L’histoire de l’Afrique, la RDC comprise, a depuis plus de cinq cents ans émaillé d’épreuves douloureuses ayant pour beaucoup influé sur le cours de son développement. La traite des esclaves noirs a fortement déstabilisé l’Afrique tout en la vidant de la force de ses bras mis à profit ailleurs par les négriers, notamment en Amérique. La colonisation qui s’ensuivit vint procéder au partage de l’Afrique à la Conférence de Berlin (1884-1885) pour l’exploitation de ses ressources naturelles au profit de puissances coloniales de l’époque. Et malgré la proclamation des indépendances au profit des États africains, les anciennes puissances hégémoniques et d’autres n’ont jamais manifesté la volonté de lâcher prise sur l’Afrique et ses ressources vitales, revenant en force dans un élan néocolonialiste impitoyable qui ne laisse aucun temps de répit aux Etats africains pour développer leurs pays comme il se doit en fonction de ressources naturelles qu’ils détiennent.
L’intérêt de notre démarche est de chercher à comprendre comment les africains, et en l’occurrence les congolais ont pu d’hier à aujourd’hui réagir à l’exploitation chaque fois leur imposée de l’extérieur.
Dans le but d’étayer nos propos, nous allons en grandes lignes aborder les points suivants : le déterminisme comme solution unique pour ne pas disparaître ; le rôle des uns et des autres dans la défense de la RDC ; des sonnettes d’alarme négligées ; pour un recours à de valeurs traditionnelles africaines afin de juguler des déficits de conscience nés d’un échec de métissage culturel ; et une brève conclusion.
I.LE DÉTERMINISME : UNIQUE MOYEN POUR NE PAS DISPARAITRE.
1.LA RÉSISTANCE DES CONGOLAIS D’HIER FACE À L’OPPRESSION VENUE DE L’EXTÉRIEUR.
La traite des esclaves noirs ne fut pas tolérée, notamment dans le royaume Kongo où le mani kongo dut protester vigoureusement, mais sans succès,à travers ses ambassades accréditées auprès de la cour du Portugal et auprès du Vatican.
Dans un volte-face contre la domination des portugais imposée par la supériorité des armes à feu, tous les dirigeants politiques du royaume Kongo se levèrent à l’unanimité et allèrent combattre les portugais à la bataille d’Ambuila en 1665, où mourut toute la classe dirigeante du royaume.
Plus révélateur encore du refus d’être subjugués par les étrangers, malgré leur faiblesse,fut à l’époque de la traite négrière dans le royaume Kongo, le sacrifice suprême enduré par Dona Béatrice, de son véritable nom Kimpa Vita, qui disait à ses congénères que l’heure allait venir où les autochtones allaient reprendre en main la direction du destin de leur peuple. Ce qui ne dut pas plaire aux portugais qui, sans jouir de la légitimité populaire, détenaient tout de même l’imperium, le pouvoir de commandement leur conféré par la supériorité des armes à feu, qui ordonnèrent que Kimpa Vita fusse brûlée vive sur un bûcher à la manière de Jeanne-d’arc à Rouen. Des sources émanant du milieu de l’Eglise catholique romaine ne s’éloignent pas de cette volonté indépendantiste affichée par Kimpa Vita, en rapportant sur base des données d’archives que Kimpa Vita avait délibérément voulu troubler l’ordre public établi par la congrégation des Spiritains dans le royaume Kongo à l’époque, en annonçant qu’en songe elle avait vu Saint Antoine lui révéler que désormais la foi et les prières chrétiennes devaient être rendues selon un rituel purement africain. De ce fait elle fut condamnée par les Spiritains à subir la très brutale sanction de l’autodafé pour avoir selon eux voulu initier et entretenir une hérésie.
La colonisation belge fut un choc tout aussi brutal que la traite des esclaves noirs, qui ne purent jouir d’aucune considération humaine de la part de l’homme blanc.Et l’histoire politique de la colonisation belge du Congo constitue sans doute un parcours jonché de révoltes ça et là initiées à l’un ou l’autre moments ( notamment celles dites des tetela, des Basanga dans le Katanga, des Topoke de la Province orientale, des Mbuza à l’Equateur, celle des Pende dans l’actuelle province du Kwilu,etc.) qui témoignent de la volonté de résistance des congolais de l’époque à la façon de voir et d’organiser les affaires intérieures émanant du pouvoir colonial belge.Et nous ne pouvons clore ce volet sans évoquer les martyrs de l’indépendance du 4 janvier 1959 à Léopoldville,dont le sacrifice suprême a dû constituer le détonateur ayant conduit la Belgique à mettre fin à la colonisation belge en accordant l’indépendance du Congo le 30 juin 1960.
Une mention toute particulière mérite d’être soulignée à l’endroit du patriarche Simon Kimbangu, référence de la résistance et du don de soi à la cause de la libération de l’homme noir de tous les liens d’asservissement. Il fut condamné, emprisonné, déporté jusqu’à sa mort à Elisabethville ( Lubumbashi), non pas pour une infraction personnelle quelconque, mais tout simplement parce qu’il avait osé déclarer » qu’un jour les noirs seront des blancs, et des blancs seront des noirs ». Ce qui en réalité signifiait dans l’entendement du pouvoir colonial belge une fin éventuelle, alors insupportable, de tous les avantages que la colonisation belge du Congo procurait à la Belgique.
La préoccupation majeure à cette étape de notre démarche conduit à nous demander – même si comparaison n’ est pas raison – pourquoi les congolais d’hier qui nous ont légué la RDC comme héritage, avec peu ou pas d’instruction du tout, ont résisté du mieux qu’ils pouvaient, afin de s’affirmer comme des hommes dignes de considération, disposant en commun de valeurs à défendre, tandis que les générations présentes de congolais, suffisamment ouvertes à la culture universelle,qui en leur sein disposent des élites intellectuelles de très haut niveau, peuvent être en train de se fourvoyer en sens divers, sans unanimité autour de grandes questions existentielles qui au vu et au su de tous menacent l’intérêt supérieur de la RDC ? C’est ce que nous allons voir dans ce qui suit.
2.LES DÉFIS D’AUJOURD’HUI ET DE DEMAIN ET L’EXIGENCE D’UN SENS PATRIOTIQUE TRÈS ÉLEVÉ DE LA PART DES CONGOLAIS.
Du point de vue existentiel, les défis d’aujourd’hui et de demain auxquels la RDC se trouve confrontée se résument à mon humble avis en deux groupes :
1°) lutte contre l’invasion économique qui en douce pénètre en RDC sans bruit de bottes, à travers des contrats léonins ou pas de contrat du tout, de la part de multinationales et même des particuliers cherchant à étendre leur influence sur toutes les sphères de l’économie de la RDC, sur le dos du plus grand nombre de congolais qui n’y voient que du feu ! Dans les faits, c’est celui qui contrôle l’économie qui a la mainmise sur l’orientation économique du pays, qui influe sur les décisions politiques à prendre. Pourtant c’est aux congolais que revient la lourde responsabilité souveraine, reprise par un serment dans l’hymne national de la RDC, de posséder et bâtir la RDC.
2°) lutte contre l’infiltration et la balkanisation de la RDC, soutenue par les ennemis de la RDC, qui ne veulent pas d’un pays uni et calme, susceptible de devenir prospère et puissant et d’entraîner à sa suite le processus de développement de l’Afrique, qui en spirale aurait pour conséquence éventuelle la rupture de ravitaillements en matières premières destinées aux industries des grandes puissances.
Il.LE RÔLE ATTENDU DES UNS ET DES AUTRES DANS LA DÉFENSE DE LA RDC.
En fonction du degré de maîtrise des questions qui se posent à la RDC et du degré de la responsabilité qu’ils ont à assumer dans la société congolaise, il y a lieu de distinguer en deux groupes les congolais qui en réalité ne sont pas logés à la même enseigne : d’un côté les gens du peuple, qui ne comprennent rien à la marche du pays par rapport à la marche du monde, ou d’autres qui comprennent partiellement les choses mais sans lien de causalité entre elles, et qui tous finissent les uns et les autres par croire au fatalisme dans tout ce qui arrive à leur pays, oubliant qu’ils ont certainement un rôle à jouer pour faire avancer le pays ; et de l’autre côté des élites intellectuelles et politiques, instruites, ayant la compréhension des tenants et aboutissants de toutes choses par la connaissance pertinente de la marche du pays par rapport à la marche du monde.
1.L’ATTITUDE AMBIVALENTE DES GENS DU PEUPLE.
Les gens du peuple qui en RDC n’ont cessé de gémir de la colonisation belge à l’indépendance, qui crient constamment d’être abandonnés à leur triste sort, de ne pas être associés à la jouissance de retombées qu’offre la mise en valeur des ressources considérables de leur pays – dans un pays riche aux habitants paradoxalement pauvres – sont par contre ceux qui n’exercent, pas encore comme il se doit, leur pouvoir en tant que souverain primaire, qui en principe accorde le pouvoir à ceux qui par délégation dirigent la RDC.! La plupart de leurs votes sont bradés à vil prix, moyennant des histoires de pacotille ou de promesses fallacieuses liées à des sentiments ethniques, tribaux ou à des fréquentations partisanes. En conséquence, ils se rendent incapables de veiller d’un œil soutenu et à l’unanimité, sur la conduite des affaires de l’État. Ils ferment les yeux même sur des fraudes inquiétantes, allant jusqu’à apporter du soutien massif à de mandataires fautifs surpris en flagrant délit ! Drôle aussi est le fait d’entendre dire que des congolais, qui veulent que l’État congolais réponde le plus possible aux attentes du peuple,se soient délibérément permis ça et là d’arracher et voler des tuyaux de conduite d’eau, des câbles de courant électrique, des graviers, moellons et autres matériaux de construction des routes, des ponts… Une chose et son contraire !
Mais il est par contre à saluer avec fierté, l’éveil patriotique des gens du peuple, qui semble monter en puissance beaucoup plus que celui des élites intellectuelles et politiques, qui elles semblent le plus souvent avoir la tête dans les nuages du confort et des intérêts personnels à atteindre que dans la recherche de réponses aux attentes du peuple congolais qu’ils prétendent tous vouloir servir.
Trompés à deux reprises par l’Afdl, cheval de Troie ayant permis aux rwandais et ougandais d’occuper la RDC, et aussi par leur retour en force avec le Rcd et le Mlc – toujours pour des fausses promesses de démocratie et de bien-être général – les jeunes de l’Est de la RDC ont commencé à ouvrir l’œil, le bon, quand à l’avènement du CNDP et du M23 ils ont intuitivement compris après des tueries de congolais et des pillages perpétrés par les hommes de paille de Kagame, qu’ils étaient en danger d’extermination, d’épuration ethnique pour une création graduelle d’un tutsiland ! Les patriotes wazalendo ont largement contrecarré les projets ambitieux déplacés de Kagame. Sans plus aller volontairement renflouer les rangs des troupes rwandaises d’invasion, ils se sont farouchement placés en face des proxies de Kagame pour les combattre.
Il reste permis de croire que si le même esprit de fierté, d’amour propre, de résistance patriotique, pouvait s’emparer de tous les congolais de l’Est de la RDC, l’affairisme odieux qui par ruse les oblige encore d’apporter un soutien malicieux aux rwandais, ADF et autres, s’essoufflerait peu à peu pour céder place à une paix durable. Car des troupes ennemies ne peuvent tenir dans la durée rien qu’avec des ravitaillements fournis à distance, et sans aucune collaboration, même minime, des autochtones.
2.L’ECHEC DÉPLORABLE DES ÉLITES POLITIQUES CONGOLAISES À CONDUIRE LA RDC.
La faillite depuis longtemps décriée de la société congolaise repose pour une très large part sur les épaules des élites politiques congolaises, auxquelles le peuple congolais a abandonné tout le pouvoir entre les mains, et qui de ce fait en ont largement fait à leur tête et sans aucun souci de redevabilité.
Ce sont les élites politiques congolaises qui pour la plupart en RDC – à défaut de former le peuple dans leurs partis politiques,du pouvoir comme de l’opposition, à maîtriser le fonctionnement de l’appareil de l’État, la compréhension des évènements marquants dans le monde, afin qu’il se situe dans le temps et dans l’espace, de manière à saisir quels sont les droits et devoirs exigés de chacun des congolais et de quel côté se situerait son intérêt – prennent le vilain plaisir de le maintenir dans l’obscurantisme, en otage, pour l’asservir à leurs besoins personnels, qu’il fût-ce au moyen de l’exaltation inutile de divisions tribales, ethniques !
Ce sont des élites politiques congolaises et leurs subalternes qui au pouvoir mettent impunément main basse sur les ressources matérielles et financières de l’État afin d’en faire un usage personnel ; qui en vue de siphonner des sous à l’État congolais postulent un seul individu à différents postes de responsabilité politique ( présidence de la république, sénat, députations nationale et provinciale)… avec toutes les magouilles qui en découlent en cas de réussite aux élections !
Ce sont ces élites politiques qui dans l’opposition, même sans disposer d’aucun mandat électif conféré par le peuple congolais ou même brandir un projet alternatif crédible, s’agitent comme de beaux diables, cherchent à contourner la volonté du peuple congolais et accéder au pouvoir au moyen de conciliabules improvisées, et même en faisant corps avec l’invasion extérieure ! Pourquoi des leaders politiques congolais, qui prétendent aimer et vouloir servir la RDC et leurs compatriotes, étaient-ils offrir servilement leurs services à Paul Kagame afin de faire de l’invasion de la RDC une banale affaire congolo-congolaise? Pourquoi l’opposition politique congolaise interne se fait-elle tourner en bourrique en devenant une caisse de résonance des proxies de Kagame,campe-t-elle sur les mêmes revendications ( dialogue, constitution), alors même qu’ils savent que la paix durable à l’Est de la RDC ne devrait pas provenir de la, parce que Paul Kagame – qu’ils ne peuvent oser contrarier – ne cesse de clamer tout haut que Goma, Bukavu… font partie de ses problèmes, que chercher à anéantir le M23 c’est chercher à éteindre le Rwanda ?
Plus grave encore est cette trahison de sang froid, entretenue par des officiers supérieurs de nos forces armées qui comme jamais vu ou entendu – contre le serment, la discipline militaire et l’esprit d’équipe – ont tour à tour délibérément sacrifié la vie de leurs compagnons d’armes dans des embûches programmées ; ont volontairement abandonné du terrain à l’ennemi, des armes et munitions… juste en vue d’acquérir des richesses personnelles tout aussi éphémères que la vie d’un homme sur la terre !
Que dire encore de toutes les cabales montées contre la RDC, qui remontent les filières de l’infiltration jusqu’à atteindre les arcanes du pouvoir de Kinshasa ! Non, congolais de la RDC, nous sommes tombés au plus profond de la déchéance morale, qui à son tour entraîne à sa suite la déchéance de la vie politique et économique de la RDC.
Tous les regards objectifs au pays et à l’étranger convergent, à mon humble avis, à reconnaître que le régime de Félix Tshisekedi, contrairement à ceux qui l’ont précédé au cours des trente dernières années, amorce un nouveau départ, celui de la renaissance de la RDC.
Le régime de Félix Tshisekedi constitue une étape charnière,marquante de l’histoire politique de la RDC, qui sur tous les plans contribue – malgré des difficultés inhérentes à un système de gouvernance longtemps resté désorienté – à la refondation de l’État congolais sur le plan diplomatique où la RDC reprend petit à petit sa place dans le concert des nations ; sur le plan politique où la mainmise du Rwanda est en train d’être déboulonnee, sur les plans économique et social où des infrastructures diverses poussent comme jamais auparavant, le budget augmente, des salaires aussi,… malgré une conjoncture économique très éprouvante du fait de la pandémie de COVID-19, de l’atroce et injuste guerre de l’Est imposée à la RDC par le Rwanda, les ADF,…
De la même manière que l’invasion de la RDC par l’Afdl de triste mémoire avait mis fin toutes affaires cessantes à l’ordre politique ancien hérité de la deuxième république, le régime de Félix Tshisekedi doit être porté par tous les congolais à mettre un terme à la domination politique et l’humiliation de la RDC par le Rwanda et ses soutiens extérieurs !
Le pays était déjà parti aux mains des envahisseurs , et il n’est pas question dans un esprit patriotique, de lésiner sur les moyens pour éliminer la constitution des belligérants qui fait l’affaire des ennemis de la RDC. Pas besoin non plus de respecter des échéances électorales d’une démocratie purement formelle, qui jamais n’a eu à servir les attentes du peuple congolais longtemps meurtri !
Mais le plus dur, même quand des institutions publiques pourraient être changées en faveur du peuple congolais, reste de savoir qu’est-ce qui changerait la mentalité des dirigeants politiques congolais et leurs subalternes, pour que des manquements graves, débordements,abus de fonctions, ne viennent plus nuire au bon fonctionnement de l’appareil de l’État, ne viennent plus éroder et anéantir les critères vitaux du peuple congolais.
III.DES SONNETTES D’ALARME NÉGLIGÉES.
Certains membres faisant partie de l’élite intellectuelle congolaise n’ont de tout temps pas gardé le silence devant la descente aux enfers du pays. Déjà dans les années consécutives à l’indépendance de la RDC, Mabika Kalanda a écrit un livre qui reste une référence indispensable à l’éveil patriotique des congolais, gouvernants et gouvernés : La remise en question – Base de la décolonisation mentale.
Dans les années 1990, Alex Tshimanga Membu Dikenia a eu à s’attaquer à un phénomène particulier qu’il a qualifié de » la république des professeurs », quand des profs d’université étaient en nombre parvenus à se faire nommer ministres, conseillers de cabinets politiques ou chefs d’entreprises, mettant pour la plupart leur intelligence à développer des astuces aidant à permettre ou couvrir des fautes ou crimes d’État. Il fut particulièrement très virulent à l’endroit du professeur Kabuya Lumuna,dont l’influence en tant que directeur de cabinet du maréchal Mobutu avait conduit ce dernier à adopter et mettre en pratique le développement séparé consacré par la territoriale des originaires ayant favorisé la montée du tribalisme, des divisions internes qui en soi préparaient le lit à l’affaiblissement du sentiment national et à la balkanisation.
Péremptoire et sans détours, est la théorie des équations fatales, émise en 1979 par le professeur Rudolph Ilunga Kabongo, qui par anticipation dans ses études prospectives avait prédit que si rien n’était fait pour vite arrêter et redresser la situation, dans les années à venir :
- le pays allait avoir des routes délabrées, des ponts cassés, alors qu’il aurait formé beaucoup d’ingénieurs ;
- le pays allait connaître des problèmes de ravitaillements et de famine, alors qu’il aurait à sa disposition des agronomes, vétérinaires et même des ingénieurs agronomes en grand nombre ;
- allait avoir des problèmes de santé et même assister à la résurgence de certaines épidémies depuis longtemps enrayées, alors qu’il aurait formé un très grand nombre de médecins et pharmaciens ;
- que des niveaux scolaires et académiques auraient à baisser, alors que le pays aurait à compter un très grand nombre d’enseignants de bonne formation à tous les niveaux,etc.
Ce n’est pas que des finalistes formés dans le moule des universités et instituts d’études supérieures de la RDC manquent de la hauteur pour pouvoir assumer la tâche à laquelle ils ont été préparés, mais c’est l’État congolais qui n’aurait pas suffisamment développé des créneaux pour les utiliser de manière efficiente – car dans les institutions privées et dans d’autres pays où ils sont allés prester leur rendement a toujours été très apprécié.
La conséquence est que des travaux de génie vont être exécutés par des ingénieurs étrangers, fournissant parfois des ouvrages douteux et sans longue vie ; et que des déficiences dans le domaine de la santé allaient être de plus en plus couvertes par des organismes des Nations-Unies ( OMS, UNICEF, FAO…) et par des organisations caritatives internationales ( Médecins Sans Frontières, MSF, Médecins du Monde, Save the children,…); tandis que la baisse des niveaux scolaires et académiques résultera de la modicité et l’irrégularité des salaires payés aux parents, aux enseignants, et des absentéismes et décrochages scolaires au cours de l’année,etc.
D’actualité reste jusqu’à présent, la théorie de la dysfonctionalité, émise par le professeur Kayemba Ntambala, Jiji pour les intimes, qui indique en gros que de très bons projets sont tour à tour conçus et mis en chantier par des dirigeants politiques, mais finissent par ne pas donner des résultats escomptés annoncés avec pompe ! Tout simplement par manque de suivi, ou encore que certains projets seraient lancés dans le but unique d’accaparer par ruse l’argent de l’État et disparaître en toute impunité !
IV. À LA CROISÉE DES CHEMINS : VAINCRE OU MOURIR, OU VIVRE DANS LA HONTE.
C’est ici que revient se situer l’inévitable question de savoir pourquoi des générations antérieures de congolais ont jusqu’au sacrifice suprême livré leur vie pour cause de la libération, tandis que les générations présentes de congolais, plus instruites et ouvertes au monde que celles du passé, semblent attirées à vivre dans le moindre effort, dans les détournements et la rapine, seraient tentées, sans amour patriotique et sans respect avéré du bien public et du bien privé, de brader même à vil prix même la RDC, la poule aux oeufs d’or, héritage de nos aïeux !
Aux grands maux, de grands remèdes ! La faillite tant décriée de la gouvernance en RDC provient logiquement de la chute des valeurs, de l’échec de moralisation de la vie publique, le sous-développement étant surtout mental, dans un pays paradoxalement pourvu d’atouts convoités de partout.
Et le monde extérieur qui nous observe se demande, dépité, comment on peut échouer d’avancer avec ça… jusqu’à se retrouver, avec des statistiques injurieuses, classés du point de vue du développement humain, dans le peloton de queue, celui des pays les plus pauvres du monde !
La réponse me semble provenir tout droit du métissage culturel en panne. La métamorphose découlant de la rencontre des cultures n’a pas abouti : on n’a pas totalement perdu la culture africaine, de même qu’on n’a pas totalement acquis celle de l’homme blanc. Le mimétisme tragique qui en découle du fait de chercher à vivre comme l’homme blanc et même être constamment tenté d’aller vivre chez lui, laisse des dégâts derrière, en très grand nombre ! On ne voit chez la plupart part des élites politiques congolaises, naître un sentiment d’abnégation, de sacrifice au profit de la nation, à la manière des Horaces et des curiaces dont parle Tite Live dans Histoire romaine, qui disputèrent jusqu’au sacrifice suprême, le monopole de domination recherché entre Rome et la ville d’Elbe !
Quand un ancien ministre des Finances ose déclarer sans froid aux yeux que » nous sommes des jouisseurs, quand l’argent vient, on se le partage d’abord, et on réfléchit après », ceci démontre que la gestion prédatrice de l’État congolais, érigée en système, constitue un mal profond, et qu’aucun changement de paradigmes ne peut conduire au redressement de la RDC, s’il n’est pas précédé d’un changement radical des mentalités !
C’est le cas de dire que quel que soit le degré d’instruction acquis par le congolais de la RDC, la culture occidentale d’emprunt n’a pas réussi à forger la conscience personnelle et collective des élites politiques congolaises pour la conduite à bon port de la RDC ! Dans le même ordre d’idées nous pouvons dire – sans renier nos convictions chrétiennes – que les religions importées n’ont pas au fond réussi à tailler l’homme politique congolais de manière à devoir assumer avec responsabilité et abnégation la conduite des affaires de l’État. Car ceux des congolais qui volent, violent, pillent,tuent, trahissent la RDC au détriment de leurs compatriotes, de l’intérêt supérieur de la nation… appartiennent à des églises… auxquelles ils partagent une part de leur butin en soutien à l’œuvre de Dieu… recevant indulgence, absolution en lieu et place du rejet, ou à tout le moins de réprimandes !
Ces élites politiques congolaises, gestionnaires de la RDC, qui ne peuvent pas se plier uniquement aux prescriptions de la Bonne gouvernance, qui chercheraient à tricher dans l’ombre malgré des contrôles, audits et sanctions administratives et judiciaires à brandir par le pouvoir, devraient au mieux être recalés par des gardes-fous émanant des interdits et coutumes de nos milieux traditionnels congolais, qui dans les royaumes et empires anciens, et même dans nos villages, ont longtemps contribué à faire régner la paix, le respect du bien commun et du bien privé. Car la malédiction resterait brandie sur la conscience personnelle de quiconque oserait enfreindre l’interdit même à l’insu de toute la communauté. Tout bien de l’État appartient à tous et chacun des congolais !
En pratique, la proposition consiste à soumettre à l’occasion de chaque prestation de serment,les élus du peuple congolais et les gestionnaires de l’État congolais à prêter serment devant d’un côté, des serviteurs de Dieu représentant toutes les confessions religieuses de la RDC, qui devraient prononcer sur eux des bénédictions et en même temps leur rappeler avec autorité le mal auquel ils ne doivent pas se livrer dans l’accomplissement de leur tâche ; et de l’autre côté devant les autorités coutumières et chefs de terres représentant toutes les communautés qui constituent le peuple congolais, qui leur brandiront des malédictions inévitables qui les frapperaient chacun en ce qui le concerne s’ils dérobaient à la règle – malédictions que personne ne peut effacer sur le coupable, même l’un de ceux les ayant prononcées, qui ne disparaîtraient que moyennant remise, en catimini ou en public, du bien volé au peuple congolais.
Les dirigeants politiques congolais seraient de la sorte exposés à une double sanction en cas de dérapage : sanction des hommes par le respect de la déontologie professionnelle et de la justice nationale, et sanction des congolais vivants et morts, reliés entre eux en esprit.
Des détracteurs ne manqueront pas de critiquer de vouloir associer de la superstition à la gestion des affaires publiques. Nous disons que non ! Chaque prestation de serment, sur la bible, le coran, la main en l’air… constitue un engagement, un acte de foi résultant de croyances religieuses ou politiques indicibles. En Israël antique les bénédictions étaient prononcées par six tribus sur le Mont Garizim, et les malédictions par six autres tribus sur le Mont Ebal.
En guise de conclusion et sans avoir la prétention d’avoir touché tous les contours qu’offre ce débat d’idées, nous disons qu’un autre Congo est possible, où il ferait bon vivre pour tous ses enfants en tant que pays où coulent le lait et le miel. Mais si et seulement s’il est mis un terme sérieux à des malversations financières et des exactions de toutes sortes qui se commettent encore au détriment de la RDC et des congolais.
Les États forts dans le monde sont ceux dont les gouvernants et gouvernés participent dans l’abnégation, dans un même esprit, au développement de leur pays. La RDC, lancée sur cette voie nouvelle peut vite, au vu de ses immenses ressources aujourd’hui encore dérobées par effraction avec la complicité très déplorable de ses fils et filles égarés, atteindre un développement économique et social exponentiel, qui devrait faire d’elle le moteur de l’Afrique qu’elle mérite d’être.
Pour ce faire, le type d’homme capable de produire un tel comportement nous est suggéré par Ralph M.Escandon dans son livre dont le titre est Vers la victoire, où il affirme en substance que les hommes dont le monde a besoin du Nord au Sud, sont ceux qui ne se vendent pas, qui ne s’achètent pas… qui ne vivent que de ce qu’ils produisent eux-mêmes.
Hilaire Mfute, historien.


