« Pour l’être humain, rien n’est simple ici-bas ; il en va de même pour la flore et le relief qui l’ont précédé. »
Ce proverbe pose d’emblée une vérité grave : l’existence est marquée du sceau de la difficulté. L’homme, loin d’être maître d’un monde docile, s’inscrit dans un univers déjà travaillé par des tensions antérieures. La flore elle-même, dans son apparente immobilité, lutte pour la lumière, l’eau, la survie ; le relief, façonné par des forces souterraines et des bouleversements anciens, témoigne d’une histoire de fractures et de résistances. Ainsi, l’humain hérite d’un monde déjà conflictuel, où rien n’est donné dans la simplicité. Cette vision rejoint une conception tragique de la condition humaine : vivre, c’est affronter une complexité qui ne commence pas avec nous et ne s’achève pas en nous.
Cependant, faut-il vraiment considérer que rien n’est simple ? Cette affirmation pourrait être nuancée. La complexité du monde est peut-être moins une propriété intrinsèque qu’une projection de la conscience humaine. Là où l’homme perçoit des obstacles, la nature suit des cycles harmonieux : la plante pousse sans hésitation, la montagne s’élève sans intention. Ce qui apparaît complexe à l’esprit humain résulte souvent de son besoin de comprendre, de nommer et de maîtriser ce qui l’entoure. Ainsi, la difficulté ne serait pas tant dans les choses que dans le rapport que l’homme entretient avec elles. Le proverbe pourrait alors être compris comme une exagération, qui révèle davantage l’inquiétude humaine que la réalité du monde.
Entre ces deux perspectives, une voie médiane s’impose. La complexité n’est ni totalement objective ni purement subjective : elle naît de la rencontre entre un monde riche en dynamiques et un esprit humain en quête de sens. La flore et le relief ne sont pas « simples » en eux-mêmes, car ils sont traversés de processus invisibles ; mais ils ne sont pas non plus « complexes » au sens humain, car ils ne problématisent pas leur existence. L’homme, en revanche, hérite de cette profondeur naturelle et y ajoute sa conscience, ses désirs, ses contradictions.
Ainsi, le proverbe exprime moins une fatalité qu’une lucidité : vivre, c’est habiter un monde déjà ancien, déjà travaillé, et apprendre à naviguer dans ses plis. La difficulté devient alors non une malédiction, mais une invitation à la compréhension, à l’humilité et à l’ajustement.
José Tshisungu wa Tshisungu, écrivain et philosophe.


