontres, une cohérence diplomatique qui relevait moins de l’agitation que d’un esprit stratégique élevé — pour ne pas dire d’une intelligence politique assumée. La crédibilité du pays en dépendait, et elle en dépend encore.

Loin d’inventer d’autres concepts pouvant expliquer cette façon de travailler, il ne s’agit que de la diplomatie de constance. Mieux la constance dans la diplomatie. En termes plus compréhensibles, la foi dans ce que l’on fait. Ah ! La Foi ? Elle est intérieure et personnelle. Les politiciens en soutane croient en être les seuls dépositaires. D’où les croc en jambes dans les jambes du Président. Heureusement qu’il en a des plus solides. Les indices sont claires et le climat international devient plus attentif. Des partenariats se créent et s’implantent. Petit à petit la reconnaissance se construit autour de cette marche progressive. La voix du Congo devient enfin audible progressivement.
Cependant ,le plus important reste à faire. C’est à dire capitaliser ce succès diplomatique au profit des solutions pour les populations de l’Est, victimes expiatoires de la barbarie, des égoïsmes des dirigeants voisins de notre pays. Mais aussi de la félonie de quelques fils égarés du pays. Ils sont à la base de l’instabilité que connaît l’Est de la République depuis des décennies.

Que ce succès ne se limite pas seulement aux salons feutrés de la diplomatie internationale. Qu’il soit palpable jusque dans le vécu et le parler quotidiens de ces populations longtemps meurtries. Que des mots tels que fuite, abandon, exil, mort puissent être remplacés par stabilité, bienveillance, vie paisible. Tout est possible à ceux qui veilleront à cette constance diplomatique. Seule possibilité d’espérer une véritable paix durable.

Pour LAUTREINFO
ZADAIN KASONGO T.

Diplomatie congolaise : le temps de la constance face au vacarme

Est-ce la fin de la guerre ? Non. Mais pour la première fois depuis longtemps, le Congo avance sans reculer d’un pas à chaque avancée. Dans un pays habitué aux faux départs, aux promesses avortées et aux élans brisés, cette continuité mérite d’être nommée, analysée et assumée. Les dernières avancées diplomatiques ne sont pas un hasard : elles sont le produit d’un choix stratégique, celui de la constance face au vacarme.


Car la diplomatie congolaise, longtemps moquée, parfois méprisée, a été réduite à une caricature commode. On l’accusait d’errance, d’improvisation, d’inefficacité chronique. On riait d’un Congo supposé absent de la scène internationale, condamné à subir plutôt qu’à proposer. Pourtant, dans le silence des rencontres bilatérales, dans la patience des négociations multilatérales, quelque chose se construisait. Lentement, sans effets d’annonce, mais avec méthode.


Aujourd’hui, cette diplomatie commence à produire des effets visibles. Les lignes bougent. Les partenaires écoutent davantage. Les discours changent de ton. Là où le Congo était sommé de se taire ou de s’aligner, il est désormais invité à expliquer, à défendre, à convaincre. Ce glissement n’est pas anodin. Il traduit une reconquête progressive de crédibilité, bien plus précieuse que les applaudissements éphémères.
Face à cette dynamique, les oppositions traditionnelles peinent à ajuster leur logiciel. Les accusations répétitives, les procès en illégitimité, les rumeurs savamment entretenues montrent leurs limites. L’achat des consciences, ce carburant politique usé, perd de sa force. Le mensonge, autrefois rentable, ne résiste plus à l’épreuve des faits. On critique par réflexe, faute de mieux. On agite le soupçon, faute d’alternative.


Pendant ce temps, le Président congolais poursuit sa trajectoire. On lui a reproché d’être partout, tout le temps, de multiplier les voyages, d’être « trop souvent dans les avions ». Mais la diplomatie ne se mène ni depuis un bureau clos ni à coups de communiqués indignés. Elle exige une présence, une endurance, une capacité à revenir, encore et encore, porter la même parole jusqu’à ce qu’elle soit entendue. La politique étrangère est une école de patience. Ceux qui la confondent avec l’immobilisme n’en comprennent ni la nature ni les exigences.
L’épisode au cours duquel le Président des États-Unis, Donald Trump, a publiquement salué le leadership du Président congolais, appelant même l’assistance à l’ovationner, restera comme un marqueur fort. Non par goût de la mise en scène, mais parce qu’il consacre un renversement symbolique : celui d’un Congo qui n’est plus uniquement évoqué à travers ses drames, mais reconnu pour sa capacité à tenir, à résister, à proposer une vision.


Que cela déplaise aux ennemis du Congo ou à ceux qui prospèrent sur l’idée d’un État éternellement faible importe peu. La diplomatie n’est pas un concours de popularité. Elle est un rapport de forces, un travail de fond, une stratégie de long terme. Et pour la première fois depuis longtemps, ce travail semble aligné avec une intelligence politique claire : restaurer la crédibilité du pays pour mieux défendre ses intérêts.
Mais une tribune honnête ne saurait s’arrêter à l’autosatisfaction. Car la diplomatie n’est pas une fin en soi. Elle n’a de sens que si elle améliore concrètement la vie des citoyens. Or, la question centrale demeure : quand et comment ces avancées se traduiront elles sur le terrain, notamment dans l’Est du pays ? Là où les populations continuent de payer le prix de l’insécurité, des déplacements forcés, des violences armées et de l’oubli.


La paix ne peut rester un concept brandi dans les forums internationaux. Elle doit devenir une réalité vécue, mesurable, ressentie. La sécurité ne peut être un simple engagement verbal. Elle doit se traduire par la fin des massacres, la protection des civils, la restauration de l’autorité de l’État. La dignité, enfin, ne peut être négociée à huis clos : elle doit être garantie à chaque citoyen.
La République démocratique du Congo joue une partie décisive. Elle n’a plus le luxe de l’échec ni celui de l’improvisation. L’horizon semble, pour une fois, légèrement dégagé. Mais cette éclaircie ne tiendra que si la constance diplomatique s’accompagne d’actes forts, lisibles, courageux sur le terrain national.


Le peuple congolais n’attend pas des miracles. Il attend de la cohérence. De la vérité. Et, surtout, des résultats. La diplomatie a ouvert une porte. Il appartient désormais aux responsables de prouver qu’elle mène bien vers la paix durable tant promise.

Pour LAUTREINFO
ZADAIN KASONGO T.

La République démocratique du Congo n’avance plus en silence

La fin du mépris diplomatique.

Est-ce la sortie du tunnel ? Non. Mais une chose est désormais certaine : le Congo (RDC) n’est plus immobile. Et surtout, il n’avance plus en silence pendant que d’autres parlent à sa place. Ceux qui s’étaient habitués à un Congo inaudible, réduit au rôle de figurant de sa propre tragédie, devront revoir leurs certitudes. La diplomatie congolaise, contre toute attente et malgré les sarcasmes, s’est remise en mouvement. Lentement, certes. Mais inexorablement.

Pendant des années, elle fut tournée en dérision. On la disait inexistante, erratique, incapable de défendre le moindre intérêt national. Le Congo était convoqué uniquement pour s’excuser, justifier ses malheurs ou recevoir des leçons. Les mêmes qui aujourd’hui feignent la surprise étaient hier les plus bruyants à prédire l’échec. Ils se nourrissaient du chaos, prospéraient sur la faiblesse de l’État et s’accommodaient très bien d’un pays à genoux.
Or, ce scénario commence à se fissurer.
La diplomatie congolaise agit. Elle travaille. Elle insiste. Elle dérange. Et surtout, elle persévère là où tant d’autres ont renoncé. Les lignes bougent parce qu’elles sont poussées. Les portes s’entrouvrent parce qu’on a cessé de frapper timidement. Le Congo parle désormais avec constance, là où il criait autrefois dans le désordre. Cette différence change tout.

Face à cela, les opposants de salon ,les politiciens en soutane, et les professionnels du doute montrent leurs limites. Ils répètent les mêmes slogans usés, les mêmes soupçons recyclés, les mêmes accusations sans fondement. L’achat des consciences, leur arme favorite, perd de son efficacité. Le mensonge politique, surexploité, n’impressionne plus. Quand les faits persistent, les rumeurs s’effondrent.

On a reproché au Président congolais son omniprésence sur la scène internationale. Trop de voyages, trop d’avions, trop de sommets. Mais depuis quand la diplomatie se mène-t-elle depuis un fauteuil ? Depuis quand la défense d’un pays agressé se fait-elle par télépathie ? Ceux qui ironisent sur ces déplacements oublient volontairement une vérité élémentaire : on n’impose pas une cause juste par l’absence, mais par la répétition, la ténacité et la présence continue. Si le prédécesseur était habitué à rester sur place,c’était aussi une stratégie comme une autre de garantir les intérêts de ses sponsors ,au détriment de la nation. Y penser ainsi n’est que piste de réflexion.

Le moment où le Président des États-Unis, Donald Trump, a publiquement salué le leadership du Président congolais, appelant l’assistance à l’ovationner, n’est pas un détail folklorique. C’est un signal politique fort. Un désaveu cinglant pour tous ceux qui affirmaient que le Congo ne comptait plus, qu’il n’était plus écouté, qu’il n’était plus crédible. Ce geste restera dans l’histoire diplomatique du pays, qu’on le veuille ou non.
Évidemment, cela dérange. Cela froisse. Cela inquiète même ceux qui ont bâti leur discours sur l’idée d’un Congo éternellement faible, dépendant et manipulable. Mais la diplomatie n’a jamais été un espace de confort. Elle est un champ de bataille feutré où l’endurance l’emporte souvent sur le bruit.
Soyons clairs : il ne s’agit pas d’un triomphe. Il ne s’agit pas d’un aboutissement. Et toute tentative de glorification prématurée serait irresponsable. Mais nier les avancées actuelles relèverait de la mauvaise foi pure pareille à celle du plus gradé des politiciens en soutane et toute sa cour. Le climat international évolue. Les partenaires réévaluent leurs positions. Les enjeux sécuritaires et humanitaires de la RDC sont enfin nommés avec plus de précision. Cela n’efface pas les drames, mais cela change les rapports.

Reste le point le plus sensible, celui que personne n’a le droit d’éluder : l’Est du pays. Tant que les populations continueront à mourir, fuir et survivre dans l’indignité, toute réussite diplomatique restera incomplète. La paix ne se décrète pas dans les communiqués. Elle se construit sur le terrain. La sécurité ne se négocie pas uniquement dans les capitales étrangères. Elle se garantit dans les villages, les villes et les camps de déplacés.
La République démocratique du Congo joue son crédit historique. Elle n’a plus droit à l’erreur, ni à l’illusion. L’horizon semble s’éclaircir, oui. Mais la lumière n’a de valeur que si elle atteint celles et ceux qui vivent encore dans l’ombre de la guerre.
Le Congo ne demande pas la charité. Il exige le respect. Et pour la première fois depuis longtemps, il commence à se donner les moyens de l’imposer.

Pour LAUTREINFO
ZADAIN KASONGO T.

Quand les dates deviennent des tombes : chronique d’un 12 septembre

À force de célébrer les anniversaires des membres sur cette plateforme, certaines dates finissent par nous apprivoiser. Elles cessent d’être de simples chiffres alignés sur un calendrier impersonnel pour devenir des présences familières, presque charnelles. Elles prennent des visages, des voix, des intonations. Elles deviennent des souvenirs qui respirent.
Il existe, parmi nous, de véritables gardiens du temps. Dites leur une date, et ils vous répondront aussitôt, parfois les yeux mi-clos, comme s’ils feuilletaient un vieux carnet intérieur :
— « 12 septembre ? C’est maman Marie-Paule… »
— « 4 mars ? C’était papa Un tel… »
La mémoire humaine, lorsqu’elle est nourrie d’affection, devient une archive vivante.
Si cela est possible pour quelques-uns, que dire de moi, qui presque chaque jour rappelle ces dates, les annonce, les écris, les partage, comme on sonne une petite cloche pour que personne ne disparaisse tout à fait dans l’oubli. Un geste simple, mais obstiné, comme allumer une bougie dans un couloir sombre.
Ainsi, parmi toutes ces dates, il en est une sur laquelle je ne peux me tromper. Depuis plus de quarante ans, le 12 septembre n’est pas une date ordinaire. C’est une date chargée de visages, d’histoires entremêlées, de fidélités silencieuses.
Dans notre groupe LAUTREINFO, le 12 septembre incarnait la naissance de notre tout premier trio : papa Paul, maman Marie-Paule et papa Claude Constant. Trois prénoms, trois sourires, trois piliers. Un peu comme ces trois pierres angulaires qui soutiennent une maison ancienne : tant qu’elles sont là, on se sent à l’abri.
Mais le temps, ce sculpteur silencieux, patient et inexorable, a commencé son œuvre.
En 2024, Claude Constant nous a quittés. Le trio s’est alors réduit à un duo. Deux voix au lieu de trois, deux présences là où il y avait jadis un chœur. La date tenait encore debout, mais elle boitait déjà.
Puis vint 2025. Pour les plus attentifs d’entre nous, un détail n’a pas échappé. Lors de l’anniversaire du 12 septembre, il ne restait plus que papa Paul KABAMBA Mukubay pour incarner ce trio fondateur. Maman Marie-Paule, elle, ne répondait plus. Ni aux appels répétés, ni aux messages insistants. Pourtant, fidèles à l’habitude et à l’espérance, nous avions maintenu sa photo pour illustrer notre message d’anniversaire. Comme si, par ce simple geste, par cette image obstinée, nous pouvions encore la retenir du côté des vivants.

De novembre à décembre, lors de notre séjour à Lubumbashi, nous avons multiplié les tentatives de l’appeler. Le téléphone sonnait… encore… et encore… puis se taisait. Pas de voix. Pas de retour. Juste ce silence pesant, ce silence qui s’installe comme une chaise vide au milieu du salon et dont personne n’ose parler, mais que tout le monde voit. Et puis, ce matin-là, le choc.

En appelant maman Jeanne KAKESSE, sa collègue de service depuis plus de quarante ans à l’ex Union Zaïroise des Banques — ironie du sort, un premier appel depuis 1986 —, la vérité est tombée, brute, sans préambule. Surprise par ma voix, elle m’a répondu, la gorge serrée, que Marie-Paule KARUMB avait été inhumée le 12 septembre 2024 à Lubumbashi… le jour même de son anniversaire de naissance.
Ainsi, la date qui célébrait sa venue au monde est devenue aussi celle de son départ.
Comme si le calendrier, fatigué de compter les années, avait décidé de refermer la boucle.
Comme si la vie, dans sa poésie parfois cruelle, avait murmuré :
« Tu es venue un 12 septembre, tu t’en vas un 12 septembre. »
Désormais, pour nous, cette date ne sera plus jamais une simple ligne sur un calendrier. Elle portera la mémoire d’un trio devenu duo, puis solitude. Elle portera aussi le souvenir d’une femme discrète, fidèle, silencieuse, mais profondément présente.
Quel que soit l’endroit où je me trouvais, chaque 12 septembre, je lui souhaitais toujours un heureux anniversaire, par tous les moyens possibles. C’était devenu une habitude, presque un rituel partagé entre elle et ma famille. Elle partageait d’ailleurs cette même date de naissance avec la mère de mes enfants. Elles étaient jumelles astrologiques, liées par le ciel avant même de l’être par la vie.
Oui, certaines dates apprennent à marcher avec nous. Elles nous accompagnent, nous suivent, nous tiennent la main. Et parfois, sans prévenir, elles se retournent…
et finissent par marcher sur nos larmes.

ZADAIN KASONGO T.

Cinéma — Hommage à Halima Gadji, étoile partie trop tôt

Le cinéma africain est en deuil.
Une voix s’est tue, un regard s’est éteint, une présence s’est retirée de l’écran et de nos cœurs.
L’actrice sénégalo-maroco-algérienne Halima Gadji s’est éteinte hier à Dakar, à l’âge de 36 ans, laissant derrière elle une trace lumineuse, faite de grâce, de talent et d’audace.

Née en 1989, entre les quartiers populaires et vibrants de la Médina et de Sacré-Cœur, à Dakar, Halima portait en elle la richesse de plusieurs héritages :
celui d’une mère maroco-algérienne, et celui d’un père sénégalais. De ce métissage, elle avait tiré une identité ouverte, fière, profondément africaine et résolument universelle.

Actrice, consultante mode, mannequin et entrepreneuse, Halima Gadji ne se limitait pas à un seul cadre. Elle explorait, elle créait, elle osait. Elle incarnait cette génération de femmes africaines modernes, libres, déterminées, conscientes de leur image et de leur pouvoir d’inspiration. Le grand public la découvre et l’adopte à travers la série à succès : Maîtresse d’un homme marié, où son jeu, à la fois intense et nuancé, révèle une actrice capable de porter des personnages complexes, proches des réalités sociales, et profondément humains.

À l’écran, Halima ne jouait pas seulement des rôles : elle racontait des vies. Son rayonnement a dépassé les frontières du Sénégal. En 2023, elle est choisie comme Marraine du 39ᵉ Festival international de cinéma Vues d’Afrique, à Montréal (Canada), aux côtés du parrain Stanley Février.
Un honneur qui consacrait son engagement pour la promotion du cinéma africain et des talents issus du continent et de la diaspora.

Dans la vie comme dans l’art, Halima était aussi une sœur, une présence aimante et inspirante pour son cadet, l’acteur Kader Gadji, avec qui elle partageait non seulement le sang, mais aussi
la passion des projecteurs et de la création.

Aujourd’hui, le rideau tombe trop tôt sur une carrière encore pleine de promesses. Mais les images demeurent, les scènes restent, les souvenirs persistent. Et dans chaque rediffusion, dans chaque évocation de son nom, Halima Gadji continuera de vivre, comme vivent les artistes véritables :
dans la mémoire collective et dans la lumière des écrans. Ma foi d’artiste et le zèle de professionnel de média qui m’habitent font foi.
🕊️ Paix à ton âme, Halima.
Que ton sourire traverse encore longtemps les frontières du temps.

Pour LAUTREINFO
ZADAIN KASONGO  T.

Sur le plateau du temps, Papa Jean a joué sa plus belle partie !

Un membre éminent de « MIMI-SCRABBLE », notre club, s’est allongé pour toujours. Oui une dernière fois. Un peu comme on pose ses lettres après une partie bien jouée, dans le calme et la paix. Il s’appelait Jean Denis surnommé papa Jean par ses amis scrabbleurs. Merci à tous ceux qui l’ont connu. Mais aussi à ceux qui ne l’ont pas connu. Allusion faite notamment à notre très chère Valérie HANG VO, nouvelle venue parmi nous. Elle a appris à l’aimer sans l’avoir rencontré, simplement en écoutant nos récits, nos sourires, nos silences quand son nom revenait autour de la table. Preuve, s’il en fallait, que certains êtres laissent des empreintes si profondes que même ceux qui arrivent après marchent déjà dans leurs pas. Né à Mons en Belgique le 28 mai 1927, il a quitté la vie le 10 janvier 2026 pour rejoindre son épouse Marie-Ghislaine VAN HOUTTE avec qui ils avaient eu 4 enfants : Eric, Michel, Philippe et Isabelle DENIS
Tous les élans du cœur, toutes les pensées de chacun et de chacune seront transmis à son fils, Michel, héritier non seulement d’un nom, mais d’une présence, d’un exemple, d’une manière d’être au monde.
Il est vrai que c’est dommage, infiniment dommage, que certains ne l’aient jamais rencontré.
Car Papa Jean était de ces êtres rares dont la présence marque, même dans le silence d’une partie de Scrabble, même dans l’immobilité d’une salle où seules les lettres glissent et les regards se croisent.
Il s’asseyait, droit, attentif, presque solennel, comme s’il entrait dans un rituel. Puis ses yeux parcouraient le plateau, rapides, précis, éclairés. On aurait dit qu’il conversait déjà avec les mots avant même de les poser. Son intelligence était vive, alerte, parfois malicieusement espiègle.
Un excellent adversaire. Redoutable même.
Il jouait avec une aisance déconcertante, comme si les mots se présentaient à lui d’eux-mêmes, rangés quelque part dans les tiroirs secrets de sa mémoire, prêts à surgir au bon moment. Pendant que nous cherchions encore, hésitants, il avait déjà trouvé. Pendant que nous comptions nos points, lui observait déjà le prochain coup. Ce qui frappait immédiatement, c’était sa rapidité.
Mais plus encore, la richesse de son vocabulaire, patiemment façonnée par toute une vie de lecture, d’écoute, de conversations, de curiosité jamais éteinte. Chez lui, chaque mot semblait avoir une histoire, un poids, une musique.

À 98 ans, Papa Jean était encore capable de jouer au Scrabble plus de deux tours sans faiblir, sans se plaindre, sans demander pause ni répit. Mieux encore — et cela nous faisait sourire — il s’agaçait gentiment de me voir prendre trop de temps à placer mes jetons, alors que lui n’en perdait pas une seconde.

Il me regardait, mi- taquin, mi- sérieux, comme pour dire :
— Le jeu n’attend pas, mon ami. L’esprit non plus.
Cela l’ennuyait presque, comme si l’attente était une petite offense faite au jeu, à l’élan de la pensée, à cette danse rapide entre la main et l’intelligence.
Quel paradoxe émouvant : un jeune plus lent que le plus âgé.
Une leçon silencieuse sur le temps, sur l’expérience, sur la vivacité intérieure qui ne connaît pas les rides.

Papa Jean nous enseignait sans discours, sans leçons, simplement par sa manière d’être.
Il nous montrait que l’âge n’est pas toujours un ralentissement, mais parfois une forme d’aboutissement, une clarté, une maîtrise tranquille. Son parcours, son esprit, sa dignité, sa constance, sa façon respectueuse de gagner comme de perdre, restent profondément inspirants. Il nous rappelait que le vrai talent n’écrase pas, il élève. Que la vraie force n’humilie pas, elle encourage. Que la vraie intelligence sait aussi sourire. Son seul regret est de ne m’avoir jamais battu au tour final m’a-t-il confié l’année dernière lors de la célébration de ses 98 ans

Aujourd’hui, le plateau est là, les lettres sont là, la table est la même…
Mais une chaise est silencieuse.
Et ce silence, paradoxalement, parle très fort.
Il nous dit que Papa Jean a simplement changé de salle, changé de jeu, changé d’éclairage.
Il a posé ses lettres ici, mais il continue sa partie ailleurs, là où les mots ne s’épuisent pas et où le temps ne presse plus.

Paix à son âme.
Vive Papa Jean, mon excellent adversaire, mon discret professeur, notre mémoire vivante.
Et que son souvenir demeure, partie après partie, mot après mot, dans notre cercle de MIMI-SCRABBLE.

ZADAIN KASONGO T.

Pontien Pakoko, mon frère des mots et de la vie !

Il est des frères et des sœurs que l’on ne choisit pas. Ils nous sont donnés à la naissance, ils arrivent avec le sang, le nom, parfois le poids des obligations. Ils sont là, souvent sans notre avis, et personne ne nous les impose vraiment : ils s’imposent d’eux-mêmes. Ils se réclament frères, parfois sans nous demander si nous sommes prêts à l’être aussi. Ils revendiquent des droits sur nos joies, nos peines, nos décisions, parce que la vie les a placés là, à nos côtés.

Et puis, il y a les autres.
Ceux que l’on choisit.

Ces frères là ne naissent pas dans la chair, mais dans le temps. Ils se révèlent au fil des chemins partagés, des épreuves traversées ensemble, des conversations tardives, des silences compris. Ils naissent d’un regard juste, d’une parole droite, d’une manière d’être au monde. Ce sont des femmes et des hommes qui vous acceptent tel que vous êtes, sans vous demander de vous justifier, sans chercher à vous transformer. Des êtres qui se sentent simplement en paix avec vous, et dont la présence devient un lieu sûr.

Ces frères choisis ne réclament rien, mais donnent beaucoup. Ils répondent à des exigences intérieures : le respect, la sincérité, l’honnêteté, l’objectivité, l’amour de l’autre. Ils partagent vos valeurs sans les proclamer, ils les incarnent.
Pontien KADJUO A PAKOKO était de ceux-là.

Le destin l’avait placé sur le chemin de nombreux d’entre nous. Sur ce long et parfois rude chemin qu’on appelle la vie. Nous venions de loin. De l’enfance, de la Ruashi, de ces années où l’on se construit sans le savoir encore. Et de ces années-là, une chose me revient avec une force intacte : je ne me souviens pas du jour où Pontien aurait appelé un proche par son nom ou son prénom. Jamais.
C’était toujours mon frère, mon frérot, ma sœur — prononcés avec une déférence naturelle, presque sacrée. Comme s’il reconnaissait en chacun une dignité préalable. Comme s’il savait que le mot pouvait déjà être un acte de paix.
Face à lui, on se sentait obligé de devenir meilleur. Obligé de lui rendre cette fraternité qu’il offrait sans calcul.
Homme de paix, homme de conviction, homme de bien.
Au sein de notre plateforme, il était le sage. Celui qui ne criait pas, mais dont la parole faisait taire les colères. Celui qui savait calmer les ardeurs des plus révoltés, non pas en éteignant la flamme, mais en lui donnant une direction. Il croyait à la force du dialogue, à la patience, à l’intelligence collective.

Homme de foi aussi, Pontien avait le goût du bien et du beau. Il le cultivait avec une plume rare, exigeante, élégante. À l’écrit comme à l’oral, il excellait sans forcer, sans écraser. Il écrivait comme on éclaire, il parlait comme on ouvre des portes.

Ce jour restera mémorable. Il marque le départ non seulement de Voltaire, mais aussi de Shakespeare de la Ruashi. Oui, car Pontien était de ces esprits complets, capables de la profondeur critique comme de l’élan poétique. D’aucuns l’appelaient la Bibliothèque, d’autres l’Encyclopédie. Non pas parce qu’il accumulait le savoir, mais parce qu’il savait le transmettre, le relier, l’humaniser.

Michel de Montaigne préférait la tête bien faite à la tête bien pleine. Pontien avait les deux. Une intelligence structurée et une mémoire riche, mais surtout un cœur à la hauteur de son esprit. Ironie du sort, c’est ce même cœur qui l’a emporté selon la médecine.

Quelle perte immense pour RUASHI-YETU, quelle absence douloureuse pour LAUTREINFO, où sa plume et sa contribution manqueront longtemps. Frère des mots ,frère de la vie, ses mots nous accompagneront pendant longtemps. Ses phrases résonneront aussi pendant longtemps tant dans nos oreilles que dans nos cœurs, dont une restée indélébile : « Quand nous fumes à la Kafubu et que nous y fumâmes ensemble la cigarette »….. Ce fut du Pakoko pur jus, la quinzaine révolue.

ZADAIN KASONGO T