Le temps politique ne se conjugue pas au conditionnel

Le Président Félix Tshisekedi mourra un jour, comme tout être humain. Cette vérité est celle de notre commune condition. Mais il n’est pas encore mort aujourd’hui. Pourtant à lire sur certaines plateformes, certains semblent déjà vouloir écrire l’épilogue d’une histoire qui continue de s’écrire. Sans toujours l’avouer publiquement, ils nourrissent l’impatience de le voir quitter la scène, comme si l’urgence n’était plus de juger une œuvre, mais d’en interrompre l’auteur.

Or, la politique ne se construit pas sur les impatiences, encore moins sur les procès d’intention. Elle se mesure aux faits, aux réalisations et à la capacité d’un dirigeant à transformer les promesses en actes. Ceux qui réclament son remplacement immédiat devraient d’abord répondre à une question simple : pourquoi interrompre un chantier dont ils reconnaissent eux-mêmes, parfois à demi-mot, qu’il produit des résultats ?

Nul ne prétend que le destin de la République démocratique du Congo repose sur un seul homme. L’histoire de notre pays ne s’arrêtera ni avec Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo ni avec aucun autre président. D’autres Congolais viendront, c’est une évidence. D’autres générations prendront le relais. C’est le principe même de la continuité de l’État.

Mais gouverner ne consiste pas à changer de capitaine au simple motif que le navire navigue encore. Encore faut-il démontrer que celui qui aspire à tenir la barre fera mieux que celui qui l’occupe. Jusqu’à présent, les prétendants se sont succédé dans le débat public, mais peu ont présenté une vision plus convaincante, un projet plus solide ou un bilan comparable. Les discours abondent ; les preuves demeurent rares.

La démocratie ne consiste pas seulement à vouloir l’alternance. Elle consiste aussi à reconnaître, avec honnêteté intellectuelle, les acquis lorsqu’ils existent et à laisser le suffrage populaire décider, le moment venu, de la poursuite ou non d’une action politique.

Remplacer un dirigeant simplement parce que le temps passe est une logique biologique, non une logique politique. Ce qui devrait guider le choix d’une nation, ce n’est ni l’usure des visages ni la fatigue des slogans, mais la qualité des résultats obtenus et la pertinence des perspectives proposées.

Dans une compétition sportive, on ne remplace pas un joueur au seul prétexte que le match avance. On le remplace lorsqu’il ne répond plus aux exigences de la rencontre ou lorsqu’un autre est objectivement en mesure d’apporter davantage. Vouloir changer un capitaine alors que son équipe estime être en train de maîtriser la partie est un pari dont les conséquences méritent d’être soigneusement pesées.

En définitive, ce n’est ni l’émotion ni l’impatience qui devraient dicter l’avenir politique de la République, mais le jugement souverain du peuple, éclairé par les faits, le bilan et les projets. Car, en démocratie, ce sont les urnes qui prononcent le dernier mot, et non les souhaits, les rumeurs ou les impatiences.

ZADAIN KASONGO T.

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